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Covid-19: la situation à Marseille s'améliore-t-elle, comme l'affirment les élus et Didier Raoult?

Une unité Covid à l'hôpital de la Timone, à Marseille, le 15 avril 2020.

Une unité Covid à l'hôpital de la Timone, à Marseille, le 15 avril 2020. - CHRISTOPHE SIMON / AFP

La mairie de Marseille réclame au gouvernement un délai de dix jours avant la mise en place ou non de nouvelles restrictions. Elle s'appuie sur les dernières données épidémiologiques.

Une décision injustifiée à en croire les élus locaux. Les critiques fusent au lendemain de l'annonce de la fermeture des restaurants et des bars au sein de la métropole Aix-Marseille. Incompréhensible pour la mairie de Marseille, qui a demandé au gouvernement de revenir sur sa décision et d'attendre dix jours avant la mise en application de nouvelles restrictions.

La raison: l'évolution de la circulation du virus sur le territoire, placé en zone d'alerte "maximale" avec la Guadeloupe par le gouvernement, est plutôt rassurante, à en croire les chiffres mis en avant par la maire de Marseille Michèle Rubirola et ses adjoints. "On constate une baisse des indicateurs depuis 2 à 4 jours", insiste l'édile.

"Les données de Santé publique France (consolidées) ne sont pas en mesure de jusitifier la moindre panique concernant la circulation du virus à Marseille", abonde le contesté professeur Didier Raoult sur Twitter ce vendredi. "D'autres départements sont en revanche loin d'avoir atteint leur pic épidémique pour cette phase." Qu'en est-il précisément?

Un taux de positivité des tests en baisse

"Le taux d'incidence baisse et il y a une stabilisation du taux de positivité des tests autour de 7 à 8%. C'est élevé mais à Paris c'est à 10%", affirme la maire de la cité phocéenne.

Santé publique France ne diffuse pas de statistiques métropole par métropole, mais uniquement au niveau départemental ou régional. Selon les derniers chiffres des autorités sanitaires, le taux de positivité des tests s'établissait au 20 septembre à 8,2% dans les Bouches-du-Rhône. Il était de 9% le 9 septembre dernier.

Michèle Rubirola annonce par ailleurs que le R effectif - le taux de reproduction du virus, le nombre de personnes contaminées par un malade - diminue et est même passé en dessous de 1 depuis quatre jours chez les moins de 60 ans où le nombre de nouveaux cas baisse. Le taux de reproduction du virus reste toutefois élevé chez les plus de 60 ans, à 1,23, "mais il était à 1,5 et même à 1,7 auparavant", précise l'édile.

Sur cet indicateur, les Bouches-du-Rhône étaient d'ailleurs l'un des rares départements classé vert sur la carte présentée ce jeudi par Olivier Véran.

Une carte du taux de reproduction du Covid-19 diffusée lors d'une conférence de presse d'Olivier Véran, le 23 septembre 2020.
Une carte du taux de reproduction du Covid-19 diffusée lors d'une conférence de presse d'Olivier Véran, le 23 septembre 2020. © Ministère de la Santé

"Un frémissement", reconnaît Véran

La tendance est donc à l'amélioration sur ces indicateurs, Olivier Véran l'a lui-même reconnu ce mercredi soir, mais elle est encore récente. "On peut constater un frémissement s'agissant de la courbe d'incidence et d'un certain nombre d'indicateurs depuis quelques jours", a concédé dans un premier temps le ministre de la Santé, avant de faire preuve de prudence.

"Il faut un temps long pour considérer qu'un territoire est en train de gagner progressivement la bataille contre le coronavirus. 3-4 jours de stabilisation affichés ne suffisent pas à considérer qu'on est véritablement sur la bonne voie (...) Les experts disent qu'il faut au moins 10 à 15 jours de réduction consécutive, a minima de stabilisation de ces indicateurs pour qu'on considère qu'on est sur le chemin pour vaincre la circulation du virus", a tempéré Olivier Véran.

Le ministre de la Santé a également soutenu la décision de fermer les bars et restaurants de la métropole en raison du taux d'incidence qui, s'il diminue comme l'atteste Michèle Rubirola, "reste supérieur à 250 en population générale et il est de 180 pour les personnes âgées de plus de 65 ans".

Selon Santé publique France, le taux d'incidence s'élevait à 208,7 pour 100.000 habitants dans les Bouches-du-Rhône le 20 septembre dernier contre 232,6 le 13 septembre. Là encore l'indicateur tend à baisser.

Les réanimations toujours élevées

Reste le taux d'occupation des lits en réanimation pour des patients atteints par le coronavirus. Le président de la commission médicale de l'AP-HM (Assistance publique - Hôpitaux de Marseille) Dominique Rossi a fait savoir ce matin sur BFMTV que "175 malades du Covid-19 sont actuellement hospitalisés dont 38 en réanimation. 45% de nos lits de réanimation sont occupés par des malades du Covid-19".

Et à la différence de la première vague, les établissement hospitaliers doivent cette fois conjuguer ces nouveaux patients avec ceux qui ne sont pas atteints par le coronavirus. "Il faut absolument arriver à maîtriser ces deux flux simultanés que nous n'avions pas au printemps (...), c'est vraiment le véritable dilemme qui se pose à nous", explique Dominique Rossi.

"En réanimation cela augmente mais il y a un infléchissement de la courbe et le temps d'occupation des lits est passé à 15 jours, cela montre que ça va mieux", assure pour sa part Michèle Rubirola.

Au total ce sont 113 personnes qui, selon Santé publique France, sont actuellement hospitalisées en réanimation dans les Bouches-du-Rhône. Un chiffre en légère baisse depuis deux jours qu'il faudra toutefois analyser sur une plus longue durée pour confirmer le "frémissement" constaté par Olivier Véran.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV