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Santé

Covid-19: l'AP-HP présente des résultats "encourageants" avec le tocilizumab

Des essais cliniques prometteurs avec l'utilisation du tocilizumab contre les cas graves de Covid-19.

Des essais cliniques prometteurs avec l'utilisation du tocilizumab contre les cas graves de Covid-19. - AFP

Les chercheurs de l’AP-HP ont rendu des premières conclusions encourageantes concernant l’essai clinique du tocilizumab sur des patients atteints du Covid-19. Cet immunosuppresseur permettrait de réduire significativement le nombre d’admission en réanimation et de déces.

Les scientifiques gagnent du terrain dans la lutte contre le Covid-19. Des médecins des Hôpitaux de Paris - Assistance publique (AP-HP) ont obtenu des premiers résultats prometteurs concernant l’utilisation du tocilizumab comme traitement contre la maladie infectieuse.

D’après leurs premières conclusions, ce médicament "améliore significativement le pronostic des patients avec pneumonie Covid moyenne ou sévère", affirme l’AP-HP dans un communiqué publié ce lundi. 

Prévenir les "chocs" cytokiniques

Les chercheurs sont partis d’un constat: le Covid-19 provoque des réactions inflammatoires fortes chez certains patients. Ce phénomène est généré par la sécrétion de molécules appelées cytokines, qui ont pour but de combattre les agressions.

Mais face aux attaques particulièrement forte d'un virus sur certains organismes, le corps peut s'emballer, et se mettre à produire beaucoup plus de cytokines que nécessaire, ce qui est appelé un "orage", "tempête" ou encore "choc" cytokinique

Le corps ne cible alors plus seulement les tissus infectés, mais aussi les tissus sains. Ce dérèglement immunitaire aggrave la condition de la personne, et peut entraîner des défaillances internes mortelles. Le but des scientifiques était donc de trouver un traitement adapté qui permette de prévenir les orages cytokiniques pour les patients hospitalisés et qui ont besoin d’oxygène.

"L’interleukine-6 est le récepteur de la cytokine et il apparaît que le médicament tocilizumab, un anticorps monoclonal, permet de bloquer ce récepteur", a expliqué lors d’une conférence de presse ce lundi le professeur Xavier Mariette qui a participé à l’étude.

Diminution significative des patients en réanimation

Cet immunosuppresseur - habituellement utilisé dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde - a prouvé, durant cet essai randomisé, sa capacité à réprimer les orages inflammatoires. L’étude portait sur 129 patients hospitalisés en raison d’une infection moyenne ou sévère au Covid-19, "mais ne nécessitant pas de réanimation au moment de l'admission". Parmi eux, 65 ont reçu un traitement au tocilizumab et 64 n’ont eu que le traitement habituel. 

Il en est ressorti que le tocilizumab "a diminué de façon significative le nombre de patients qui vont en réanimation ou qui sont décédés", souligne Olivier Hermine, professeur en hématologie à l’hôpital Necker.

Disponible dans les pharmacies hospitalières

Des résultats encourageants qui rendent les chercheurs optimistes d’autant que le tocilizumab est déjà un médicament connu du milieu médical. 

"Il existe depuis 2010 et est utilisé pour des maladies auto-immunes et des maladies inflammatoires. On connaît bien son efficacité et la tolérance", souligne le professeur Xavier Mariette.

Utilisé contre la polyarthrite, le tocilizumab peut notamment augmenter les risques d’infections bactériennes, les difficultés hépatiques et une baisse des globules blancs. Dans le cadre du traitement contre le Covid-19, les mêmes effets secondaires ont été observés.

Reste que les résultats de ces chercheurs doivent encore être validés par leurs pairs, une procédure qui prend généralement trois mois, mais au vu du contexte de pandémie "des accords existent pour accélérer la publication et que ça se compte en semaine et non en mois", ont affirmé les chercheurs.

Ces derniers mettent l’accent sur un autre point essentiel de cette découverte: si l'essai est approuvé, il n’y aura pas de délai pour se procurer le médicament car "il y a du tocilizumab disponible dans nos pharmacies hospitalières".

Ambre Lepoivre