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Ce que les femmes pensent de leur pilule

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- - iStock - areeya_ann

Un sondage Ifop publié au moment de la sortie d'un livre polémique sur la pilule indique que les trois quarts des femmes interrogées partagent le sentiment que ce contraceptif n’est pas sans danger pour leur santé. Mais elles se disent aussi, et en très grande majorité, satisfaites et estiment qu'elle représente un facteur d’épanouissement.

Il s'agit du moyen de contraception le plus populaire en France, mais aussi le plus controversé. Cette situation concernant la pilule n'est pas nouvelle, mais un nouveau sondage Ifop pour le magazine Elle le prouve encore une fois. En 2014, une étude de l'Inserm révélait que le recours à cette contraception a fortement baissé, passant de 50% en 2010 à 41% en 2013, une baisse qui concerne uniquement les pilules de 3e et 4e générations.

Et ce au profit des pilules de seconde génération, du stérilet, du préservatif ou des méthodes dites naturelles. Une situation qui s'explique par la controverse fin 2012-début 2013 à propos du risque de thrombose veineuse associé à leur utilisation. Le débat est actuellement relancé en raison de la récente publication du livre "J'arrête la pilule" dans lequel l'auteure relate les effets secondaires qui l'ont poussé à tirer un trait dessus.

Surtout, elle évoque les dangers qui y sont supposément liés comme les phlébites, les embolies pulmonaires voire des cancers. Mais cet ouvrage fait polémique tant il est difficile de prouver tous ces liens de causes à effets, excepté le risque de thrombose veineuse pour les pilules estroprogestatives qui concerne 2 à 12 femmes sur 10.000 selon l'ANSM*. Par ailleurs, certains experts notent qu'il est important, aussi, d'indiquer ses effets bénéfiques sur le cycle menstruel ou préventifs contre le cancer de l'endomètre.

Le refus d'un contraceptif hormonal

Le récent sondage Ifop confirme que les femmes estiment pour la plupart que la prise de la pilule n’est pas sans danger et peut provoquer de graves problèmes de santé, puisque 75% des sondées sont de cet avis. Plus précisément, si la ménopause est la première raison avancée à son arrêt ou à son absence de recours, il apparaît que 15% des femmes motivent cette décision par le souhait de cesser la prise d’un contraceptif hormonal.

Ces dernières pointent avant tout du doigt les effets secondaires engendrés par la prise de ce type de contraceptif (44%), avant les risques de cumuler ce dernier avec la consommation de cigarettes (11%) ou des soucis veineux ou thromboemboliques (9%). En ce qui concerne son utilisation, huit femmes sur dix ont déjà pris la pilule au cours de leur vie et 19% la prennent encore actuellement. Mais derrière le recours à la contraception orale se cachent de forts clivages selon l'âge.

Seule une poignée de femmes (3%) continuent sans surprise de prendre la pilule passé 50 ans, mais en réalité le décrochage semble se réaliser plus tôt: 43% à 45% des femmes âgées 15 à 34 ans affirment prendre la pilule, mais celles âgées de 35 à 49 ans ne sont plus que 25% à le déclarer. Son efficacité ne fait en revanche aucun doute à leurs yeux, puisque la quasi-totalité des interviewées (87%) l'affirme, en particulier celles qui en ont l’usage (92%).

Un vrai progrès malgré l'aspect contraignant

Ce qui peut expliquer pourquoi 81% de celles qui prennent la pilule affirment en être satisfaites, avec toutefois un gros bémol. En effet, le deuxième défaut de ce contraceptif, après ses risques pour la santé, est lié à son aspect contraignant pour la moitié des interviewées, notamment les femmes les plus en âge de procréer. D’ailleurs, 16% des femmes qui ne prennent pas la pilule ou qui envisagent de l’arrêter justifient ce choix par le souhait d’avoir une contraception moins contraignante.

Une raison qui passe donc avant le souhait de cesser la prise d’un contraceptif hormonal. Il n'empêche que les sondées sont au final plus nombreuses (86%) à partager le sentiment que la pilule est un progrès qui facilite la vie. Les femmes de 35 ans et plus sont les plus susceptibles de le penser (89% contre 78% des 15 à 34 ans), celles-ci étant les héritières directes du combat pour la légalisation de la contraception orale.

Pour ce qui est de la contraception, ce thème est l’affaire du couple pour quatre femmes sur cinq, tous les âges et catégories socio-professionnelles confondus. "On notera toutefois un recul de cette idée depuis 2010, probablement occasionné par la tendance actuelle au 'girl power.'", concluent les auteurs. Quel que soit le choix de contraception, ce dernier ne doit pas se faire sans l'avis d'un professionnel de santé car lui seul pourra conseiller celle qui convient le mieux selon le mode de vie, les envies et la situation médicale de la patiente.

*Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé

Alexandra Bresson