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Coronavirus: la méthode de la "bulle de contacts" a-t-elle fonctionné en Belgique?

Photo du centre-ville de Bruxelles, en Belgique, le 16 mai 2020

Photo du centre-ville de Bruxelles, en Belgique, le 16 mai 2020 - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Alors que le nombre de cas continue d'augmenter en France, de nouvelles restrictions pourraient être imposées, et la "bulle de contacts", en place chez nos voisins belges "est sur la table".

Alors que le gouvernement pourrait annoncer de nouvelles mesures de restrictions, devant l'augmentation du nombre de personnes contaminées par la Covid-19, Emmanuel Macron a appelé jeudi les Français à se responsabiliser en respectant "les gestes barrières, mais aussi dans notre discipline dans le cadre familiale", car "on s'aperçoit qu'il y a beaucoup de contaminations en privé".

Pour limiter cette contamination, l'application de la "bulle de contacts", appliquée en Belgique, "fait partie des éléments sur la table", déclarait jeudi Bruno Lina, membre du conseil scientifique, sur France Info. Mais quels résultats a donné ce protocole chez nos voisins?

Qu'est ce qu'une "bulle de contacts"?

Depuis le 29 juillet, la Belgique a réduit la "bulle de contacts" de sa population à cinq personnes. Les Belges ont ainsi le droit d'avoir des contacts rapprochés avec les habitants de leur foyers "+ 5 personnes", explique une vidéo partagée par la Première ministre belge Sophie Wilmès. Attention, ces cinq personnes doivent être les mêmes pour tout le foyer, les enfants de moins de douze ans ne rentrent pas en compte, et le total du groupe ne doit pas dépasser dix personnes.

"Un contact rapproché c'est par exemple: manger ensemble, aller boire un verre, organiser un barbecue, être proche l'un de l'autre..." explique la vidéo.

Il n'est pas interdit de voir d'autres personnes, mais pas question de faire des activités qui entrainent une proximité, les distances de sécurité doivent être particulièrement respectées, un masque porté quand cela est possible, et toujours dans la limite de dix personnes. Il s'agit plutôt de faire avec ces contacts des balades au grand air, à vélo, ou d'aller au musée par exemple.

Cette mesure, mise en place pendant la première vague de l'épidémie, avait été élargie à 15 quand le nombre de cas avait diminué, avant d'être de nouveau réduite à 5. En plus de diminuer les fréquentations à risques entre les personnes, elle permet de retracer plus facilement les cas contacts dans la population en cas de contamination par le coronavirus. Fin août, le Conseil national a décidé de maintenir cette bulle sociale à cinq personnes, au moins jusqu'à fin septembre.

Cette mesure fonctionne-t-elle?

"La limitation du nombre de contacts est la manière la plus efficace afin de diminuer la propagation du virus. Ces contacts ont joué un rôle important dans la multiplication du nombre d’infections ces dernières semaines", écrit le site officiel belge Info Coronavirus le 29 juillet dernier, alors que le nombre de contacts rapprochés vient d'être abaissé à 5.

Moins de deux semaines plus tard, "le nombre de nouvelles infections semble ralentir sa progression", note le site, et le 20 août, les autorités constatent une "diminution du nombre moyen de cas et d'hospitalisations", qui va se poursuivre jusqu'à début septembre, où une augmentation légère des cas se fait ressentir.

"Ça a marché ! Ça a fait diminuer la première vague et c’est en train de diminuer la deuxième", affirmait mi-août à la RTBF Marc Van Ranst, virologue.

"En maintenant nos distances, en n’ayant pas de contact à risque en dehors de notre bulle, en n’étant pas dans plusieurs bulles, nous brisons les potentielles chaînes de transmission du virus", rappelait fin août le porte-parole du Centre de crise national Antoine Iseux, relayé par RTL Info.

"Non appliqué, non applicable, non contrôlable"

À noter que la Belgique n'a pas pris uniquement cette mesure de restriction devant la hausse des cas de Covid-19 fin juillet. La limite du nombre de personnes à un événement public avait par exemple été fixée à 100 personnes, ou encore dans les magasins, chaque client devait faire ses courses seul, comme l'expliquait alors Le Soir. Des règles assouplies fin août. Il est donc difficile de connaître le seul impact de la bulle sociale.

Cette notion de bulle sociale "n'a pas de sens", pour Yves Coppieters, professeur de santé publique répondant à la RTBF, qui conseille plutôt d'insister sur les "gestes barrières, puisqu’on sait que les contaminations se font dans le milieu intérieur". "Ça n’a aucune valeur, ça embête tout le monde, c’est non applicable, c’est non appliqué et c’est non contrôlable" déclare Jean-Luc Gala, chef de clinique, pour qui cette mesure "ne sert à rien".

D'autant que les Belges ne semblent pas motivés pour perpétuer cette mesure, seulement 31% se sont déclarés prêts à la respecter, lassés de la coupure sociale qu'elle entraîne. "Cette règle est sans doute l’une des plus difficiles à vivre, pratiquement et émotionnellement pour de nombreux d’entre nous", concède Antoine Iseux.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV