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AstraZeneca délaissé: des soignants appellent à réagir avant la péremption des doses

La méfiance vis-à-vis du vaccin AstraZeneca a poussé de nombreux pays à fixer des limites d'âge à son usage, voire à suspendre son utilisation

La méfiance vis-à-vis du vaccin AstraZeneca a poussé de nombreux pays à fixer des limites d'âge à son usage, voire à suspendre son utilisation - JOEL SAGET © 2019 AFP

Des pharmaciens et médecins pointent du doigt la mauvaise répartition des doses de vaccin AstraZeneca, avec des frigos plein dans des centres de vaccination où ce produit est délaissé, alors qu'eux manquent de doses.

Médecins de ville et pharmaciens se sont plaints à plusieurs reprises du peu de doses de vaccins qui leur étaient octroyées. Depuis plusieurs semaines maintenant, ils peuvent vacciner avec AstraZeneca, mais les demandes sont plus importantes que leurs réserves. En parallèle, ce vaccin ne semble pas séduire dans les centres de vaccination.

Ces derniers jours, plusieurs centres proposant des doses d'AstraZeneca ont ainsi fermé plus tôt que prévu, faute de demandes. Début avril, le Courrier Picard faisait ainsi état de deux cas de ce genre dans des centres ouverts à Calais (Pas-de-Calais) et Gravelines (Nord). Ce week-end, un centre de vaccination a également dû fermer plus tôt que prévu à Nice (Alpes-Maritimes).

"Des frigos pleins" et des listes d'attente

"Il y a deux flux de livraison pour les vaccins AstraZeneca, celui pour les hôpitaux et les centres de vaccination, et un flux de ville", explique ce mercredi sur BFMTV Grégory Tempremant, à la tête de l'URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) des pharmaciens Hauts-de-France. Or, selon lui, le flux de ville, regroupant les pharmaciens et médecins généralistes, "est délaissé. Il y a des annulations de livraison qui sont faites. Par contre, les centres de vaccination et les pharmacies à usage intérieur des hôpitaux reçoivent des dotations supplémentaires".

Le pharmacien observe ainsi une "distorsion" entre "des frigos qui sont pleins, avec des doses qui ne trouvent pas preneurs dans les centres de vaccination, alors que nous en officine, on a des patients à vacciner", qui accepteraient d'utiliser le vaccin AstraZeneca.

Si des frigos restent pleins, c'est notamment parce que le vaccin AstraZeneca souffre d'une très mauvaise image auprès de la population, et fait l'objet d'une certaine méfiance après plusieurs événements: sa suspension quelques jours après l'apparition de cas de thromboses, la non-recommandation - au début - pour les plus de 65 ans, mais aussi des effets secondaires forts sous forme de symptômes grippaux. Ainsi, alors que le taux d’utilisation du vaccin Pfizer était de 91% au 18 avril, et celui de Moderna de 70%, celui du AstraZeneca ne s'élève qu'à 67%.

Des "passerelles" entre les flux

Grégory Tempremant, également conseiller régional UDI, appelle donc le gouvernement a élaborer des passerelles entre les deux flux, afin de réorienter des doses quand c'est nécessaire. "Ce serait pourtant logique qu’il y ait des passerelles entre les deux circuits!", déclare également, dans La Voix du Nord, le Dr Philippe Chazelle, président de l’URPS Hauts-de-France des médecins libéraux.

L’Agence Régionale de Santé des Hauts-de-France, a assuré dans un mail mercredi soir à BFMTV être "en lien avec le ministère de la santé pour faire évoluer les circuits d’approvisionnement, qui sont établis au niveau national. L’objectif de l’ARS est bien de pouvoir réallouer aux professionnels de ville des doses qui ne seraient pas utilisées en centre de vaccination".

Ils assurent un changement prochain, écrivant qu'un "déploiement prioritaire de ces doses - principalement vers les pharmacies d’officine, pour respecter la qualité du circuit pharmaceutique - va être mis en place dès la semaine prochaine, afin qu’aucune dose ne soit perdue".

Le risque de la péremption

Car le risque de ces problématiques de stockage, c'est de perdre des doses qui se périmeraient, alors que des personnes veulent se faire vacciner avec ce produit. "Certains pharmaciens [internes aux hôpitaux] m'ont dit qu'ils avaient des stocks qui périmaient le mois prochain, donc il y a urgence. C'est du pragmatisme", déclare Grégory Tempremant.

Dans son message, l'ARS assure avoir "demandé à chaque lieu de stockage de vaccins AstraZeneca de réaliser un inventaire précis des dates d’expiration des doses et d’identifier celles qui arriveraient à expiration dans les prochaines semaines", justement afin d'éviter ce gâchis.

"Dans le département du Pas-de-Calais, ces doses n'ont pas été jetées. Nous avons eu une attribution de 1000 doses en début de mois, il en reste plus de 50% à écouler", explique ce mercredi sur BFMTV, Natacha Bouchart, maire LR de Calais, qui constate le peu d'engouement pour ce vaccin dans son centre de vaccination. "Il y a une date de péremption qui court vers la fin mai, et si je ne peux pas utiliser ces doses, malheureusement, la chose la plus cruelle serait de devoir en jeter".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV