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Quand le président turc Erdogan s'offre un meeting à 12.000 spectateurs... à Strasbourg

Plus de 12.000 personnes se sont réunies au zénith de Strasbourg pour accueillir le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Plus de 12.000 personnes se sont réunies au zénith de Strasbourg pour accueillir le président turc Recep Tayyip Erdogan. - Frederick Florin - AFP

Douze mille personnes sont venues écouter dimanche le président turc, Recep Tayyip Erdogan, au moment où la Turquie s'apprête à voter pour renouveler son parlement. Au Zénith de Strasbourg, Erdogan a appelé ses ressortissants de l'étranger à voter pour son parti islamo-conservateur, le seul, selon lui, à pouvoir faire rempart aux terroristes.

En 2013, on comptait 3,4 millions de ressortissants turcs en Allemagne et plus de 611.000 en France. Le choix de Strasbourg pour organiser un grand meeting orchestré par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, n'avait rien d'un hasard. Ce week-end, 12.000 personnes originaires de Turquie se sont réunies dans la capitale alsacienne pour écouter le chef d'Etat étranger. 

L'objectif officiel de cette réunion intitulée "Des milliers de souffles, une seule voix contre le terrorisme", était de parler de la lutte contre Daesh, pour un pays, la Turquie, qui partage ses frontières avec la Syrie et l'Irak, et qui fait face à l'afflux massif de réfugiés qui fuient l'Etat islamique.

Un accueil pour rock star

En réalité, cette "rencontre citoyenne", organisée par une Union des Organisations non-gouvernementales turques d'Europe au Zénith de Strasbourg, a été l'occasion pour Recep Tayyip Erdogan de tester sa popularité. Accueilli comme une rock star par une foule scandant son nom et par une marée de drapeaux de la Turquie, il a fustigé "les gens qui menacent (son) pays avec des armes, avec des bombes" et qui veulent entraîner la Turquie "dans les tunnels sombres du terrorisme".

Toutefois, pour les opposants à Erdogan, cette grande messe tombe au bon moment alors des élections législatives vont avoir lieu le 1er novembre en Turquie. Alors qu'il est contraint par la Constitution de ne pas s'immiscer dans cette campagne, le président turc s'en est pris directement au PKK. La trêve qui perdurait depuis deux ans et demi entre les forces turques et les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan a volé en éclats en juillet dernier.

"Le parti qui s'appuie sur le terrorisme n'est pas le représentant de nos frères et soeurs kurdes", a affirmé Erdogan, promettant de poursuivre les terroristes "jusque dans les montagnes" et appelant chaque citoyen turc à se rendre aux urnes. 

"C'est à vous d'éradiquer le terrorisme dans les urnes le 1er novembre", a-t-il lancé en guise de conclusion, devant une salle comble. De fait, 75.000 ressortissants turcs sont inscrits au seul consulat de Strasbourg, qui couvre dix départements du quart nord-est de la France.

Un "meeting électoral" délocalisé

"Le président turc devrait être au-dessus des partis, mais là il organise un meeting électoral", a dénoncé Erdal Kiliçkaya, président de la Fédération de l'Union des Alévis de France (FUAF). Et ce, alors que Recep Tayyip Erdogan a vanté le programme, notamment économique, de l'AKP, le parti de la justice et du développement fondé par l'actuel président turc, pour les prochaines législatives. 

L'AKP a perdu la majorité absolue au parlement turc le 7 juin dernier, un sérieux revers pour Erdogan. Pour la récupérer, il a promis de mettre en oeuvre de nombreuses réformes et notamment de porter le salaire minimum à 1.300 livres (387 euros), de relever le montant des retraites et d'alléger la fiscalité des petites entreprises.

Face à cette opération de communication, près de 1.500 personnes se sont rassemblées dans le centre de Strasbourg pour une manifestation lancée par la Fédération et Union des Alévis de France. De nombreux mouvements et associations de gauche s'étaient ralliés à la manifestation.

J.C. avec agences