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Covid-19: en Indonésie, les autorités préfèrent vacciner la population jeune et active en premier

Une infirmière prépare une dose de vaccin Pfizer-BioNTech contre le Covid-19 dans un établissement de San Juan, Porto Rico, le 15 décembre 2020

Une infirmière prépare une dose de vaccin Pfizer-BioNTech contre le Covid-19 dans un établissement de San Juan, Porto Rico, le 15 décembre 2020 - Ricardo ARDUENGO © 2019 AFP

L'objectif des autorités sanitaires locales est de créer une immunité de groupe, une théorie qui semble très difficile à concrétiser dans le contexte actuel.

C'est ce qui s'appelle prendre le contre-pied. Alors que cette semaine le Premier ministre Jean Castex a détaillé devant l'Assemblée nationale la stratégie vaccinale française contre le Covid-19, qui devrait débuter dès fin décembre pour les publics les plus fragiles, l'Indonésie a de son côté décidé de prendre le problème par l'autre bout de la lorgnette.

Comme l'explique le média Bloomberg, cet archipel du sud-est asiatique devrait dans un premier temps immuniser les personnes actives et plus jeunes. Selon les autorités locales, ce sont eux les plus à risque de diffuser la maladie dans ce pays de plus de 267 millions d'habitants ou 643. 508 cas positifs ont été détectés pour 19.300 morts.

Une décision qui tranche donc avec la stratégie française, mais également britannique où la première vaccinée, Margeret Keenan, était âgée de 91 ans.

Immunité de groupe

Malgré les questionnements qu'elle soulève, cette stratégie de vaccination est totalement assumée par les autorités locales.

"Notre objectif est l'immunité de groupe. [...] Une fois le groupe de population le plus actif et le plus exposé, les 18 à 59 ans, vacciné, ils sera alors une forteresse pour protéger les autres groupes. Ce serait moins efficace si nous utilisions notre nombre limité de vaccins sur les personnes âgées, alors qu'elles sont moins exposées", a déclaré Amin Soebandrio, directeur de l'Institut Eijkman de biologie moléculaire à Jakarta, auprès du média américain.

En réalité, ce plan de vaccination sera extrêmement ciblé sur les potentiels super-propagateurs du Covid-19. Sur les îles de Java et Bali, où il a été découvert que les agents de santé représentaient 60% des cas positifs, 1,2 million de doses de vaccin seront ainsi mises à disposition pour ces derniers.

Une stratégie intenable?

Au total, le gouvernement indonésien s'est fixé comme objectif d'écouler 246 millions de doses de vaccins afin d'arriver à cette immunité de groupe. Il s'agit du nombre de doses nécessaires pour toucher 67% des 18-59 ans, soit 107 millions de personnes, ce qui à l'échelle de la population équivaut à 40% de la population totale indonésienne. Et c'est d'ailleurs là que le bât blesse puisque selon plusieurs définitions, l'immunité collective ne peut se faire qu'avec l'immunisation de 60 à 72% de la population d'un pays.

Le plan indonésien connaît également d'autres limites. Si les autorités locales préfèrent vacciner dans un premier temps les publics les plus jeunes c'est parce qu'à l'heure actuelle, le manque de recul concernant le vaccin utilisé, celui de l'entreprise chinoise Sinovac, est criant. Pour l'heure, ces sérums n'ont été testés que sur la tranche d'âge allant de 18 à 59 ans.

Le vaccin et la diplomatie

De plus, l'utilisation de ces vaccins chinois pourrait créer une dépendance vis-à-vis de l'Empire du milieu, qui pourrait aussi en profiter pour augmenter son influence sur l'archipel.

"Pékin pourrait utiliser ses dons de vaccins pour promouvoir ses objectifs dans la région, notamment sur des questions sensibles comme ses revendications sur la mer de Chine méridionale", soulignent les chercheurs Ardhitya Eduard Yeremia et Klaus Heinrich Raditio auprès de l'AFP.

Actuellement, l'Indonésie teste d'ailleurs depuis août sur quelque 1600 volontaires ce candidat vaccin, qui n'a pas encore été approuvé par les régulateurs chinois ou indonésiens.

Quelle est la bonne stratégie?

En France et dans la très large majorité du monde occidental, la stratégie reste donc radicalement différente. Invitée début décembre à l'antenne de BFMTV, Odile Launay, infectiologue à l'hôpital Cochin à Paris, rappelait que si la protection contre la contamination n'est pas encore démontrée par la vaccination, celle-ci devrait toutefois "protéger des formes symptomatiques et graves" du coronavirus. De fait, il semble logique que les personnes les plus à risques soient immunisées en priorité.

"Le choix des Ephad a été fait car ce sont eux qui ont payé le plus lourd tribut en terme de mortalité, le virus a circulé de façon très intense et cela continue, même si c'est inégal. [...] Ensuite, on va élargir aux autres personnes très à risque", a-t-elle détaillé.

Dans sa réflexion, Odile Launay est rejointe par Serge Gilberg, médecin généraliste, vice-président du Collège de la médecine générale et expert en vaccination.

"La question c'est de hiérarchiser l'accès à la vaccination en fonction des doses et des risques. Pendant la première vague, on a vu que les personnes au plus lourd fardeau étaient les plus âgées et celles en institutions. Il est légitime de leur proposer en premier la vaccination pour éviter ces morts dues au Covid et pour aussi essayer de revivre normalement", jugeait-il, toujours à notre antenne.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV