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Robert Ménard doute de la capacité de Marine Le Pen à prendre le pouvoir

Robert Ménard

Robert Ménard - PASCAL GUYOT / AFP

Robert Ménard plaide pour l'union des droites et remet en cause le "leadership" de Marine Le Pen.

Un passé qui ne passe pas. Dans une lettre ouverte adressée mardi à "[s]es amis du Front national", le maire de Béziers Robert Ménard cherche comment sortir du "cauchemar" dans lequel s'agite le Front national depuis sa déroute aux élections présidentielle et législatives. Dans ce document, révélé par Le Figaro, l'allié du FN prévient: "Il est temps de parler clairement. Et de n’épargner personne."

Haro sur la ligne Philippot

À commencer par Marine Le Pen elle-même:

"Le problème, personne dans les rangs du FN n’ose le dire à haute voix, mais beaucoup le répètent en catimini, c’est qu’après le débat calamiteux, tant sur la forme que sur le fond, qui hante encore nos discussions, on est en droit de s’interroger: si Marine Le Pen a su sortir le FN de l’attitude uniquement protestataire où le cantonnait son père, est-elle aujourd’hui en position de le porter au pouvoir?", écrit le fondateur de Reporters sans frontières.

La présidente du Front national, transparente depuis son élection à l'Assemblée nationale, n'est pas seule dans le collimateur du franc-tireur de l'extrême droite. L'inspirateur de la campagne présidentielle, Florian Philippot, est également visé.

"Il faut renoncer à la sortie de l’euro – une idée pas seulement anxiogène mais mortifère pour notre économie", avance Robert Ménard, qui plaide pour "abandonner la défroque gauchisante qui voit Marine Le Pen plaider à la manière d’un cégétiste sur les questions sociales".

Manif' pour tous et union des droites

Pour la "refondation" du parti, le maire de Béziers, aux yeux duquel Marion Maréchal-Le Pen s'est mise "hors course" en "lâchant" son camp "au pire des moments", rêve d'un mouvement conservateur populaire, expurgé de l'héritage frontiste. Il propose ainsi de "jeter par-dessus bord nos dirigeants, nos idéologues, nos stratèges en chambre". Alors, comment relancer le FN?

"En s’appuyant sur une jeune génération de militants aguerris dans les rangs de la Manif pour tous, sans tomber dans un discours 'catho naphtaline'. En s’inspirant du travail de ces élus locaux – souvent 'divers droite' - qui se coltinent le réel."

Pour l'ancien communiste, ce mouvement serait encore insuffisant pour crever le "plafond de verre" auquel se heurte le Front national. La marotte de l'union des droites revient ainsi sur le devant de la scène. Et le maire de Béziers de faire un constat:

"Dans le cadre de nos institutions, on ne peut accéder aux manettes de l’Etat sans alliances. (...) L’impossibilité actuelle de former un groupe à l’Assemblée nationale témoigne - s’il en était besoin - de l’efficacité du cordon sanitaire qui nous entoure."

Pour se débarrasser de ce carcan, Robert Ménard en appelle à des personnalités de droite aux idées qu'il juge compatibles avec les siennes:

"Il nous faut forcer la porte de la droite 'classique'. Ne pas mettre tous les responsables des Républicains dans le même panier. À titre personnel, je me sens plus proche d’un Thierry Mariani, d’un Eric Ciotti, d’un Jacques Myard, d’un Lionnel Luca ou d’un Jean-Paul Garraud - et la liste est loin d’être exhaustive - que de certains frontistes nostalgiques."

Une vision politique "ringarde"

Florian Philippot, battu aux législatives, n'a pas tardé à répondre à Robert Ménard. Ce mercredi sur LCI, le vice-président du FN déclare ainsi:

"Robert Ménard a toujours une vision assez rabougrie, fermée, rétrograde des choses. Il nous parle d'union des droites... Ça, c'était le Front il y a 25 ans. On ne va pas faire l'union des droites avec des gens qui nous ont trahis méthodiquement quand ils sont arrivés au pouvoir (...) et qui, par ailleurs, sur les positions économiques et européennes, sont aux antipodes des nôtres."

Aux yeux de son conseiller, "il n'y a pas de doute qui s'exprime" sur le rôle de Marine Le Pen au sein du Front national. Même son de cloche, toujours sur LCI, chez Nicolas Bay, pour qui Marine Le Pen est "la plus à même de nous représenter et de nous diriger". Le secrétaire général du Front national adresse un message à Robert Ménard: "Quand on mène une réflexion de fond sur notre stratégie - ce qui est parfaitement légitime, c'est même une preuve de maturité politique -, il ne faut pas tomber dans une espèce de dérive qui consisterait à tout remettre en question." La cicatrisation sera encore longue.

Louis Nadau