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Pourquoi Greta Thunberg dérange une partie de la classe politique

Greta Thunberg, nouvelle icône écologiste, dérange les dirigeants politiques du monde entier. La jeune fille fait des remous jusqu'à l'Assemblée nationale française, où elle doit prononcer un discours sur le climat ce mardi. Certains députés de droite et d'extrême droite ont décidé de bouder la venue de l'adolescente.

Greta Thunberg sera à l'Assemblée nationale mardi pour débattre de l'urgence climatique. La militante écologiste suédoise de 16 ans, devenue une icône et le visage de la jeunesse mondiale en lutte contre le réchauffement climatique depuis l'automne dernier, est invitée pour donner un discours sur le thème de l'urgence climatique. 

Sauf que cette invitation, à l'initiative d'un collectif transpartisan d'une centaine de députés, ne plaît pas à tous les parlementaires. À droite et à l'extrême droite, certains députés appellent à boycotter sa venue, et d'autres n'hésitent pas à employer des mots très durs envers l'adolescente suédoise.

Certains parlementaires dénoncent "une activiste manipulée", "un coup de comm'", voire "un moyen de détourner l'attention"; tandis que d'autres lui reprochent son âge ou encore son choix d'arrêter l'école pendant un an pour se consacrer à sa cause.

  • Un pur produit de la communication?

Si la jeune fille n'est pas la bienvenue dans l'Hémicycle, c'est d'abord que certains crient au "coup de communication", à la "créature médiatique" voire à la "jeune activiste totalement sous emprise", comme a pu la décrire la députée LR Valérie Boyer. Le député LR Guillaume Larrivé a quant à lui qualifié l'adolescente, devenue en quelques mois une star planétaire, de "gourou apocalyptique".

Des élus de gauche ont pour leur part fait valoir ces derniers jours qu'il était "incompréhensible" que la majorité vante les mérites de la jeune adolescente et vote au moment même de sa venue le projet de loi de ratification du traité Ceta de libre-échange entre l'UE et le Canada, nocif selon eux pour l'environnement.

"Faire de la communication alors que le même jour l'Assemblée nationale va se prononcer pour le CETA, je trouve que ce sont deux messages qui se télescopent. L'écologie mérite mieux que de la communication à travers une enfant", s'est offusquée la députée des Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer sur notre antenne. 

Pourtant, Greta Thunberg a assuré dans un message publié sur Facebook et traduit par le site Reporterre qu'il n'y avait "personne derrière elle, sauf elle-même".

"Je ne fais partie d’aucune organisation. Je soutiens et coopère parfois avec plusieurs ONG (…), mais je suis absolument indépendante (...) Je n’ai reçu aucune somme d’argent ni aucune promesse de paiements futurs, sous quelque forme que ce soit".
  • Pas prise au sérieux à cause de son âge?

Depuis plusieurs jours, l'opposition dénonce que la majorité présidentielle offre une telle tribune à une adolescente âgée de seulement 16 ans. Beaucoup des détracteurs de Greta Thunberg parlent d'elle en la ramenant à son jeune âge, comme le député LR Julien Aubert, qui l'a qualifiée de "prophétesse en culottes courtes".

"Si je dis que je ne veux pas aller me prosterner devant Greta Thunberg, cette enfant de 16 ans invitée à l'Assemblée devant la représentation nationale, je sors (encore?) du politiquement correct?", s'est par exemple interrogé le député Rassemblement national Sébastien Chenu, avant de la qualifier de "Justin Bieber de l'écologie qui va énoncer des banalités". 

L'élu refuse de "l'ériger en icône", tout comme il refuse l'idée de "demander à la représentation parlementaire d'aller s'agenouiller devant elle, il y a un pas car elle n'apporte pas d'éléments nouveaux au débat".

Gabriel Attal, au contraire, considère que Greta Thunberg est "tout-à-fait légitime" à venir s'exprimer devant l'Assemblée nationale, malgré ses 16 ans. Ce lundi soir sur notre plateau, le secrétaire d'État auprès du ministère de l'Éducation a exprimé sa "colère contre ces critiques qui sont en fait de l'instrumentalisation politique".

"Et bien, oui, il y a une jeunesse qui s'engage, qui se préoccupe de ce qui se passe dans le monde. Ça doit non seulement être entendu, mais salué", a-t-il vitupéré à l'encontre de ces élus de droite.
"Si celle-ci avait 30, 40, 50 ans, il n'y aurait absolument aucun débat sur sa venue à l'Assemblée", s'est encore agacé Gabriel Attal. "Or il se trouve qu'elle a 16 ans, et il y a des personnes qui considèrent que parce qu'elle a 16 ans, elle n'aurait pas voix au chapitre. Et bien moi, je dis l'inverse. D'autant qu'elle fait partie de la génération qui va être la plus concernée par ces enjeux."
  • Une jeune fille pas scientifique et sortie du système scolaire

Une autre partie de ses détracteurs lui reproche de ne pas être scientifique, ou encore de s'être offert une année sabbatique afin de se consacrer pleinement à son combat contre le réchauffement climatique. Valérie Boyer, députée Les Républicains des Bouches-du-Rhône invitée sur notre plateau ce lundi soir, a enjoint la jeune fille à retourner sur les bancs de l'école. 

"La question n'est pas de mépriser la jeunesse ni de dire que les jeunes ne méritent pas d'avoir un écho, mais ces questions sont graves", a déclaré Valérie Boyer, affirmant qu'elle croyait "davantage en la valeur des scientifiques" qu'en celle d'"une jeune fille déscolarisée". "Moi j'espère que cette jeune fille va aller à l'école pour pouvoir trouver les solutions et faire en sorte que l'on vive mieux demain."

Julien Aubert, député LR du Vaucluse, a lui-aussi déploré qu'on présente Greta Thunberg comme "un modèle pour les jeunes".

"Une jeune fille qui a bâti sa notoriété sur le fait de boycotter le lieu de savoir qu’est l’école, vraiment? On ouvre le débat sur la Science en préférant le militantisme à la connaissance?", s'est-il interrogé sur Twitter. 

Même dans les rangs de la majorité, une députée a pris ses distances dimanche à l'égard de la visite de la jeune Suédoise.

"Pourrait-on mettre autant à l'honneur les scientifiques, les personnes qui agissent depuis des années pour la planète. Utiliser le manichéisme du Bien contre le Mal est bien trop simple pour agir dans un monde complexe", a tweeté Bénédicte Peyrol.
Jeanne Bulant