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Tenu à l'écart d'une visite, le Journal de la Réunion étrille Macron et publie une page blanche

Emmanuel Macron à la Réunion.

Emmanuel Macron à la Réunion. - Richard BOUHET / AFP

Ce vendredi, le Journal de la Réunion a protesté après avoir été tenu à l'écart, la veille, d'un déplacement présidentiel dans le quartier des Camélias à Saint-Denis. Le média a porté un double coup au chef de l'Etat: une page blanche soulignant cette mise au rancart, un éditorial en dénonçant l'origine.

On avait noté la remise d'un collier de fleurs par les Réunionnais à Emmanuel Macron à son arrivée sur l'île mercredi. Ce vendredi, un titre de la presse locale a achevé d'habiller le président de la République pour l'hiver qui s'annonce en métropole.

Ainsi, le Journal de la Réunion a inséré dans son édition de ce vendredi une page blanche sous le titre Emmanuel Macron aux Camélias. L'explication gît le long d'un pied de page aux airs de pied-de-nez: "Ni photos, ni textes! Désolés... Nous n'avons pas été conviés à couvrir cette visite". 

Dans un éditorial salé, le journaliste Lukas Garcia revient sur l'origine de la discorde, la fin de non-recevoir opposée aux journalistes de la rédaction au moment du déplacement surprise, et parfois ponctué d'échanges tendus, du chef de l'Etat dans le quartier des Camélias à Saint-Denis-de-la-Réunion: "Nos journalistes sont restés à quai à la préfecture quand leurs collègues montaient dans le bus de la visite organisée". Les équipes de son média ont bien sûr cherché à obtenir le fin mot de leur mésaventure. 

"Il leur a clairement été signifié qu'il n'y avait pas de place pour eux. Difficile alors dans pareil cas de ne pas y voir le signe d'une punition mesquine. Parce qu'il ne fait pas bon se montrer trop critique à l'égard du Président. On nous l'a fait savoir. La Une de notre édition d'hier ; Pour l'instant, c'est du vent ; a déplu en haut lieu. Tant pis. Ou tant mieux. Car si c'était à refaire, nous ne changerions pas un mot de ce titre. Il n'y aura donc de notre côté ni excuse, ni révérence. La présidence va devoir se trouver d'autres courtisans", trousse alors l'éditorialiste. 

"Du Président disruptif, on attendait mieux"

Si le président de la République a dressé un éloge de l'île, le panégyrique n'a pas attendri le journal: "Le chef de l'État ne cesse donc de vanter l'extraordinaire potentiel de notre île. Ça fait dix, vingt, cinquante ans, qu'on entend ça. (...) Giscard débitait les mêmes banalités en 1976. Du Président disruptif, on attendait donc mieux."

Ses promesses n'ont pas davantage convaincu. Une plateforme numérique pour dénoncer et illustrer les mauvaises manières et abus de certains commerçants? "Le voilà à deux doigts d'inventer Facebook !" rétorque ironiquement l'auteur. Et concernant la feuille de route sociale, dans un archipel où 40% de la population vivaient sous le taux de pauvreté selon les chiffres de l'Insee en 2015: "Le fossé entre l'urgence sociale et l'ambition stratosphérique du chef de l'Etat, ou la légèreté de ses propositions, est effrayant."

La réaction de Macron

Ce vendredi, Emmanuel Macron s'est rendu à un pique-nique sur le site de Grande Anse à Petite île. "Voilà pourquoi nous ne serons pas dupes du manège qui est train de se jouer. Avec ou sans le consentement de l'Élysée. Quitte à être privés de dessert ce midi à l'heure du pique-nique", avait prévenu le journal. Un journaliste a cependant interpellé le président de la République au sujet de ses confrères à l'occasion d'une ultime prise de paroles avant qu'il ne rembarque pour Paris. Celui-ci a alors lâché: 

"Pour ma part, je n’ai pas l’habitude d’envoyer des Bristol. On s’est déplacé aux Camélias, il y a un pool de journalistes pendant ce déplacement, plus de 160 journalistes ont été accrédités, je crois qu’il y avait une cinquantaine de journalistes aux Camélias. Il y a des organisations qui se sont trouvées."

Se tournant vers le journaliste qui lui avait adressé la question, il a poursuivi, visiblement irrité: 

"Vous-même y étiez, je ne suis pas sûr que vous y aviez été invité par qui que ce soit, tout s’est su dans les heures qui ont suivi. Je prends donc plutôt ça comme une marque de mauvaise humeur, voire de mauvaise volonté… C’est tout. Mais c’est dommage, quand on veut informer parce qu’à la place il y a beaucoup de pages blanches (sic) mais je ne crois pas que quand on est journaliste, on attende d’être invité pour informer."
Robin Verner