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Bronchiolite: pourquoi l'épidémie inquiète particulièrement cette année

Image d'illustration - une maman avec son nouveau-né

Image d'illustration - une maman avec son nouveau-né - Loic Venance

L'épidémie de bronchiolite a été quasiment absente durant l'hiver 2019/2020, les scientifiques redoutent donc un manque d'immunité chez les nourrissons, entraînant une forte circulation du virus.

Après une circulation très faible de la bronchiolite pendant l'hiver 2020/2021, Santé Publique France avait alerté mi-septembre, sur le fait qu'une "épidémie de plus grande ampleur que celle observée chaque année est possible l’an prochain". Et les premiers signaux de cette circulation virale sont apparus ces derniers jours: "On retient un niveau de passages supérieur aux trois années antérieures pour la bronchiolite", précise ainsi le dernier point épidémiologique de Santé Publique France.

La bronchiolite "est une infection respiratoire des petites bronches due à un virus respiratoire très répandu et très contagieux", explique le site du ministère de la Santé. Elle touche en particulier les bébés de moins de deux ans, 30% d'entre eux sont atteints par cette infection chaque année en moyenne. Si l'épidémie a été quasiment inexistante et tardive l'hiver dernier, cette année, elle est précoce et pourrait être plus forte que les saisons précédentes.

Une épidémie plus précoce, et plus forte?

Santé Publique France note ainsi une augmentation de 23% du nombre de passages aux urgences pour des cas de bronchiolites chez les moins de deux ans la semaine du 27 septembre au 3 octobre (par rapport à la semaine précédente). Le nombre de cas détectés chez les moins de deux ans est ainsi passé de 1080 à 1329 en une semaine. Ce chiffre était de 439 sur la semaine du 6 au 12 septembre.

"Le niveau des indicateurs reste modéré" mais on observe une "tendance à l'augmentation qui nécessite la plus grande vigilance", expliquait la semaine dernière à l'AFP Delphine Viriot, épidémiologiste à l'agence sanitaire Santé publique France. "L'idée, c'est de pouvoir détecter le plus en amont possible la survenue de l'épidémie, pour permettre la mise en place de l'organisation des services hospitaliers", ajoute-t-elle.
Hospitalisations pour bronchiolite chez les enfants de moins de 2 ans par rapport aux 2 années précédentes
Hospitalisations pour bronchiolite chez les enfants de moins de 2 ans par rapport aux 2 années précédentes © Santé Publique France

Les Hauts-de-France et le Grand Est ont ainsi été placés en phase pré-épidémique la semaine dernière, et l'Île-de-France commence également à se préoccuper d'un début d'épidémie.

Des nourrissons moins immunisés

Cette hausse de l'épidémie est en partie due au fait qu'avec les gestes barrières et les confinements, "il n'y a pas eu de bronchiolite de façon importante l'année dernière, il y a donc des anticorps dans la population qui sont moins importants, et cela peut rendre la population plus sensible à cette infection", explique à BFMTV Ricardo Carbajal, chef du service des urgences pédiatriques à l'hôpital Armand-Trousseau (Paris).

"L’épidémie de bronchiolite pourrait être de grande ampleur compte tenu d’un déficit d’immunité collective acquise significatif pour les enfants nés après mars 2020", expliquait également le Conseil Scientifique dans un avis du 5 octobre. "Des données de l’hémisphère sud montrent qu’il y a eu une circulation plus intense et décalée dans le temps et dans les tranches d’âge cet hiver".

Les bébés ont en effet besoin d'être confrontés aux virus pour développer une immunité, "les maladies comme la bronchiolite et la gastro-entérite sont des passages obligés pour le nourrisson", expliquait en septembre à BFMTV.com Fabienne Kochert, pédiatre libérale et présidente de l’AFPA Néonatologie (association française de pédiatrie ambulatoire). "Au fur et à mesure, ils s'immunisent, et font des formes moins graves".

Des symptômes à repérer

Rhudy Muteba, auxiliaire de puériculture, explique sur notre antenne voir des parents arriver avec des enfants qui ont du mal à respirer, "donc nous ce que l'on fait c'est voir les premiers signes" par exemple, "un enfant qui va respirer plus vite que d'habitude". Le virus peut potentiellement être grave pour les plus petits, et nécessiter une hospitalisation.

La bronchiolite "débute généralement par un simple rhume et une toux, puis l’enfant est gêné pour respirer et il peut présenter des difficultés pour boire et manger", explique le site du ministère de la Santé. "Les quintes de toux sont très fréquentes et peuvent s’accompagner de sifflements. En cas de signes de bronchiolite, il faut rapidement contacter un médecin qui confirmera le diagnostic".

Comme pour le Covid-19, des gestes barrières s'appliquent pour éviter d'attraper, et de transmettre, cette maladie à un nourrisson: se laver les mains avant de s'occuper du bébé, en cas de toux porter un masque et ne pas embrasser le nourrisson, aérer la chambre, ne pas échanger les biberons ou sucettes non nettoyés ou encore éviter d'emmener le bébé dans des endroits publics fréquentés.

Pour rappel il n'existe pas de vaccin à cette infection, seuls les symptômes se soignent.

D'autres maladies à venir?

Si la bronchiolite fait son grand retour cet automne, d'autres maladies virales - également peu présentes l'hiver dernier du fait des gestes barrières liés au Covid-19 - pourraient également faire leur retour dans les prochaines semaines. Le Conseil scientifique parle ainsi de "signaux sérieux qui font craindre une épidémie précoce" de grippe "avec un impact important sur le système de soin".

On observe "actuellement une forte poussée de l'épidémie de gastro-entérite aigue, en particulier dans la région Provence-Alpes-Cotes-d'Azur", explique à BFMTV Hervé Caël, médecin généraliste, "mais bientôt tout ce qui est virus, infections ORL et respiratoires", vont également revenir, "et on s'attend cette année à avoir un épisode de grippe important", déclare-t-il.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV