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Sous-vêtements, injections de testostérone... Où en est la contraception masculine?

Un couple à Trégastel, dans les Côtes-d'Armor, le 9 mars 2021 (photo d'illustration)

Un couple à Trégastel, dans les Côtes-d'Armor, le 9 mars 2021 (photo d'illustration) - Damien Meyer-AFP

Après de nouvelles annonces du gouvernement sur le remboursement de la contraception, et à l'occasion de la journée mondiale de la contraception, BFMTV.com s'est penché sur les différentes méthodes qui s'adressent aux hommes.

Pour l'andrologue Roger Mieusset, il est temps de "dégenrer" la contraception. Après l'annonce d'Olivier Véran, début septembre, que la contraception serait gratuite pour toutes les femmes jusqu'à 25 ans, certains - comme ce spécialiste du CHU de Toulouse, l'un des pionniers de la contraception masculine, notamment thermique, en France - appellent les hommes à se sentir davantage concernés.

"Quand on voit qu'il y a chaque année en France entre 200.000 et 220.OOO IVG, on voit bien qu'il y a un problème avec la contraception", note Roger Mieusset. "Où est la politique de santé? Ça ne consiste pas à distribuer des pilules, il faut aussi que la culture de la contraception s'adresse aux hommes."

Car il existe bel et bien des méthodes contraceptives masculines. Parfois réduites au "slip chauffant", elles sont pourtant efficaces mais souvent méconnues. À l'occasion de la journée mondiale de la contraception ce dimanche, BFMTV.com liste les principales.

• La méthode thermique

La contraception masculine - hormis le préservatif qui, de surcroît, représente le moyen de se protéger des infections sexuellement transmissibles (IST) - s'appuie à l'heure actuelle sur une méthode thermique ou hormonale, toutes deux réversibles.

La méthode thermique consiste à augmenter la température des testicules de 2°C pour empêcher la production de spermatozoïdes. Ce qui s'obtient en portant quinze heures par jour un sous-vêtement spécial qui remonte les testicules. L'effet contraceptif se fait ressentir en moyenne en trois mois, explique le site de l'Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine (Ardecom).

"C'est une méthode très simple qui a fait l'objet de trois études et qui est efficace pour l'inhibition de la production de spermatozoïdes", détaille Roger Mieusset. "Il existe d'autres choses en méthode thermique (comme l'anneau, NDLR) mais qui n'ont pas fait l'objet d'une validation."

Son usage est limité à une durée maximale de quatre ans - un usage plus long n'ayant pas fait l'objet d'étude - et nécessite un suivi médical. Aucun industriel ou laboratoire pharmaceutique n'a encore racheté le brevet pour produire les sous-vêtements à grande échelle. Il sont fournis gratuitement aux patiens de Roger Mieusset. Mais certains hommes se les fabriquent eux-mêmes, notamment lors d'ateliers qui y sont dédiés, comme l'évoque le site de l'Ardecom. Mais sous leur propre responsabilité.

• La méthode hormonale

En ce qui concerne la contraception hormonale masculine, elle consiste en des injections intramusculaires hebdomadaires. Elle est efficace au bout de trois mois. Elle comporte cependant - tout comme la contraception hormonale féminine - des effets secondaires et ne s'adresse pas à tous les hommes. Des antécédents personnels ou familiaux de cancer de la prostate, troubles de la coagulation ou cardiaques notamment peuvent représenter des contre-indications. L'Organisation mondiale de la santé a cependant validé une méthode, pour une durée d'utilisation de dix-huit mois, qui consiste en des injections hebdomadaires de testostérone.

D'autres méthodes hormomnales sont actuellement étudiées à l'étranger, notamment un gel contraceptif, ainsi que d'autres formules de produits injectables - dont l'une qui consisterait en une seule injection tous les quatre mois.

En France, la méthode existe depuis une trentaine d'années. Les spermogrammes de contrôle et l'infirmière qui procède aux injections sont remboursés par l'Assurance maladie, mais l'Androtardyl - le produit injecté - est à la charge du patient (environ 40 euros par mois).

• De nouvelles pistes à l'étude

Une autre méthode est également en cours d'expérimentation en Inde: la méthode Risug, ou inhibition réversible contrôlée du sperme. "Il s'agit d'injecter dans le canal déférent un gel qui bouche ou rend inopérants les spermatozoïdes", poursuit Roger Mieusset. Une première publication a montré son efficacité sur 130 couples. Une seconde, qui a évalué l'utilisation de la méthode Risug pendant cinq ans, est attendue à la fin de l'année.

Des chercheurs américains ont également développé un produit similaire et ont mené des tests mais n'ont pas les fonds suffisants pour financer la suite de leur étude.

• Et la pilule pour homme?

Quant à la pilule pour homme, un serpent de mer sans cesse annoncé pour bientôt depuis plusieurs décennies, Roger Mieusset assure qu'il ne faudra pas compter dessus.

"Il n'y aura jamais l'équivalent de la pilule pour hommes, c'est irréaliste. Physiologiquement, ce n'est pas possible. Tout simplement parce que les hommes ne peuvent pas prendre de testostérone par voie orale, c'est trop toxique pour le foie."

À l'heure actuelle, seule la vasectomie - qui n'est pas une méthode contraceptive mais un procédé de stérilisation - est prise en charge par la Sécurité sociale - à hauteur de 80%.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV