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Richard Ferrand à nouveau soupçonné de "mélange des genres" entre intérêts publics et privés

Déjà épinglé dans le cadre d'une affaire immobilière impliquant sa compagne, le ministre de la Cohésion des territoires est accusé par une enquête du Monde d'avoir mêlé vie publique et affaires privées depuis une vingtaine d'années. Des faits qui ne revêtent pas forcément un caractère illégal, mais qui donnent une impression de "mélange des genres".

L'étau se resserre-t-il autour de Richard Ferrand? Alors que de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer la démission du ministre de la Cohésion des territoires, épinglé pour une affaire immobilière impliquant sa compagne, le journal Le Monde pointe de nouveaux éléments attestant de ce que le quotidien appelle un "mélange des genres" entre affaires privées et vie publique. Une enquête publiée dans l'édition du journal imprimée ce mardi et datée de mercredi évoque plusieurs faits, dont aucun "ne revêt a priori" un "caractère illégal", précise la publication, mais dont certains appellent des clarifications.

En fin d'après-midi, Richard Ferrand a "réfuté et condamné tous les soupçons" évoqués par le journal. Ce mardi, le Premier ministre Edouard Philippe lui a renouvelé sa confiance. Tour d'horizon, point par point, des révélations du quotidien.

 Un échange de bons procédés avec la nouvelle directrice?

Le ministre a dirigé les Mutuelles de Bretagne de 1998 à 2012, un organisme à but non lucratif financé par ses adhérents, jusqu'à son élection comme député. L'article du Monde évoque tout d'abord un possible échange de bons procédés entre Richard Ferrand et Joëlle Salaün, qui lui a succédé à la tête des Mutuelles, comme directrice générale. Après son élection comme député, il a continué à travailler pour les Mutuelles, obtenant un poste de chargé de mission auprès de la nouvelle directrice, payé 1250 euros par mois, pendant toute la législature de 2012 à 2017.

Le conseil d'administration de l'organisme aurait nommé Joëlle Salaün sur proposition de Richard Ferrand, alors qu'elle était son ancienne adjointe. Par la suite, quand Richard Ferrand est arrivé à l'Assemblée, il aurait embauché comme assistant parlementaire le conjoint de Joëlle Salaün, Hervé Clabon. Un recrutement que le futur ministre aurait omis de signaler à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) dans sa déclaration d'intérêts de 2014. Interrogé par Le Monde, le ministre conteste toute irrégularité.

"J’ai fait ma déclaration [auprès de la HATVP] le 25 janvier 2014. A cette date, Hervé Clabon ne travaillait pas avec moi dans le cadre d’un contrat de travail, même s’il était très présent", fait-il valoir. 

Contacté par BFMTV, Hervé Clabon dément certains points évoqués par Le Monde.

  • Des contrats des Mutuelles pour la compagne de Ferrand?

Le Monde s'intéresse ensuite à l'actuelle compagne de Richard Ferrand, Sandrine Doucen, qui aurait bénéficié de plusieurs contrats grâce aux Mutuelles. 

"Outre des consultations juridiques régulières pour les Mutuelles de Bretagne, l’avocate aurait secondé M. Ferrand à la direction générale de l’organisme au tournant des années 2000, alors qu’elle s’apprêtait à passer le concours d’avocat", écrit le quotidien. 

D'autres contrats pour son ex-femme?

L'ex-femme de Richard Ferrand, Françoise Coustal, aurait, elle aussi, bénéficié de plusieurs contrats après le divorce du couple, en 1994. Une information que l'intéressée a confirmé, au moins pour un contrat, auprès de BFMTV.

D'après le quotidien, cette artiste plasticienne a obtenu plusieurs marchés d’aménagements de locaux gérés par le réseau des Mutuelles, de 2002 à 2013. Dont un pour le chantier d'un Ehpad ouvert par les Mutuelles à Guilers, près de Brest. Elle a réalisé l'aménagement sonore et visuel de la résidence, à la demande du Logis Breton, l’opérateur du projet. Le patron de l'opérateur confirme que Françoise Coustal lui avait été conseillée par les Mutuelles de Bretagne.

Le Monde ajoute que "1,66 million d’euros de subventions publiques ont été accordées, pour la construction et l’équipement de cet Ehpad, par le conseil général du Finistère, où M. Ferrand a été élu de 1998 à 2011". A l'époque, il était l'un des vice-présidents du conseil général. 

"Aucun conflit d’intérêts", répond Richard Ferrand, interrogé par Le Monde, "puisqu’il s’agit d’un prestataire sollicité par les responsables des services, en l’occurrence sous l’autorité de ma successeure et en pleine connaissance des compétences de l’intéressée. Tout le monde sait que nous avions été mariés."

Les intérêts des Mutuelles défendus à l'Assemblée?

L'enquête évoque enfin une proposition de loi déposée par Richard Ferrand et d'autres députés socialistes en 2012, "visant à permettre aux réseaux mutualistes de réserver à leurs adhérents des prix plus avantageux, dans le cadre de leurs réseaux dit 'fermés' – une option alors réservée aux assurances privées".

La présidente de la commission des affaires sociales de l'Assemblée, Catherine Lemorton, précise qu'elle ignorait alors que Richard Ferrand travaillait toujours pour les Mutuelles. "Richard Ferrand m’avait dit qu’il avait travaillé pour les Mutuelles de Bretagne, mais pour moi c’était du passé", précise-t-elle.

Le ministre se défend sur ce point également, qui pourrait témoigner d'un conflit d'intérêts. Il explique qu'il a soutenu cette proposition de loi pour satisfaire une promesse faite par François Hollande lors de sa campagne présidentielle. "Devais-je m’abstenir de défendre un principe au prétexte que je connais bien le sujet?", fait valoir le ministre, qui garde la même ligne de défense depuis les premières mises en cause. Reste à savoir jusqu'où cette ligne tiendra. 

Charlie Vandekerkhove avec le service police-justice de BFMTV