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Covid-19: faut-il s'inquiéter des dernières données sur l'efficacité des vaccins contre le variant Delta?

Une jeune femme se fait vacciner. (Photo d'illustration)

Une jeune femme se fait vacciner. (Photo d'illustration) - MARTIN BUREAU / AFP

Une nouvelle étude américaine révèle que l'efficacité des vaccins à ARN messager a été réduite de 91% à 66% depuis que le variant Delta a pris le dessus sur les anciennes formes du virus. Pourtant, cela ne signifie pas que ces sérums sont devenus caducs, selon les professionnels de santé, qui continuent d'appeler la population à se faire vacciner.

À l'image de la France, qui envisage de lancer une campagne de rappel mi-septembre pour les publics les plus fragiles, de plus en plus de pays se lancent dans l'injection d'une 3e dose de vaccin. Et pour cause, plusieurs études récentes montrent que l'efficacité des vaccins à ARN messager décline face au variant Delta du Covid-19, désormais largement majoritaire en France à plus de 98.7% des cas (au 3 août selon Santé Publique France).

Une étude américaine réalisée sur des milliers d'employés de centres de soins et d'hôpitaux de 6 États a révélé mardi que l'efficacité des vaccins Pfizer et Moderna tombait à 66% contre le variant Delta, contre 91% entre décembre 2020 et avril 2021, selon les données publiées par les Centres de lutte et de prévention des maladies (CDC), principale agence fédérale de santé publique du pays.

"Le variant Delta a complètement changé la donne"

"Bien que les vaccins restent très efficaces, on voit quand même que le variant Delta a complètement changé la donne", a reconnu mardi soir Corinne Le Goff, directrice commerciale des laboratoires Moderna sur BFMTV, rappellant que les résultats des essais cliniques de leur sérum montraient une efficacité de 93% six mois après le vaccin. Toutefois, elle reconnaît volontiers que "la baisse de l'immunité est plus forte et plus rapide face au variant Delta. On sait maintenant que celle-ci diminue en fonction de l'âge des gens, c'est un phénomène normal."

Cette baisse d'efficacité pourrait ne pas être uniquement causée par le variant Delta, mais aussi par l'érosion de l'immunité due au temps, ont toutefois prévenu les auteurs de cette étude américaine.

"Il faut tenir compte du facteur temps", note aussi Renaud Piarroux, épidémiologiste et chef du service parasitologique de la Pitié Salpêtrière (AP-HP) sur notre plateau mercredi, "parce que cette étude a été réalisée aux États-Unis, sur du personnel médical qui a été vacciné assez tôt. On est maintenant à 6, 7, 8 mois après la vaccination".

"On a donc un double phénomène: manifestement l'efficacité du vaccin réduit dans le temps. Puis la souche (du virus) change et l'efficacité contre le variant Delta est un peu moins bonne. C'est pourquoi on va arriver à un moment où il va falloir faire des 3e doses, et il n'y a rien d'anormal à ça", explique l'épidémiologiste. "Seulement, pour l'instant, on ne sait pas à quelle fréquence il nous faudra faire ces piqûres de rappel."

"Le meilleur rempart" contre les hospitalisations

"L'efficacité des vaccins ARN (a baissé) avec Delta", reconnaît également Rémi Salomon, président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP sur Twitter. Elle reste toutefois "excellente contre les formes graves et tout à fait correcte contre les autres formes. Le vaccin reste le meilleur rempart pour limiter la propagation du virus et l'émergence de nouveaux variants. Il en faut dans le monde entier", martèle-t-il sur Twitter.

En effet, même si l'efficacité des vaccins à ARN messager tend à diminuer dans le temps, la protection des vaccins contre les cas graves, les hospitalisations et les décès reste élevée, insistent les autorités sanitaires, aux États-Unis comme en France.

Efficacité "spectaculaire" contre les hospitalisations

"Bien sûr qu'avec Delta il y a moins d'efficacité vaccinale, bien sûr que les sujets immunodéprimés et âgés sont une réponse moindre", ne cachait pas non plus Gilles Pialloux, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Tenon à Paris ce mercredi matin sur BFMTV et RMC. "Le taux d'anticorps peut en effet baisser avec le temps, il faut accepter les incertitudes car on n'a pas encore le recul suffisant pour savoir quelle est la cinétique de décroissance des anticorps".

"Mais l'efficacité vaccinale est extrêmement spectaculaire sur les hospitalisations", nuance l'infectiologue. "Cette vague-là n'a aucune commune mesure (avec les précédentes): hier (mardi) il y avait environ 21.000 cas de contamination en France. Et pourtant ça ne se traduit pas par une pression hospitalière comme on l'a vu lors de toutes les vagues précédentes, et ça, évidemment que c'est grâce aux vaccins", insiste-t-il.

Les personnes non vaccinées ont 29 fois plus de risques d'être hospitalisées que les personnes vaccinées, selon une autre étude américaine publiée mardi par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains, conduite sur des patients à Los Angeles entre début mai et fin juillet dernier.

Vendredi, Jérôme Salomon assurait de son côté que la vaccination réduisait de "huit fois le risque d'être contaminé" par le Covid-19, et de "11 fois celui d'être admis en soins critiques". Pour affirmer cela, le directeur général de la Santé s'appuyait sur une étude de la Drees réalisée en France au mois d'août.

"C'est un message très important aux personnes qui douteraient encore", a jugé Jérôme Salomon depuis l'aéroport d'Orly, où il était venu encourager les centaines de soignants partis prêter main forte aux Antilles, touchées par une importante vague de Covid en raison du faible taux de vaccination de la population.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV