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Peillon : « Ce qu’a dit Sarkozy, c’est gravissime »

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Invité à commenter la prestation de Nicolas Sarkozy à la télévision, Vincent Peillon s’est dit inquiet des annonces sur le RSA.

Invité vendredi 25 avril sur RMC, Vincent Peillon, député PS européen, a débattu avec Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, des annonces de Nicolas Sarkozy jeudi 24 avril en direct de l'Elysée à la télévision.

Jean-Jacques Bourdin : Est-ce que les mesures sont bonnes ou pas ?

Vincent Peillon : Pour l'instant, les orientations du Gouvernement et du Président de la République n'ont pas porté leurs fruits, ça c'est la première chose. Dans le discours d'hier, il a beaucoup rappelé les thèmes de sa campagne présidentielle, et il a rappelé une direction politique avec des éléments qui sont très idéologiques sur le « travailler plus » par exemple, mais pour l'instant les résultats ne sont pas là. Beaucoup de gens s'attendaient, en dehors des questions de comportement, à ce qu'il puisse y avoir, dans son intervention d'hier soir, une inflexion de la politique ; ça n'est pas le choix qu'il a fait, il a fait un double choix de rappeler sa cohérence en disant que c'est la bonne direction, et deuxièmement en demandant de lui laisser du temps.

Jean-Jacques Bourdin : Revenons sur l'un des sujets abordés par le Président de la République hier, l'intéressement : faut-il l'imposer à toutes les entreprises de moins de 50 salariés ?

Vincent Peillon : C‘est la question en fait du pouvoir d'achat, qui était la plus attendue hier et sur laquelle il y a un malaise, parce que c'est très problématique. Là dessus, pour l'instant, les mesures qui ont été prises n'ont pas produit leurs effets. C'est la fameuse affaire des heures supplémentaires, on nous dit que ça devrait les produire, que ça commence à le faire, mais les chiffres sont très contrastés et l'idée de l'intéressement et de la participation c'est un instrument en plus qui a mon avis sera très insuffisant, pour essayer de redistribuer de l'argent aux salariés. Quand j'entends le Président de la République nous expliquer qu'il veut le système un tiers/un tiers/un tiers dans l'investissement, tout ça me parait être quelque chose de totalement décalé des réalités, ça ne se fait pas comme ça, et c'est ce qui me gêne. Il y a un problème de gouvernance en réalité, pas un problème de communication.

Jean-Jacques Bourdin : Le RSA, Vincent Peillon, qu'en dites-vous ?

Vincent Peillon : Sur le RSA, qui est une bonne idée parce qu'on a ce problème de la remise au travail donc de l'intérêt de la reprise de travail par les gens qui en sont exclus et qui sont le mécanisme d'assistance, c'est expérimenté dans plusieurs départements, la question est aujourd'hui celle de son extension. Vous avez d'abord une question de coût, de périmètre du dispositif et donc derrière, une fois que vous avez ces deux éléments, vous avez la question du financement. Ce que j'ai entendu hier, c'est gravissime, et j'ai été étonné que les réactions ne soient pas violentes. Dire « je vais financer le retour au travail des gens qui sont dans l'assistance en diminuant les revenus de ceux qui sont dans les bas salaires » c'est n'importe quoi. D'une idée généreuse, on fait à la fois un danger social et un échec économique. Quand on est à ce point de contradiction entre les discours et les décisions qu'on prend, il y a un problème et je pense que c'est un problème lourd qui est au cœur du moment. Je ne pense pas que les gens de droite soient dangereux, je pense qu'on a des divergences sur un certain nombre de choses mais qu'on partage un consensus républicain. J'ai quand même vécu sous beaucoup de Gouvernements de Droite, et là j'ai une inquiétude pour le pays, et quand j'entends ce numéro invraisemblable et que je vois le traitement qu'on en fait et une seule mesure qui est profondément dangereuse.

La rédaction-Bourdin & Co