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"C'est encore tabou": des hommes racontent comment ils ont adopté la contraception masculine

Les hommes qui choisissent la contraception masculine sont encore rares (photo d'illustration).

Les hommes qui choisissent la contraception masculine sont encore rares (photo d'illustration). - FREESTOCKS.ORG / FLICKR

Si la contraception féminine sera bientôt remboursée jusqu'à 25 ans, les hommes qui ont choisi de se contracepter sont rares. À l'occasion de la journée mondiale de la contraception, ce dimanche, ceux qui ont franchi le pas racontent les résistances auxquelles ils ont dû faire face.

Dans ses consultations, Antoine Faix reçoit de plus en plus d'hommes interessés par la contraception. Le sujet "est de plus en plus évoqué", assure cet urologue et andrologue à BFMTV.com. Si ses patients viennent le plus souvent accompagnés de leurs conjointes - notamment parce qu'elles ne supportent plus leur contraception - d'autres le consultent de leur propre initiative, curieux de savoir ce qui existe.

"Certains ont déjà en tête une contraception qu'ils ont découverte sur internet", raconte le responsable du comité d'andrologie et de médecine sexuelle au sein de l'Association française d'urologie. "Ces hommes-là, qui me disent vouloir partager la charge de la contraception, je ne les voyais pas il y a encore cinq ou dix ans. Les mentalités changent."

Partager la "charge" de la contraception

Difficile cependant d'évaluer précisément le nombre d'hommes contraceptés en France. Les estimations varient d'une poignée de dizaines à quelques centaines, un vendeur d'anneau - présenté comme un sextoy mais utilisé à des fins contraceptives - assure en avoir écoulé 10.000.

Les journalistes Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain, avec la dessinatrice Caroline Lee, sont partis à la rencontre de précurseurs en la matière. Dans leur roman graphique Les Contraceptés, à paraître le 14 octobre, ils remontent ainsi le fil de cette histoire et donnent la parole à ceux et celles qui en sont convaincus.

"En discutant avec nos compagnes, après #MeToo et avec le renouveau des mouvements féministes, on s'est rendu compte que la question de la contraception n'était jamais abordée, que les hommes ne se demandaient pas comment faisaient leurs compagnes et qu'ils ne prenaient pas leur part de responsabilité là-dedans", explique Guillaume Daudin à BFMTV.com.

Partager la "charge" de la contraception, c'est justement ce qu'a voulu faire Clément. Ce jeune homme de 26 ans qui vit au Japon et travaille dans l'impression 3D a été contracepté pendant trois ans. Il était alors en couple et venait d'emménager avec sa compagne.

"À l'époque, elle supportait très mal la pilule, entre la prise de poids et des règles douloureuses, se souvient-il pour BFMTV.com. Elle n'était vraiment pas bien. Elle a essayé l'implant, c'était encore pire. Je ne voyais pas pourquoi il n'y aurait eu qu'elle qui aurait dû s'en occuper. Je considère que la contraception, c'est aussi une affaire d'hommes."

D'un commun accord, le couple part à la recherche d'autres solutions et découvre la contraception masculine thermique. En clair: augmenter la température des testicules de 2°C pour empêcher la production de spermatozoïdes. Ce qui s'obtient en portant quinze heures par jour un sous-vêtement spécial.

"Quand je ne le portais pas, je me sentais nu"

Clément assure s'y être très vite habitué: il ne voit pas d'inconvénient à cette méthode, si ce n'est de gérer son stock de slips. Au bout de trois mois, un spermogramme confirme qu'il est contracepté.

"Je le mettais après la douche jusqu'au coucher. C'était devenu une habitude, comme de porter une montre. Je ne le sentais plus. Dans les rares moments où je ne le portais pas, je me sentais nu."

Son choix est salué par ses proches. Les copines du couple sont enthousiastes, les copains de leur génération voient également avec bienveillance leur décision - "ils trouvaient ça cool". Mais pour ses connaissances plus âgées, la chose semble moins bien comprise - notamment de la part des autres hommes.

"Je faisais du sport. Dans les vestiaires, ils ont vu que je portais deux slips. Ils m'ont demandé pourquoi, si j'avais des fuites, un peu sur le ton de la blague. J'ai bien essayé de leur expliquer que c'était un moyen de contraception mais j'ai vu qu'ils ne m'écoutaient pas."

Briser un tabou

Clément a ainsi eu l'impression de "parler une autre langue" avec eux. "Ils n'envisageaient pas que la contraception puisse aussi s'adresser aux hommes, c'était un autre monde." Si aujourd'hui le jeune homme n'est plus contracepté - il s'est depuis séparé de sa compagne - il assure être prêt "à 100%" à s'y remettre.

"Si certains se montrent encourageants, ce sont souvent des railleries ou des moqueries", confirme Guillaume Daudin, l'un des auteurs de la BD Les Contraceptés. "Cela suscite aussi beaucoup d'incompréhension."

"Pour beaucoup, la contraception, ça reste une affaire de femmes, poursuit-il. Quand on dit qu'on est contracepté, les gens ont l'impression que c'est une tare. Toucher à la virilité, c'est encore tabou. Du coup, certains font ça dans leur coin."

Lui aussi a décidé d'utiliser la méthode thermique. C'est son enquête qui lui a "ouvert les yeux", assure Guillaume Daudin. "Je me suis rendu compte que c'était faisable. J'ai même depuis converti quatre copains qui ont vu que ça se passait très bien pour moi. Il faut ouvrir les esprits sur le sujet."

Mais il reconnaît que la contraception masculine reste une niche. "C'est même moi qui ai informé mon médecin qu'il existait des méthodes", se souvient le journaliste. Le sujet reste peu - voire pas du tout - évoqué dans la formation des médecins et les andrologues - l'équivalent des gynécologues mais pour les hommes - sont peu nombreux.

Les médecins peu formés

Pour Jeanne Perrin, professeure des universités et médecin biologiste de la reproduction, c'est le nœud du problème. C'est pour cela que la Société d'andrologie de langue française (Salf), dont elle est membre, assure des formations à destinations des médecins - généralistes, gynécologues, andrologues ou urologues - susceptibles de prescrire une contraception.

"Dans la formation initiale, rien n'est prévu dans les programmes officiels", pointe-t-elle pour BFMTV.com. "La contraception masculine peut être répidement évoquée en quelques minutes mais ne fait pas l'objet d'un cours isolé. Ce sont les médecins, qui ont vu les demandes de la part de leurs patients augmenter, qui nous ont réclamé ces formations."

La Salf prévoit également d'organiser des formations à destination des étudiant, sur la base du volontariat. Une tendance de fond qu'elle explique par les différents précédents - les scandales autour des pilules de 3e et 4e générations, de certains stérilets et d'implants contraceptifs - mais aussi par l'émergence d'une nouvelle génération d'hommes qui veut prendre sa part dans la contraception et maîtriser sa fertilité.

"Ce sont des demandes différentes des précédentes générations et les médecins sont démunis pour y répondre, poursuit Jeanne Perrin. Dans nos formations, on a aussi beaucoup de médecins belges et suisses qui sont submergés par les demandes de leurs patients. Il y a un énorme engouement mais pour l'instant, ça n'a pas encore été perçu par les laboratoires pharmaceutiques et les entreprises."

Ni par l'État? À l'heure actuelle, seule la vasectomie - qui n'est pas une méthode contraceptive mais un procédé de stérilisation - est prise en charge par la Sécurité sociale - à hauteur de 80%. La consultation avec un andrologue ainsi que le spermogramme, s'il est prescrit, sont cependant remboursés.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV