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Coronavirus: les médecins français réclament une égalité de statut pour leurs confrères étrangers

Une équipe médicale à Rome le 8 avril 2020

Une équipe médicale à Rome le 8 avril 2020 - Andreas Solaro / AFP

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre, des médecins réclament une meilleure rémunération et surtout une plus grande reconnaissance pour leurs confrères à diplômes étrangers. Actuellement, ils sont 5.000 à exercer dans les hôpitaux de l'Hexagone.

Chaque soir, des Français depuis leurs fenêtres ou leur balcon applaudissent de concert les personnels soignants engagés dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Des médecins français souhaitent qu'une partie de ces applaudissements aillent directement à leurs collègues étrangers qui exercent chaque jour à leurs côtés. Ils ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre pour réclamer une meilleure rémunération mais surtout une meilleure reconnaissance pour les médecins ayant obtenu leur diplôme à l'étranger et qui sont inscrits au conseil de l'Ordre.

"Ces médecins à diplôme étranger qui luttent au quotidien méritent la reconnaissance de la République pour leur engagement en première ligne", rappellent les médecins, les psychiatres, anesthésistes ou encore chirurgiens à l'origine de cette lettre et d'une pétition. Décrivant des professionnels engagés et qui "risquent leur vie tous les jours", ils estiment que leurs collègues étrangers méritent la "reconnaissance de la Nation". Les médecins français réclament pour leurs collègues une égalité de statut, de déroulement de carrière et de rémunération, avec une reconnaissance immédiate.

"Ils ont fait des pieds et des mains pour rentrer et sortir du confinement de leur pays, rappelle sur BFMTV Mathias Wargon, chef des urgences de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Je me suis dit qu'il fallait les remercier. S'ils n'étaient pas là, le service des urgences, en tout cas le mien, mais comme beaucoup d'autres, comme des services de radiologie, comme des services de chirurgie, on serait resté fermés."

"On fait le même travail"

A leur arrivée en France, ces médecins diplômés à l'étranger sont considérés comme des internes. Leur rémunération est en moyenne de 1.400 euros. Après le passage d'un concours extrêmement sélectif, ils peuvent espérer toucher 2.600 euros. Un praticien hospitalier à temps plein peut quant à lui toucher entre 4.300 et 7.500 euros brut, selon les échelons et les années d'expérience. A contrario, les médecins diplômés dans un pays de l'Union européenne sont considérés au même titre que leurs confrères français.

"On fait le même travail, s'étonne Nefissa, diplômée il y a 11 ans en Algérie et gynécologue obstétricienne à l'hôpital de Corbeil-Essonne, en Essonne. On a dû faire une césarienne à une patiente qui présentait une infection respiratoire à Covid-19 tout en étant enceinte, toute l'équipe, c'était des médecins à diplôme hors Union européenne."

Assouplissement des conditions d'exercice

Actuellement, entre 4.000 et 5.000 praticiens diplômés en dehors de l'Union européenne officient déjà comme non titulaires dans des hôpitaux publics en France. Depuis quelques jours, le gouvernement a assoupli leurs conditions d'exercice. Sur une fiche intitulée "communication sur les possibilités pour les établissements de santé de recruter des praticiens à diplôme hors Union européenne dans le cadre du Covid-19", datée du 8 avril et publiée lundi 13 avril, le ministère des Solidarités et de la Santé a détaillé les trois cas de figure dans lesquels ces professionnels de santé peuvent exercer.

Le premier cas de figure concerne les praticiens à diplômes étrangers actuellement en exercice et qui souhaite augmenter leur temps de travail et prêter main forte à un hôpital en sur-activité, qui sont autorisés à pratiquer dans le second établissement. La situation concerne certains territoires d'outre-mer où il est désormais possible pour ces médecins, grâce à une procédure simplifiée d'autorisation d'exercer à titre provisoire. Et enfin, les praticiens qui ne qui ne sont pas en exercice ou qui n’ont pas encore satisfait à la procédure d’autorisation d’exercice sont autorisés à occuper des fonctions non médicales (aide-soignant, accueil, information...) dans les hôpitaux.

Justine Chevalier