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Coronavirus: pourquoi le plateau de l’épidémie va durer

Depuis quelques jours, la France constate une "timide éclaircie" dans sa lutte contre le coronavirus, selon les mots du directeur général de la Santé. L’hypothèse d’atteindre le plateau de l’épidémie est envisagée, mais cette tendance devrait durer.

"Un très haut plateau épidémique semble se dessiner." Depuis quelques jours, les autorités ainsi que les experts ont abandonné l’expression consacrée de "pic épidémique" - qui suppose une décroissance rapide du nombre de cas, peu probable en l’état - pour la remplacer par la notion de "plateau".

Ce terme a notamment été employé samedi par le directeur général de la Santé qui notait, pour le troisième jour consécutif, une baisse du nombre de patients admis dans un état grave en réanimation. L’hypothèse d’une stabilisation de l’évolution de la maladie se dessine, d’où le recours à la notion de plateau. En effet, ce schéma désigne une période de stagnation durant laquelle le nombre de cas n'augmente ni plus vite, ni moins vite que les jours précédents.

Stabiliser la courbe

Pour cela, il faut que "le nombre de nouvelles hospitalisations tombe à zéro" et ainsi "l'incidence cumulée (c'est-à-dire le nombre total de cas) stagnera", détaille à France Info Samuel Alizon, spécialiste de l'évolution des maladies infectieuses au CNRS.

Un signe encourageant dans la lutte contre l’épidémie dès lors qu’il se maintient pendant plusieurs jours consécutifs, sans être suivi d'une nouvelle hausse. Mais pour l’heure, ce plateau n’est pas encore atteint de manière certaine, prévient le consultant santé de BFMTV, le docteur Alain Ducardonnet. 

"Le nombre de nouvelles entrées en réanimation diminue, certes c’est encourageant mais elles existent toujours, ce qui signifie que l’épidémie continue d’évoluer et donc on est pas encore à un vrai plateau, et il risque de durer longtemps", analyse-t-il.

"Il ne faut absolument pas relâcher le confinement"

L’objectif est donc de stabiliser la courbe pour arriver à ce "plateau" et le "faire durer dans le temps" grâce aux mesures de confinement et de distanciation. "Ce plateau pourrait enfin tendre à la baisse, pour, in fine, remporter le match", explique à l’AFP Arnaud Banos, chercheur au CNRS, spécialiste des modélisations.

"On peut considérer qu’il y a encore 15 jours à 3 semaines avant d’aborder une réelle décrue des cas. C’est l’argument massu pour dire qu’il ne faut absolument pas relâcher le confinement", commente Alain Ducardonnet. 

En effet, en cas de sortie hâtive, le risque est d'avoir un deuxième palier, et une courbe qui se remet à croître. "Les modélisations nous montrent qu'une fois que vous avez atteint le plateau et que vous relâchez la pression, vous avez un rebond de l'épidémie car vous libérez dans la nature des personnes jusqu'ici protégées, et qui vont se retrouver en contact avec le virus", prévient Arnaud Banos. 

"Parler trop tôt de déconfinement, associé au fait qu'il fait beau, que les personnes sont lasses d'être chez elles, et sans ignorer de possibles pressions économiques, peut créer une situation à risque", abonde le Pr Vanhems, interrogé par l’AFP. 

Plateau atteint en Espagne et en Italie

Le choix de viser désormais un "plateau" et non plus un "pic" permet donc de préparer les Français à un prolongement de la période de confinement qui sera très certainement annoncé ce lundi soir par Emmanuel Macron. "L'heure n'est pas au déconfinement" mais peut-être "encore plus au respect strict du confinement, des gestes barrières, des gestes de distanciation physique et sociale", a déjà rappelé Jérôme Salomon alors que l'épidémie de coronavirus continue de faire beaucoup de victimes en France avec 14.393 décès depuis le début.

L'Espagne et l'Italie, pays où les bilans humains sont les plus lourds sur le continent européen, semblent avoir abordé ce "plateau" avec des chiffres stables ou en léger recul. Mais aucun de ces deux Etats ne se risque à baisser la garde: Rome a prolongé jusqu'au 3 mai son confinement général, Madrid jusqu'au 25 avril. 

Ambre Lepoivre