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Coronavirus: est-il utile de s'en protéger avec un masque?

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Si des cas de coronavirus ont été signalés en France, la maladie y semble cependant contenue pour le moment. Un spécialiste de l'hôpital parisien de la Pitié Salpêtrière a resitué auprès de BFMTV.com l'utilité des masques médicaux face à l'épidémie.

Les questions pleuvent devant ce coronavirus débarqué de Chine, où la maladie a déjà fait 80 morts et engendré 2744 cas avérés. Doit-on porter un masque médical? Dans quelles circonstances? Un masque, mais quel masque? Ces interrogations se posent avec d'autant plus d'acuité qu'on relève à présent trois malades en France, auxquels on peut ajouter six cas suspects. Un bilan, qu'il convient certes de considérer avec sérieux, mais qui souligne le caractère à ce stade très limité du mal en Europe et sur notre sol. 

Le masque, à la fois dernier rempart hygiénique et accessoire dont la vue a quelque chose d'anxiogène dans nos contrées peu habituées à ce genre de recours, est d'ores et déjà un objet convoité: faute de stocks préexistant, certaines pharmacies ont du mal à répondre à la demande des consommateurs inquiets.

Un masque "utile quand on est soi-même malade"

Les autorités ont pourtant adopté un ton résolument rassurant. Dimanche, la ministre de la Santé, a martelé que demander à la population de s'équiper de masques n'avait aucun sens.

"Aujourd’hui, il n’y a donc aucune indication adressée à la population française pour acheter des masques", a lancé Agnès Buzyn. "C’est totalement inutile."

"Aujourd’hui, les masques bleus, les masques chirurgicaux que l’on voit sur les photos sont des masques qu’il faut mettre quand on est malade pour éviter d’envoyer des microbes à son entourage", a-t-elle poursuivi. "D’ailleurs en période d’épidémie grippale ce serait bien que les Français portent des masques lorsqu’ils sont au contact de personnes âgées ou fragiles. Ce sont des masques utiles quand on est soi-même malade pour éviter de contaminer les autres."

"Toutes les infections respiratoires sont prévenues par le port de ce masque", confirme à BFMTV.com David Boutolleau, virologue à l'hôpital parisien de la Pitié Salpêtrière. "On applique la même chose pour les grippes. Le patient porte le masque chirurgical car il empêche de transmettre la maladie à son entourage, c'est une forme d'isolement."

Encore faut-il savoir s'y prendre. "Pour être efficace, le masque chirurgical doit être changé plusieurs fois par jour. Il a une durée de vie de trois ou quatre heures", détaille ainsi le virologue. 

La volatilité limitée de la maladie 

L'opportunité du masque tient bien sûr aux modalités de la transmission du coronavirus. Dans la fiche qu'il lui a dédiée, le ministère de la Santé note que "la maladie se transmet par les postillons (éternuements, toux)": "On considère donc que des contacts étroits sont nécessaires pour transmettre la maladie."

"Il y a contact étroit pour une personne ayant partagé le même lieu de vie que la personne malade lorsque celle-ci présentait des symptômes (famille, même chambre d’hôpital ou d’internat) ou ayant eu un contact direct, en face à face, à moins de 1 mètre de la personne malade au moment d’une toux, d’un éternuement ou lors d’une discussion en l’absence de mesures de protection efficaces."

Même si "la capacité de propagation du virus s'est renforcée", selon de hauts responsables sanitaires chinois, David Boutolleau souligne que la volatilité du coronavirus est très mesurée: "Les coronavirus sont des virus costauds qui ne se baladent pas comme ça".

Le "masque canard", une précaution excessive pour les particuliers

Il existe un autre type de masque, plus sophistiqué: le masque de protection respiratoire, le FFP2, également appelé le "masque canard". "Il est plus efficace, on peut le garder plus longtemps mais il n'a pas du tout la même fonction que l'autre", détaille David Boutolleau.

"Sa fonction est de ne pas être infecté depuis l'extérieur", précise-t-il. Il est réservé au personnel soignant en contact avec les gens infectés. Il faut notamment protéger les soignants pendant qu'ils les examinent de près, donc avec ce masque, des lunettes, une charlotte car le patient est susceptible de tousser ou d'éternuer sans masque à ce moment-là". 

En dehors des médecins, des infirmiers et des aides-soignants, il n'a, ainsi, pas d'utilité, et le masque chirurgical apparaît comme un dispositif suffisant. Et ce, pour la seule personne déjà contaminée au préalable. 

Robin Verner