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Propos "complotistes" de Mélenchon: la colère des familles de victimes d'attentats

Mère, père, grand père, mari... Des proches de victimes d'attentat ou leurs avocats ont dénoncé unanimement les propos tenus dimanche par Jean-Luc Mélenchon. Le leader des Insoumis, qui imagine un scénario "écrit d'avance" avec un "grave incident" survenant avant la présidentielle de 2022, s'est notamment référé aux tueries de Mohammed Merah et à la mort du policier Xavier Jugelé.

Les propos polémiques tenus dimanche par Jean-Luc Mélenchon ont été vivement dénoncés par plus d'un responsable politique, mais aussi par les premiers concernés.

Le leader de la France insoumise, candidat à la présidentielle de 2022, invité dimanche de l'émission Questions politiques, a imaginé un scénario "écrit d'avance" avec un "grave incident" survenant juste avant la présidentielle. Il avait alors appuyé ses propos avec notamment les tueries de Mohammed Merah de mars 2012 ainsi que la mort de Xavier Jugelé, assassiné en 2017 sur les Champs-Élysées.

"Le respect, c'est un minimum pour l'honneur de mon fils"

Des déclarations qui ont consterné les familles des victimes de ces attaques à commencer par Albert Chennouf-Meyer, père du caporal Abel Chennouf, et Latifa Ibn Ziaten, mère du parachutiste Imad Ibn Ziaten. Deux militaires assassinés en 2012 à Toulouse par le tueur au scooter.

"Les propos de Jean-Luc Mélenchon sont inadmissibles et ne devraient même pas être tenus", a dénoncé sur Twitter la mère de la première victime de Mohammed Merah. "Le respect, c'est un minimum pour l'honneur de mon fils, des autres victimes et des familles endeuillées."

Samia Maktouf, l'une des avocates de Latifa Ibn Ziaten, a estimé ce lundi matin sur BFMTV qu'"on ne peut pas utiliser ces événements pour des fins électoralistes, c'est extrêmement grave et ces propos ne peuvent pas trouver leur place dans la bouche d'un responsable politique".

"Quelqu'un qui a perdu tout sens des réalités"

Pour Albert Chennouf-Meyer, contacté par nos confrères de France Info, ces propos sont ceux "de quelqu'un qui a perdu tout sens des réalités et de la noble politique".

"C'est quelqu'un qui est dans le déni de tout ce qui concerne le terrorisme, notamment le terrorisme islamique", ajoute le père du militaire assassiné, se refusant à "combattre" Jean-Luc Mélenchon "parce que d'abord on ne combat pas un fou. C'est une question de rationnel et d'irrationnel".

"Peut-être que le jour où il goûtera à ce que j'ai goûté moi, c'est-à-dire au macabre et au drame, peut-être qu'il comprendra ce que cela veut dire", conclut le père du militaire.

"Comme un crachat sur la tombe de sa famille"

Patrick Klugman, lui, entend s'en remettre au ministère public. L'avocat de Samel Sandler, qui a perdu son fils Jonathan et ses deux petits enfants Arieh et Gabriel dans l'attaque de l'école juive à Toulouse, a appelé Jean-Luc Mélenchon à revenir sur ses déclarations. Dans le cas contraire, il prévient sur BFMTV qu'il n'hésitera pas à signaler ces propos au parquet.

"Samuel Sandler a pris ces propos comme un crachat sur la tombe de sa famille et sur son propre visage, et je le comprends", déclare l'avocat sur notre antenne. "Ce n'est pas une brève de comptoir, c'est pas un coup de trop... C'est Jean-Luc Mélenchon. Il est parlementaire. Il est chef de parti. Il est candidat à l'élection présidentielle, à la charge suprême, à assurer la sécurité des Français, à se tenir aux côtés des victimes du terrorisme. Comment admettre ces propos? C'est absolument inadmissible."

Me Klugman n'exclut pas non plus, "si le ministère public ne fait rien dans un délai de trois mois" de reprendre la main et éventuellement de porter plainte avec constitution de partie civile.

"Il est dans le complotisme, soit il l'est de manière inconsciente, soit il l'est de manière consciente et tactique et dans ce cas là c'est encore plus grave", ajoute l'avocat. "Derrière ces attentats, il y a des personnes décédées, et leurs proches. Ces personnes méritent avant toute chose qu'on leur foute la paix et qu'on arrête de secouer tout ça pour des basses œuvres".

"Si cette affaire doit prendre une tournure judiciaire, eh bien nous faisons confiance au procureur de la République qui est en mesure de s'auto-saisir", a déclaré de son côté Me Maktouf.

"Ce ne sont pas les mots d'un homme d'État"

Contacté par BFMTV, le mari de Xavier Jugelé a également réagi aux propos du leader de la France insoumise.

"Ces propos sont du niveau habituel. Incendiaires et irréfléchis. Je suis sûr d'une chose: ce ne sont pas les mots d'un homme d'État", a confié Étienne Cardiles, alors que s'ouvre ce lundi le procès de l'assassinat de son compagnon, tué par balles en avril 2017 sur les Champs-Élysées.

Son avocat Thibault de Montbrial - qui représente aussi le père de Xavier Jugelé - a pour sa part déclaré de manière succinte que "cela fait longtemps que Jean-Luc Mélenchon s'est éloigné de la ligne républicaine".

Hugues Garnier Journaliste BFMTV