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Coronavirus: où en est-on de la recherche sur les vaccins?

Un vaccin ne sera pas disponible avant "mi-2021" a prévenu Edouard Philippe.

Un vaccin ne sera pas disponible avant "mi-2021" a prévenu Edouard Philippe. - AFP

Souche à identifier, tests à réaliser, durée de l'immunité à déterminer... la course pour trouver un vaccin contre le Covid-19 est encore longue. Le Premier ministre, comme les chercheurs, ont évoqué une disponibilité pas avant mi-2021.

La vie d'avant, ce n'est pas pour tout de suite, a prévenu Edouard Philippe dimanche lors d'une conférence de presse. En dressant les contours d'un déconfinement très progressif, le Premier ministre a rappelé que de nombreux buts restaient à accomplir dans cette bataille contre le Covid-19. Une bataille au niveau mondial, alors que le virus a tué plus de 166.000 personnes, qui passe par la découverte d'un vaccin pour enrayer l'épidémie.

> Pourquoi un vaccin est primordial?

"Le Graal, c'est de trouver un vaccin, ou des vaccins", a assuré dimanche Florence Ader, infectiologue à l'hôpital de la Croix-Rousse de Lyon, accompagnant Edouard Philippe et Olivier Véran lors d'une conférence de presse. Ce constat fait écho à celui dressé par Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l'OMS, il y a une semaine:

"Au final, la mise au point et la distribution d’un vaccin sûr et efficace vont être nécessaires pour interrompre totalement la transmission."

Pour l'heure, seul le confinement a produit des effets en limitant la propagation du virus. Quand le déconfinement sera enclenché, les distanciations sociales, le port du masque, les tests sérologiques ou encore l'isolement des personnes contaminées seront mises en place. Des mesures difficiles à tenir sur le long terme.

"Nous allons devoir apprendre à vivre avec le virus, car nous constatons que la population n'est pas immunisée", a reconnu le Premier ministre.

Le vaccin a lui pour rôle de faire entrer en contact le virus avec notre système immunitaire, sans pour autant provoquer la maladie. Une manière de préparer le futur car lorsqu'une personne vaccinée entre une nouvelle fois en contact avec le virus, son système sait quelle défense y apporter et ainsi vaincre l'infection. "Une fois que l’organisme a assimilé la bonne réponse à apporter à une infection, il ne l’oublie pas", explique au Figaro Bruno Lina, virologue. C’est le principe de l’immunisation qui est d’ailleurs utilisé pour la vaccination." Une population est protégée quand 60% des gens sont immunisés.

> Où en est-on du vaccin sur le Covid-19?

La course au vaccin contre le coronavirus se fait dans un rythme effréné. "On est effectivement très engagé et on s'est engagé très tôt", rappelle sur BFMTV Olivier Bogillot, président de Sanofi France. "Dès le début de l'épidémie en Chine, nos chercheurs aux Etats-Unis et en France ont commencé à travailler sur un vaccin pour essayer de regarder sur quelle plateforme faire le vaccin. On a regardé si notre plateforme sur la grippe pouvait être utilisée pour faire un vaccin contre le Covid."

Sanofi s'est également associé à un autre laboratoire GSK pour tenter de développer un vaccin en utilisant des "technologies innovantes". Ces recherches font partie des 119 projets en cours dans le monde, selon un recensement du centre de vaccin de l'université d’hygiène et de médecine tropicale de Londres. La quasi totalité de ces projets en est à la phase pré-clinique, seule une poignée en est à la phase 1.

"On en est encore au test, avec un essai clinique en préparation chez l'homme", explique sur BFMTV Morgane Rolland, virologue et responsable de l'unité dédiée à la génétique virale dans un laboratoire de recherche de l'armée américaine dans le Maryland. "C'est un processus long car il y a beaucoup d'étapes, qui vont de l'élaboration d'un candidat, la production de ce candidat et ensuite s'assurer de l'innocuité de ce vaccin. Ça ce sont les effets clinique de phase 1 qui ont déjà commencé."

Dans le monde, sept projets sont désormais testés sur des êtres humains. Florence Ader, infectiologue à Lyon, a expliqué que l'Institut Pasteur va tester un vaccin chez l'homme "à partir de cet été". La phase 2, sur 3, inclura un plus grand nombre de personnes.

> Quelles difficultés rencontrées par les chercheurs?

"Personne n'a fait de vaccin efficace sur les coronavirus", insiste Olivier Bigellot, le président de Sanofi France, avant de rappeler que son groupe "avait commencé à travailler sur des vaccins sur des coronavirus qui nous permettent aujourd'hui d'être plus rapides dans la production d'un nouveau vaccin".

"Nous ne pouvons pas faire d’analogie", indique au Monde Jean-Laurent Casanova, généticien et spécialiste des maladies infectieuses, membre du conseil scientifique.

L'autre difficulté réside dans la méconnaissance de ce virus nouveau et notamment sur le manque actuel d'informations sur l'immunité. "​Quand on progresse et qu'on connaît mieux la façon dont le virus est structuré, cela permet des stratégies adaptées au virus", reconnaissait dimanche Florence Ader. Reste qu'à l'heure actuelle, les scientifiques ne savent pas combien de temps cette immunité est efficace, ni comment elle se manifeste.

"Face à la jeunesse de cette maladie, c’est impossible d’être sûr, mais on pense que cette immunité pourrait ne durer qu’entre un et deux ans, ou n’être pas complètement protectrice", poursuit Bruno Lina, virologue et membre du conseil scientifique.

Le vaccin permettrait ainsi de rappeler aux bons souvenirs du système immunitaire l'existence du virus. "S’il s’avère que ces défenses immunitaires ne subsistent pas dans le temps et si l’épidémie persiste, cela renforce encore un peu plus le besoin d’un vaccin", insiste de son côté dans Le Figaro le professeur Jean-Daniel Lelièvre, professeur en immunologie et chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil.

Reste également à savoir quelle défense met en place le système immunitaire face au Covid-19. "Il y a pour certaines maladies deux types d’anticorps", rappelle Bruno Lina. "Les anticorps neutralisants qui neutralisent le virus. Et les anticorps facilitateurs qui au contraire peuvent aider le virus à se développer." 

> Dans quels délais attendre le vaccin?

"Vous allez inoculer un bras qui doit être totalement en sécurité", rappelle Olivier Bigellot, président de Sanofi France, estimant que les premiers vaccins seraient disponibles dans "18 à 24 mois en fonction de l'état d'avancement des tests".

Une estimation partagée par le monde de la sciences. "Aucun vaccin ne sera disponible avant un an, ou 15 à 18 mois", estimait jeudi sur BFMTV Frédéric Tangy, responsable du laboratoire d’innovation vaccinale de l’institut Pasteur. Le scientifique rappelle que "normalement, faire un vaccin en partant de zéro contre un virus, ça prend minimum huit ans".

"Les coronavirus par rapport à d'autres virus, mutent beaucoup moins rapidement que les autres virus. Quand on aura un vaccin, ce sera sans doute un vaccin universel qui fonctionnera contre toutes les souches qui circulent", rassure Morgane Rolland, estimant que si "le virus évolue, on pourra le modifier, l'adapter comme on le fait pour le vaccin pour la grippe".

Passée la phase de la conception restera alors celle de la production. "Il faut produire des millions, des centaines de millions, des milliards de doses", conclut Olivier Bigelot. "Il faut trouver le vaccin mais il faut aussi le produire."

Justine Chevalier