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Simone Veil est morte à 89 ans

Simone Veil

Simone Veil - JACQUES DEMARTHON / AFP

Elle était l'une des personnalités préférées des Français. Femme d'Etat, infatigable défenseure des droits des femmes, survivante de la Shoah, l'ancienne ministre, présidente du Parlement européen, académicienne, aura marqué l'histoire de ses multiples vies. Contre les préjugés et sans jamais se résigner.

Simone Veil est morte ce vendredi à 89 ans. Rescapée de la Shoah, figure de proue de l'émancipation des femmes, inspiratrice acharnée de la loi de 1975 sur l'interruption volontaire de grossesse, l'ancienne ministre de la Santé de Valéry Giscard-d'Estaing était plus qu'une femme politique de son temps. Elle a contribué à changer durablement les mœurs de la société française, contre les préjugés masculins, les conservatismes de tous bords, parfois contre son propre camp. Elle a su convaincre, dans une lutte menée pied à pied, avec la classe d'une femme d'Etat.

Quarante ans après l'ouverture des débats sur ce qui allait devenir la loi Veil dépénalisant l'IVG, l'Assemblée nationale avait en 2014 rendu hommage à son combat.

En 1974, un discours pour l'Histoire

Sur ce sujet, tout commence le mardi 26 novembre 1974. La ministre de la Santé monte à la tribune. Le sujet de l'avortement est explosif. Un nombre croissant de médecins, de femmes connues (voire le Manifeste des 343) revendiquent avoir commis cette infraction. Des centaines de femmes meurent chaque année dans la clandestinité, des suites d'opérations menées avec les moyens du bord, parfois par des "faiseuses d'anges". L'auditoire se compose de 9 femmes et 421 hommes. Tailleur Chanel, collier de perles et chignon, Simone Veil les affrontent, austère, élégante et avec la rage de convaincre. 

"Il ne sert à rien de travestir les faits: face à un milieu au conservatisme très marqué, je présentais le triple défaut d'être une femme, d'être favorable à la légalisation de l'avortement et enfin, d'être juive", confie-t-elle dans son livre autobiographique Une vie.

Trois jours de débats seront nécessaires pour que le vote aboutisse. Simone Veil aura subi tous les affronts. Des croix gammées marquées sur son domicile, les insultes dans la rue la comparant, elle, déportée à 17 ans, à ses bourreaux nazis. Contre les intimidations et les pressions, Simone Veil fait mieux que tenir bon, et emporte la majorité.

Mais la vie, multiple, tragique ou heureuse, ne se résume pas à ce seul combat. Simone Veil aura aussi traversé la vie en enchaînant les succès. Elle a été la première femme ministre d'Etat la Ve République (1993, gouvernement Balladur) et la première présidente du Parlement européen (1979). Sa carrière politique, placée sous une sensibilité de centre droit, est très riche.

Une détermination forgée au plus tragique de l'histoire

Née Jacob le 13 juillet 1927 à Nice, Simone passe une enfance "heureuse", comme elle le dit dans son autobiographie, dans la ville azuréenne. André, son père, est architecte. Sa mère Yvonne, bachelière, poursuit des études de chimie auxquelles son mariage met un coup d'arrêt. La famille juive mais non pratiquante est frappée par la crise de 1929, puis rattrapée par les lois anti-juives du régime de Vichy.

Celle qui se faisait alors appeler Simone Jacquier, et qui avait passé son bac la veille, est arrêtée dans la rue, le 30 mars 1944. par deux SS lors d'un contrôle d'identité. L'ensemble de la famille suivra. Deux semaines plus tard, la jeune fille de 16 ans est déportée avec sa sœur Madeleine et sa mère, vers le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Son père et son frère Jean sont envoyés en Lituanie. Il n'en reviendront pas. Seule Simone, sa sœur Denise (engagée à 19 ans à Lyon dans la résistance et déportée à Ravensbrück) et son autre sœur Madeleine (sauvée in-extremis du typhus) réchapperont des camps de la mort nazis. Simone Veil évoque cette période dans un documentaire diffusé en 1976. Elle explique dans son ouvrage qu'elle doit sa survie à un déporté qui au sortir du train de la mort lui prodigue ce conseil: "Dis bien que tu as 18 ans". Sa mère et elle se retrouvent du coup dans la bonne file.

En 2010, Simone Veil est reçue sous la coupole de l'Académie française en présence du président de la République d'alors, Nicolas Sarkozy. Sur son épée, elle a fait graver le numéro que les nazis lui avaient tatoué sur le bras à Auschwitz, 78651.

Simone Veil avait récemment perdu son mari, Antoine, en avril 2013, après 67 ans de vie commune. Trois fils sont nés de leur union. L'image d'une des personnalités préférées des Français restera après la disparition de cette icône de la vie publique française.
David Namias