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"Bébés sans bras": pour une experte, la probabilité de trouver une cause est "infime"

Ce vendredi, le comité d'experts scientifiques chargé d'enquêter sur les cas de bébés nés sans bras doit a rendu ses conclusions publiques. Ils recommandent de mener des investigations complémentaires dans le Morbihan et écartent toute nouvelle enquête dans l'Ain. Une déception pour les familles concernées.

Les bébés nés sans bras trouveront-ils un jour une cause à leur malformation? Rien n’est moins sûr si l’on en croit les conclusions du comité d’experts scientifiques rendues publiques ce vendredi. La présidente du colloque a expliqué la "complexité" d'une telle démarche. La probabilité de trouver une cause commune à ces cas existe mais elle est "infime", selon Alexandra Benachi, cheffe du service de gynécologie-obstétrique de l'hôpital Antoine-Beclère de Clamart.

Jeudi après-midi, cette spécialiste des maladies congénitales rares a présenté aux familles concernées, aux associations et à plusieurs responsables de registres régionaux de malformations, les conclusions du travail mené par une vingtaine de scientifiques depuis leur nomination en février.

Vérifier la qualité de l'environnement et les pesticides

Ils recommandent de mener des investigations complémentaires pour les 4 cas situés dans le Morbihan, particulièrement sur la zone de Guidel, en se focalisant sur les pesticides épandus dans le cadre d'essais à l'époque des grossesses des mères concernées. Mais l'obligation de conserver les registres sur ces produits ne dure que cinq ans, rendant aléatoires les informations qui pourront être recueillies à cette occasion. Les scientifiques préconisent également de vérifier les analyses portant sur la qualité de l'environnement près du domicile des familles (eau, air, sol).

Ils écartent en revanche une nouvelle enquête concernant les 8 cas d’agénésie transverse dans l'Ain, concluant à "l'absence d'excès de cas" de malformations dans ce secteur, selon leur rapport. Pour les 3 bébés nés sans bras dans la Loire-Atlantique, les experts n'ont pas encore pu statuer car l'absence de registre de malformations dans ce département rend difficile la définition du "nombre de cas attendus", essentiel pour déterminer ensuite s'il y a un "excès de cas" dans la zone concernée.

Des familles "absolument pas satisfaites"

Ces mesures, présentées dès jeudi aux familles concernées, les laissent sur leur faim. Elles se disent "absolument pas" satisfaites des conclusions qui ne constituent pas, selon elles, l'"enquête de terrain" qu'elles appelaient de leurs vœux.

"Ils n'exploreront pas la piste des produits (phytosanitaires) de contrebande" qui ont fait l'objet de saisies, regrette Flavie Benizri, représentante de l'association d'aide aux familles Assédea.

De même, le comité recommande d'analyser la qualité de l'air et des sols mais à partir des mesures déjà enregistrées, il n'y aura "pas de nouveaux prélèvements", a-t-elle ajouté.

"On attendait plus de réponses, des hypothèses plus concrètes, des produits suspectés, mais rien", tance Isabelle Taymans-Grassin, maman d'une enfant concernée née dans le Morbihan.

Cette dernière s’inquiète qu’aucun lien de cause à effet ne soit jamais établi entre une substance donnée et la survenue des malformations chez les enfants.

Un second rapport à venir 

L’agénésie transverse se caractérise par l'absence de formation d'une main, d'un avant-bras ou d'un bras au cours du développement de l'embryon. Plusieurs cas groupés de naissances de bébés touchés par ce type de malformations ont été identifiés ces dernières années en France: dans l'Ain (8 naissances entre 2009 et 2014), la Loire-Atlantique (3 entre 2007 et 2008) et le Morbihan (4 entre 2011 et 2013).

Face aux inquiétudes dans ces régions, le comité d’experts assure dans son rapport que "des actions d’information et de formation des professionnels de santé" vont être développés. "Les travaux en cours permettront de mieux caractériser et hiérarchiser les éventuels facteurs de risque environnementaux à étudier en priorité. Ils feront l’objet d’un second rapport", concluent les scientifiques.

Ambre Lepoivre avec AFP