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Comment pourrait évoluer l'épidémie de Covid-19 cet été? L'institut Pasteur publie ses projections

Le coronavirus vu au microscope

Le coronavirus vu au microscope - AFP

"En cas de levée trop rapide des mesures de freinage le 15 mai, même sous des hypothèses optimistes concernant le rythme de vaccination", une "remontée importante des hospitalisations pourrait être observée", écrit notamment l'Institut Pasteur.

Comment pourrait évoluer l'épidémie dans les mois à venir? L'Institut Pasteur a mis en ligne ses projections concernant la circulation du Covid-19 cet été, datées du lundi 26 avril. Plusieurs hypothèses sont faites par le groupe de recherche, qui prend en compte dans ces scénarios l'impact des mesures actuelles de freinage, le rythme de la levée des restrictions, l'accélération, ou non, de la campagne vaccinale, mais aussi la contagiosité du variant britannique B.1.1.7, majoritaire en France, et l'incidence du climat.

Dans leur scénario "de référence", le variant britannique est 60% plus transmissible que le virus historique, et "les mesures de freinage conduisent à une réduction substantielle des hospitalisations". Mais "en cas de levée trop rapide des mesures de freinage le 15 mai, même sous des hypothèses optimistes concernant le rythme de vaccination", une "remontée importante des hospitalisations pourrait être observée", préviennent les chercheurs.

"Ces scénarios ne sont pas des prévisions", insiste l'Institut Pasteur. "Les trajectoires décrites dépendent des hypothèses faites; si les hypothèses ne se réalisent pas, la dynamique observée pourra être différente des projections", préviennent les chercheurs dès le début du document."

Une "remontée importante des hospitalisations" possible

Quatre graphiques sont déclinés concernant le scénario numéro 1, dit "de levée partielle des mesures de freinage, si ces mesures ont un impact substantiel sur l'épidémie". Ils présentent les scénarios possibles en fonction de la contagiosité du variant (60% ou 40% plus contagieux que le virus de base), et du nombre de vaccins administrés par jour (500.000 ou 350.000 doses).

Quel impact sur le nombre d'admissions journalières à l'hôpital? "Dans le scénario de référence où le variant B.1.1.7 est 60% plus transmissible que le virus historique (les graphiques A et B ci-dessous, NDLR), une levée trop rapide des mesures de contrôle le 15 mai pourrait conduire à une remontée importante des hospitalisations", visible sur les lignes rouges et orange. Et ce "même sous des hypothèses optimistes concernant le rythme de vaccination", soit avec 500.000 doses par jour.

Scénarios de l'évolution de l'épidémie d'ici à l'été, selon la contagiosité du variant britannique et le nombre de doses de vaccin injecté par jour
Scénarios de l'évolution de l'épidémie d'ici à l'été, selon la contagiosité du variant britannique et le nombre de doses de vaccin injecté par jour © Institut Pasteur

Le nombre d'hospitalisations quotidiennes pourrait, Dans ces deux cas de figure, il pourrait y avoir de 2000 et 3000 hospitalisations par jour à un moment durant l'été - un chiffre comparable au plus haut de la deuxième vague, début novembre. Le pic grimpe jusqu'à 3500 dans un second scénario, pour lequel les chercheurs ont supposé que les mesures de freinage actuelles conduisaient à une "diminution plus lente des hospitalisations".

Des scénarios plus optimistes

Le pic est bien plus bas - sous les 1500 admissions par jour, voire sous les 500 - dans le cas où le variant britannique n'est que 40% plus contagieux que la souche historique. Les hospitalisations quotidiennes restent également assez basses dans le cas d'une levée progressive des restrictions entre le 15 mai et le 1er juillet (courbes bleues et violettes).

"Une levée plus progressive de ces mesures pourrait permettre de décaler la reprise à un moment où la campagne de vaccination aura progressé, diminuant d’autant l’intensité de cette reprise", résument les chercheurs.

Dans une projection à plus court terme, également datée du lundi 26 avril, l'Institut Pasteur envisage une baisse des hospitalisations à partir du 1er mai et au moins jusqu'au 15, visible sur les graphiques ci-dessus (ligne verte). "Le modèle d’ensemble anticipe une baisse des admissions à l’hôpital, même si certains modèles individuels prévoient plutôt un plateau", est-il expliqué.

Ces scénarios proposés pour l'été s'appuient donc déjà sur une première projection à vérifier, qui fait l'hypothèse que le nombre d'hospitalisations journalières sera d'environ 1000 au 15 mai. Sur la dernière semaine, du 20 au 27 avril, ce chiffre tourne autour de 1700, mais "l'épidémie à tendance à régresser" ces derniers jours, assurait le ministre de la Santé Olivier Véran mardi.

Des hypothèses à vérifier

L'Institut Pasteur reste très prudent sur les scénarios avancés, soulignant que la circulation de l'épidemie dépend de nombreux facteurs dont certains restent difficilement prévisibles.

Ainsi, "il est difficile de quantifier l'impact du climat sur la transmission", note l'organisme, qui a repris les conditions de contrôle de l'épidémie durant l'été 2020 pour ses projections. Des différences peuvent toutefois apparaître dans les comportements: l'été dernier par exemple, il n'y avait pas de port généralisé et obligatoire du masque.

Il est également souligné que les projections concernant la rythme de la vaccination en France sont "délibéremment optimistes", "les projections seront dégradées si nous ne réussissons pas à atteindre ces objectifs".

De même, l'Institut Pasteur dit ne pas avoir pris en compte "la fin des restrictions de déplacement et la réouverture des collèges et lycées qui surviendront le 3 mai et pourraient conduire à une augmentation du taux de transmission", ni l'émergence des variants brésiliens et sud-africains, pour lesquels les vaccins pourraient s'avérer moins efficaces.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV