BFMTV

Adhésion du public, doses: un objectif de 50 millions de primo-vaccinés fin août atteignable sous conditions

Mercredi, le Premier ministre Jean Castex a fixé le cap lors de son intervention au Journal de TF1: le gouvernement vise 50 millions de primo-vaccinés à la fin août. Un objectif qui est aussi une gageure en termes de rythme, d'intendance et de persuasion du public.

"Notre objectif est de 50 millions de primo-vaccinés fin août. (...) On va ouvrir cinq millions de rendez-vous pour les 15 jours qui viennent". L'objectif, tel qu'il a été chiffré mercredi sur le plateau du Journal de 13h de TF1 par le Premier ministre Jean Castex est clair. Un cap de la lutte contre le Covid-19 qui passe par quelques points-étapes. Ainsi, le gouvernement cible 40 millions de primo-vaccinés à la fin du mois de juillet, et pour ce faire, deux millions de premières injections cette semaine, puis quatre millions par semaine durant les quinze jours suivants. À titre de comparaison, au 19 juillet, on recensait 1,9 million de primo-inoculations au cours des 7 jours précédents.

Comme le montre notre Datacenter, nourri des statistiques officielles livrées mercredi soir, on compte actuellement 38,5 millions de personnes environ ayant reçu au moins une dose de vaccin - soit 57,7 % de la population générale - et 31,8 millions d'individus ayant achevé leur schéma vaccinal - 47,67 % de la population totale.

Et la cadence que veut impulser l'exécutif laisse désormais espérer 48,2 millions de primo-vaccinés au début du mois d'août et 60 millions à son crépuscule.

Cette vaccination à marche forcée implique toutefois de relever de nombreux défis, et d'ordres divers: proposer un nombre suffisant de rendez-vous et sur la longueur, les pourvoir en doses... et parvenir à mobiliser des publics qui se tiennent jusqu'ici loin de la campagne d'injections.

Le gouvernement optimiste au moment d'engager le "sprint vaccinal"

Côté gouvernement bien sûr, on soutient mordicus les propos du Premier ministre. Devant les journalistes lors d'un déplacement à Jouars-Pontchartrain, dans les Yvelines, jeudi après-midi, Gabriel Attal, rappelant l'ouverture de cinq millions de rendez-vous supplémentaires au cours des deux semaines à venir et insistant sur le succès récent de la campagne, a affirmé: "La mobilisation est forte".

Le porte-parole du gouvernement a étayé: "À chaque fois, nous avons été en avance sur les objectifs fixés, mais aussi parce qu'il y a eu une mobilisation exceptionnelle des élus, des personnels de santé, dans les centres, chez les médecins d eville, dans les pharmacies qui nous permettent d'y parvenir. On avait dit 40 millions de primo-vaccinés fin août ce sera fin juillet". "Cette mobilisation décuplée dont on parle concerne aussi les centres de vaccination qui sont renforcés en ressources humaines. (...) Nous nous donnons tous les moyens pour ce sprint vaccinal", a-t-il promis.

Tenable au moins sur le papier

Sur notre plateau, ce jeudi matin, Thomas Devlaeminck, membre de la plateforme CovidTracker, l'a assuré: L'intendance suivra. "Oui, il y a des créneaux de vaccination et plus de 20 millions de doses doivent être reçues en août. L'objectif semble atteignable", a-t-il dit. "On est actuellement sur une moyenne de 250.000 primo-injections par jour, d'ici la fin août on devrait donc en rajouter 10 millions", a-t-il ajouté. 

Le renforcement des mesures et la décision, pilotée par Emmanuel Macron, d'étendre l'application du pass sanitaire a généré depuis la mi-juillet un afflux nouveau dans les centres de vaccination. Un signal au beau fixe donc? Encore faut-il y regarder de plus près quant à ces nouveaux arrivants.

"Les gens qui viennent maintenant sont plutôt des gens qui ne se sentaient jusqu'ici pas très concernés car ils n'étaient pas à risque et pensaient qu'ils pouvaient remettre leur vaccination à une date ultérieure et qui, avec les nouvelles mesures, se rendent compte d'un impact important sur leur vie", a décrit en duplex ce jeudi matin sur BFMTV Marie Msika-Razon, médecin généraliste.

De la marge dans l'adhésion

Pour le dire plus clairement, ce sont donc des jeunes, en bonne santé, peu susceptibles de développer les formes graves de la maladie, qui franchissent massivement les portes des centres. Or, la marge de vaccination demeure importante au sein de certains segments de la population, plus prioritaires car plus vulnérables.

D'après Santé Publique France, on dénombre 73% des 50 ans et plus pleinement vaccinés, 77% à partir de 60 ans, 80% à compter de 70 ans. Des totaux conséquents dont la lecture en creux invite à davantage de circonspection: un sénior de 80 ans et plus ne s'est encore vu administrer aucune piqûre, et le chef du gouvernement a esquissé un panel de "trois millions de plus de cinquante ans avec comorbidité" dans le même cas.

Marie Msika-Razon a tenté d'expliquer cette situation, qu'elle ne relie pas à la mouvance anti-vaccin: "Ce sont des gens qui se sentent fragiles devant les effets indésirables du vaccin. Mais on a du recul et on est en mesure de leur donner des arguments fiables pour les rassurer." Thomas Devlaeminck a, lui, pointé les difficultés du desservissement médical: "On reçoit sur ViteMaDose des messages de personnes qui ont du mal à obtenir des rendez-vous. On prend contact avec ces personnes une par une pour les rassurer et faciliter cette prise de rendez-vous."

Pour répondre aux inquiétudes éventuelles mais également parer à cet éloignement, Marie Msika-Razon préconise: "C'est le rôle du médecin traitant de leur dire qu'ils sont certes fragiles mais que le vaccin est du coup indiqué pour eux et qu'ils ne risquent pas plus d'effets indésirables graves. Il faut faire quelque chose de plus à carte, dont des vaccinations à domicile".

Pas de relâchement en vue, même à l'automne

La veille, en plateau, Jean-François Corty, médecin généraliste et coordinateur au sein d'un centre de vaccination, avait déjà tracé une voie similaire: "Il faut étendre les horaires d'ouverture, faire en sorte qu'on ait des dispositifs de proximité comme des bus, en fait un équilibre entre des vaccinodromes, assez centraux, et ces dispositifs de proximité".

Mais les déplacements des estivants, le calendrier balnéaire des Français qui peuvent enfin prendre quelques vacances peut aussi bousculer l'agenda sanitaire. Aussi, "il faut peut-être augmenter les personnels soignants dans ces départements côtiers où les Français sont en vacances", a estimé mercredi soir la députée LaREM élue dans les Yvelines, Marie Lebec. 

Surtout, il faudra sans doute remettre le métier sur l'établi sitôt les 50 millions de primo-vaccinés atteints. En effet, on sait que l'hypothèse d'une troisième dose est de plus en plus régulièrement avancée en raison de la menace que le variant Delta pourrait faire peser sur les vaccins, déjà plus anciens, des personnes fragiles. "En septembre-octobre, il faudra maintenir ce rythme soutenu pour permettre aux personnes fragiles ou non vaccinés l'accès à ce dispositif", a ainsi mis en garde Jean-François Corty. La chute de tension n'est donc ni pour demain ni pour cet automne.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV