BFMTV

BFMTV répond à vos questions: ce que l'on sait et ne sait pas sur le virus depuis un an

Le Covid-19 a envahi nos vies depuis un an. Ce mercredi, Jean-Michel Claverie, virologue, professeur émérite à la fac d’Aix-Marseille, spécialiste en santé publique, est intervenu sur BFMTV pour faire le point sur l'état de la recherche autour de ce virus, en répondant aux questions envoyées par nos téléspectateurs.

Voilà un an que la pandémie de Covid-19 bouleverse la planète. Le virus a déjà emporté plus de 2.600.000 vies dans le monde. Médecins et scientifiques travaillent d'arrache-pied, non seulement pour traiter les patients, mais aussi pour mieux connaître cette nouvelle maladie issue de la famille des coronavirus.

BFMTV a voulu, ce mercredi, faire le point sur l'état de la recherche autour du Covid-19, en relayant les questions des téléspectateurs auprès de Jean-Michel Claverie, virologue, professeur émérite à la fac d’Aix-Marseille, spécialiste en santé publique. Celui-ci a répondu à toutes ces interrogations, dévoilant les certitudes et hypothèses des scientifiques, ainsi que les sujets résistant à ce stade à leurs investigations.

· Élodie: D’où vient le coronavirus? Quelles sont ses origines?

"Ces virus mutent beaucoup, donc des variants spontanés apparaissent dans la nature, où même d’ailleurs, comme on travaille sur ces virus, dans un laboratoire. Et donc spontanément, ces virus peuvent acquérir la faculté de contaminer les humains (...). Alors oui, il est naturel, né spontanément car on ne trouve pas dans son génome de trace de manipulation génétique."

· Margot: Comment s’est effectué le passage de l’animal à l’homme?

"On sait que les coronavirus peuvent passer par la chauve-souris c’est sûr, car on sait que la chauve-souris est un énorme réservoir de coronavirus. Ces virus sont rarement en contact avec l’Homme sauf dans les mines, chez les spéléologues (...). Là, il a fallu qu’il y ait un virus, et qu’il y ait une exposition humaine quelque part.

Maintenant, une grande enquête par l'OMS vient de se terminer qui ne fait pas du tout l’unanimité – certains la trouvant trop rapidement bouclée – donc on sait que le virus a émergé de façon naturelle mais la façon dont il s’est propagé chez les humains, déclenchant l’épidémie, elle, n’est encore pas du tout claire".

· Kim: L’épidémie est-elle vraiment partie de Chine? Connaît-on le patient zéro?

"On ne connaît pas encore le patient zéro, peut-être même qu’il n’y en a pas. Ça a pu se passer dans la nature et donc une épidémie à bas bruit, quelqu’un qui aurait ramené le virus dans sa famille sans même le savoir. Il a aussi pu sortir d’un laboratoire sans qu’on le fasse exprès, par accident : des chercheurs travaillant notamment à Wuhan sur ces virus auraient pu sans même le savoir se contaminer et amener le virus dans leur famille, soit il y a eu des travaux particuliers cherchant à voir s’il était possible que tel coronavirus puisse infecter un humain.

À l’heure actuelle, on estime que toutes les hypothèses, malgré ce que dit l’OMS, sont encore parfaitement possibles. Il faudrait que les autorités chinoises se montrent plus sympathiques pour qu’on puisse regarder les données dans le détail."

· Claude: Ce virus, à quoi ressemble-t-il? A-t-on établi sa ‘carte d’identité’ complète?

"Le mot ‘coronavirus’ est un mot un peu poétique pour dire que quand on le regarde un peu au microscope électronique, il y a une petite irisation autour de cette petite boule. C’est une toute petite sphère de 125 nanomètres, un virus parfaitement standard recouvert de protéines.

Son génome est très bien connu. Mais la fonction de seulement une quinzaine de ses gènes est connue. C’est un peu ça qui empêche d’avoir des traitements."

· Joseph, 7 ans: Est-ce que dans la famille des coronavirus, le Covid-19 est le plus méchant?

"C’est clairement le plus méchant, encore que le virus intermédiaire, porté notamment par les dromadaires, le MERS, tuait beaucoup plus de gens qu‘il infectait: de mémoire, il tuait 30% des gens qui déclaraient la maladie. Mais il était beaucoup moins contagieux.

Avec le Sars-CoV-2, dépendant bien sûr de l’âge, il tue environ 1% des gens contaminés - c'est beaucoup moins les jeunes, et beaucoup plus chez les personnes âgées. C’est donc un virus qui n’est donc pas très méchant car il l’est à peine plus que certaines mauvaises grippes. Mais il est donc plus méchant que les coronavirus habituels qui nous donnent deux ou trois rhumes chaque hiver."

· Katia: Le virus est-il sensible à la chaleur? Le climat joue-t-il sur l’épidémie?

"Je dirais qu’on ne sait pas. Tous les virus seront sensibles à la chaleur au bout d’un certain temps, tous seront sensibles à des différences d’humidité, ou d’acidité. Le problème, c’est que quand on regarde ce qu’il se passe en été, c’est non seulement la température et le temps qui varient mais aussi la manière dont les gens vivent.

Donc il est très difficile d’établir la cause des modifications dans la circulation de l’épidémie. Pour moi, il n’est donc pas du tout clair que ce virus soit saisonnier. (...) Mais la pollution atmosphérique semble jouer un rôle."

· Axel: Comment le virus entre-t-il dans notre corps?

"On a d’abord pensé que les portes d’entrée étaient purement nasales mais il y a quelques indications selon lesquelles il pourrait se transmettre de manière digestive. C’est pourquoi il y a des formes digestives assez graves."

· Renaud: Si j’ai été en contact avec un malade, au bout de combien de temps vais-je déclarer des symptômes?

"En gros, on pense à peu près que cette durée est de cinq à sept jours. Ça peut éventuellement aller jusqu’à dix ou 15 jours. Au-delà, soit vous faites une forme asymptomatique, soit vous n’avez pas été infecté."

· Jeanne: Au départ, les symptômes étaient toux-fièvre-fatigue. Aujourd’hui, on parle de Covid intestinal ou de Covid neurologique. Comment s’y retrouver?

"La majorité des symptômes, c’est d’abord fièvre, maux de tête, toux et irritation du nez et le meilleur symptôme pour s’assurer qu’on a bien le Covid et pas autre chose, c’est cette fameuse perte de goût et de l’odorat qui est très spécifique. Aucun autre virus connu ne donne aussi rapidement et souvent ce type de symptôme."

· Agathe: Est-on plus contagieux si notre forme de Covid est plus sévère ? Et si oui, combien de temps?

"On ne sait pas encore. Mais le bon sens pourrait nous amener à penser qu’une forme sévère dit qu’on a été attaqué par le virus et qu’on a fait beaucoup de copies de ce virus et que donc en produisant plus de virus on est plus contagieux pour les autres. Mais quand on fait ce genre de maladie sévère, on est mieux immunisé."

· Yann: Sans comorbidité, qu’est-ce qui fait que certains vont développer une forme grave et pas d’autres?

"L’immunité croisée est une des pistes. Quand on est jeune, on est en général en meilleur état de fonctionnement donc nos systèmes fonctionnent mieux et on est plus tolérant face à n’importe quel stress organique ou biologique auquel on est soumis. 85% de la mortalité dans les hôpitaux touchent des gens de 70 ans et plus qui ne représentent que 10% de la population. Il n’y a pas de surmortalité, c’est vraiment une maladie de vieux. (...)

Plus on vieillit, moins on fait de bonne réponse immunitaire, plus on est vulnérable aux attaques virales et des travaux d’une équipe de scientifiques dirigée par un Français à New York disent qu’il y a une base génétique.

Ils ont découvert une dernière chose: au fur et à mesure de sa vie, on finit par s’immuniser contre certaines de ses propres défenses immunitaires et donc on combat leurs propres défenses immunitaires."

· John: Sait-on combien de temps une personne qui a eu le Covid est protégée? Et peut-on attraper plusieurs Covid avec un variant?

"Oui, ça a été démontré notamment avec les variants sud-africain et brésilien. La durée de l’immunité varie énormément. Si vous avez fait une forme très légère et asymptomatique, ça peut être de trois à six mois, avec des formes plus sévères ça peut être beaucoup plus long que ça.

On ne sait pas encore si c’est une maladie contre laquelle il faudra se vacciner tous les six mois ou tous les ans. Ce n’est pas une immunité pour la vie, c’est clair."

· Sofiane: Les variants seront-ils de plus en plus dangereux?

"Non, ils seront de plus en plus nombreux mais pas dangereux. L’intérêt d’un virus est de passer le plus inaperçu possible, comme ça il n’y a pas de contre-mesure possible et il cherche avant tout à se multiplier. La tendance va être à des virus de moins en moins virulents mais ça prendra un certain temps."

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV