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Règlements de comptes chez LaREM, qui renouvelle sa direction après le départ du numéro deux

Une réunion du bureau exécutif de LaREM, le 20 juillet 2020

Une réunion du bureau exécutif de LaREM, le 20 juillet 2020 - AFP / François Guillot

Annoncée dans les colonnes du Monde, la démission de Pierre Person a suscité la cacophonie au sein du parti macroniste, qui vient de renouveler ses instances dirigeantes.

"Ils sont tellement prévisibles ces anciens du MJS..." Réagissant au remue-ménage en cours au sein des instances dirigeantes de La République en marche, un macroniste de la première heure ne peut s'empêcher de manier l'ironie. Et de railler, au passage, les tactiques bien ancrées de ses camarades formés au Mouvement des jeunes socialistes.

Le bureau exécutif de LaREM a entériné ce lundi soir un renouvellement quasi total de sa direction. Désormais, le délégué général Stanislas Guerini sera flanqué de l'ex-juppéiste Marie Guévenoux et de Jean-Marc Borello.

Le duo, qui entend reproduire le "en même temps" droite/gauche voulu par Emmanuel Macron, remplace Pierre Person qui, le matin, a tenté un coup de poker. Dans les colonnes du Monde, le député de Paris a annoncé qu'il démissionnait de son poste. En espérant, afin de "créer un électrochoc" dans un mouvement qui "ne produit plus d'idées nouvelles", que d'autres membres du "burex" en fassent de même. De quoi éventuellement pousser Stanislas Guerini vers la sortie.

Sujet "anecdotique"?

Les événements n'ont pas pris cette tournure. Tout au plus la décision de Pierre Person a-t-elle redémarré la machine à régler les comptes. Cela a commencé, comme souvent, dans les matinales radio-télé.

"On est un jeune parti qui est né en 2016, et donc on doit s'organiser", a réagi au débotté Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, sur RTL ce lundi matin.

"Je ne vous dis pas que ça fonctionne parfaitement aujourd'hui. Évidemment qu'on doit réussir notre ancrage local", a reconnu l'élu des Hauts-de-Seine, avant d'ajouter qu'il fallait "a minima entendre le constat" formulé par Pierre Person, dont il est proche.

Sur Public Sénat, un autre membre du gouvernement, Cédric O (ancien du PS puis macroniste des origines comme Pierre Person), n'a pas produit le même son de cloche:

"Cette antienne de produire des idées neuves... Pardon, mais s'il avait dû le faire, ça fait (...) deux ans qu'il est numéro deux, il était peut-être temps de s'en apercevoir", a-t-il cinglé, reprochant à "Pierre" de ne plus être "très engagé dans le parti depuis longtemps".

D'après Cédric O, "il s’agit plus d’un sujet personnel que d’un sujet politique". Voire d'un sujet "anecdotique". Circulez, il n'y a rien à voir. Hormis peut-être une ambiance qui s'envenime singulièrement au sein d'un parti au pouvoir, à un an et demi de l'élection présidentielle de 2022. Et au lendemain, aussi, de découvenues électorales qui s'ajoutent à celle des élections municipales.

Remplacé par un tandem Guévenoux/Borello

Du côté de la direction, le processus de renouvellement des instances a suivi son cours. Conformément à ce qui était évoqué depuis plusieurs jours, Marie Guévenoux a donc été nommée numero deux à la "structuration" du mouvement. La députée de l'Essonne représente l'aile libérale de LaREM. Déjà en charge de la commission nationale d'investiture des candidats marcheurs aux municipales, elle a rempilé pour les régionales.

Marie Guévenoux sera donc en tandem avec Jean-Marc Borello, DGA-bis issu de l'aile gauche du mouvement. "Pour la fibre sociale", ironise un cadre, convaincu qu'il s'agit là de la marque d'une intervention directe d'Emmanuel Macron. "Inattaquable", donc. Il sera en charge du "mouvement citoyen".

Par ailleurs, c'est au secrétaire d'État aux Affaires européennes Clément Beaune que revient le "pôle idées". Il sera épaulé par l'ex-porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. L'ex-secrétaire d'État Brune Poirson sera en charge des questions internationales. Le député Roland Lescure s'occupera de la communication, l'eurodéputé Stéphane Séjourné de la société civile, Astrid Panosyan de la trésorerie. Stanislas Guerini, lui, reste en poste. Seul le député Sacha Houlié (ex-MJS lui aussi) a choisi de quitter le bureau exécutif.

Mauvais timing

Pour beaucoup au sein de LaREM, l'initiative de Pierre Person arrive à contre-temps. "J'aime beaucoup Pierre, c'est un garçon super sympa, mais un peu jeune. Il fait ce que tout le monde veut faire, mais ce n'est pas le moment ni la forme", estime un député marcheur d'après qui Stanislas Guerini, très critiqué en interne, "va se faire dégager d'une manière ou d'une autre". Mais pas tout de suite.

"Ça ajoute de la poudre là où il y a déjà le feu. Se lâcher dans une interview au Monde et demander à d'autres de partir avec lui, ça ne se fait pas", abondait ce matin un autre parlementaire LaREM auprès de BFMTV.com.

Pour un cadre dirigeant du parti, le changement de direction est "une nécessité absolue". "Mais on n'a pas encore réuni les conditions nécessaires", dit-il. Beaucoup moins tendre, un proche d'Emmanuel Macron estime que la manœuvre de Pierre Person était vouée à l'échec:

"Ça va faire un énorme bide. Le type a 31 ans, deux ans d'expérience à la tête d'un parti, et croit que plusieurs membres du burex vont le suivre? La réalité, c'est qu'il allait se faire virer ce soir. Il a voulu jouer au poker mais il avait un 2 et un 7. Vous ne faites pas un 'all in' avec cette main."

Quoi qu'il en soit, la tâche de Stanislas Guerini pour redémarrer LaREM, en panne sèche, reste de grande ampleur. "Notre mouvement n'est pas mort mais il est en grande difficulté. Pour réussir nous devons nous rassembler", a-t-il déclaré en ouverture du bureau exécutif.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV