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Coronavirus: laisser les jeunes se contaminer entre eux, "une idée tout à fait fausse"

La proposition, formulée par l'infectiologue Eric Caumes de laisser les jeunes se contaminer entre eux, a laissé pantois ses homologues, qui critiquent une "extraordinairement mauvaise idée".

Dans une interview au Parisien publiée samedi, Eric Caumes, infectiologue de la Pitié-Salpêtrière, a fait une proposition qui a laissé pantois ses homologues, en suggérant de laisser les jeunes - comprendre les moins de trente ans - se contaminer entre eux, "à condition qu'ils ne voient pas leurs parents et leurs grands-parents".

"Une extraordinairement mauvaise idée"

Une stratégie qui va à l'encontre des recommandations données jusqu'à lors, par le gouvernement français, les scientifiques, ou encore l'Organisation Mondiale de la Santé. "Je pense que c'est une extraordinairement mauvaise idée", déclare ce dimanche sur BFMTV Catherine Hill, épidémiologiste et biostaticienne.

Il faudrait que l'on vive dans des mondes étanches avec étanchéité en fonction de l'âge. C'est complètement fou", continue la scientifique. "Les gens jeunes vont à la boulangerie, la boulangère n'est pas forcément jeune, ils vont à la pharmacie, au supermarché, chez le médecin... Ils rencontrent des gens de tous les âges tout le temps, donc c'est vraiment une idée tout à fait fausse".
Les jeunes "ne sont pas toujours entre eux", abonde sur BFMTV Jean-Paul Hamon, président d'honneur de la Fédération des Médecins de France, qui rappelle que ces personnes "vont retourner au travail, il y en a qui travaillent dans des Ehpad, dans des endroits où les mesures barrières ne sont pas respectées..."

L'immunité collective, "on en est très loin"

Parmi les bénéfices avancés par Eric Caumes quant à la contamination des jeunes, la perspective d'une immunité collective: "En les laissant se contaminer, ils participeront à l'immunité collective et elle sera plus importante à la rentrée, dans les écoles et les universités", déclare-t-il dans le quotidien. Atteindre l'immunité collective c'est avoir assez de personnes immunisées contre un virus au sein d'une population pour qu'il arrête de circuler.

C'est une arithmétique erronée", déclare Catherine Hill, "pour arriver à l'immunité collective il faudrait que les deux tiers des gens aient eu le virus, et même si tous les jeunes avaient le virus ça ne ferait pas deux tiers de la population".

Pour Yves Buisson, médecin président du groupe Covid-19 à l'académie nationale de médecine, l'immunité collective est un "rêve innaccessible pour l'instant". "Dans le meilleur des cas on atteint 16% de personnes qui ont des anticorps dans les régions qui ont été les plus impactées par l'épidémie, et on voit que ces régions - comme le Grand Est, les Hauts-de-France et l'Île-de-France - sont toujours des régions dans lesquelles le virus circule intensivement". Selon lui, "on y arrivera peut-être dans quelques années, peut-être avec l'aide d'un vaccin, mais on en est très loin".

Même si vous avez été infecté par le virus on ne sait pas combien de temps les anticorps vont vous protéger", explique, également sur BFMTV, Vincent Enouf, responsable ajoint du centre national de référence des infections respiratoires. "Et on ne sait pas non plus si dans votre système immunitaire, des cellules ont la mémoire de cette infection et vont être capables de refaire des anticorps quand vous allez avoir une seconde infection. Donc il y a encore beaucoup de questions".

"Les jeunes peuvent être contaminés, peuvent mourir"

En parallèle de sa théorie, Eric Caumes rappelle toutefois dans Le Parisien que les jeunes aussi sont à risques face au Covid-19: "les jeunes peuvent aussi avoir des formes graves". Laisser une population se contaminer, ce serait donc risquer de nouvelles hospitalisations, voire des morts.

Il y a des facteurs de risques dont la prévalence est importante chez les jeunes, comme le diabète, l'obésité, qui exposent une partie de la jeunesse à des formes graves", souligne Yves Buisson. "En relâchant les mesures barrières, on va avoir de plus en plus de nouvelles contaminations, d'hospitalisations, d'accueils en réanimation et malheureusement de décès. C'est la suite logique".

"Nous l'avons dit et nous le redisons encore : les jeunes peuvent être contaminés, les jeunes peuvent mourir, et les jeunes peuvent transmettre le virus", a martelé jeudi le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au cours d'une conférence de presse. Il pointait du doigt le comportement des jeunes dans certains pays, qui sont trop nombreux à "baisser la garde", entraînant une hausse de la transmission du virus.

Au-delà de ces problématiques, Yves Buisson souligne qu'il "est dangereux peut-être de brouiller les messages dans une période où l'épidémie est en phase de résurgence et où il faut tout faire pour la bloquer, pour diminuer les risques de transmission". "Il faut rappeler aux gens qu'il faut au moins respecter les mesures barrières, mettre les masques, se laver les mains et respecter la distanciation", abonde Jean-Paul Hamon.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV