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Pas de Frexit mais une sortie des traités: la France insoumise explique son discours sur l'Europe

Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale

Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale - BFMTV

Dans une tribune publiée ce lundi dans Libération, Jean-Luc Mélenchon appelle à "sortir des traités". De prime abord, ces propos semblent contredire la volonté prioritaire de la France insoumise de renégocier les accords continentaux. Il n'en est rien cependant, selon deux cadres de la France insoumise et candidats aux européennes, qui ont expliqué à BFMTV.com que leur formation continuait à creuser son sillon, sans dévier de sa voie.

Le titre est tonitruant, le contenu aussi. Dans une tribune intitulée Sortez des traités, stupides!, et publiée ce lundi dans l'édition papier de LibérationJean-Luc Mélenchon a livré à nouveau les positions de sa formation par rapport aux institutions européennes ou plutôt aux traités qui lient la France à l'organisation continentale. 

Evoquant la nécessité d'un "protectionnisme négocié", du strict respect d'une "règle verte" par les Etats européens, le député élu dans les Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon, lance de rudes coups contre les accords dont la France est signataire, comme celui-ci:

"Il y a un préalable à tout cela : sortir des traités qui organisent l’UE. Toutes nos misères écologiques et sociales ont leur origine dans le contenu de ces traités. Ils ont figé toutes les politiques économiques dans le dogme absurde de l’ordolibéralisme et de l’atlantisme chers aux gouvernements de la droite et des socialistes que dirige Angela Merkel."

Dit comme ça, l'appel pourrait ressembler furieusement à un virage significatif pour la France insoumise. Jusqu'ici, cette dernière a décrit son attitude à l'endroit des institutions européennes sur le mode binaire: "plan A" (où il s'agirait de renégocier les accords pour parvenir à un meilleur équilibre dans les textes avec nos partenaires européens) et "plan B" (où il s'agirait de sortir unilatéralement des traités européens). Doit-on lire dans l'appel de Jean-Luc Mélenchon un abandon du 'plan A' au profit du 'plan B'? 

La méthode et l'objectif 

Oh que non, pour Younous Omarjee, député européen de la France insoumise et numéro quatre de la liste de cette famille politique aux prochaines européennes, qui nous précise: "Il ne faut pas voir les choses comme ça. Dans nos positions, ce qui est central, c'est la contestation des traités. Après, 'plan A', 'plan B', c'est une méthode". 

Thomas Guénolé, lui aussi candidat aux européennes pour la France insoumise, en 14e position sur la liste, expose à BFMTV.com que la tribune de Jean-Luc Mélenchon ne se comprend qu'en regard de la lettre ouverte d'Emmanuel Macron sur l'Europe: "Le propos de Jean-Luc Mélenchon était de répondre au texte d'Emmanuel Macron. C'est symétrique". Le politologue devenu homme politique résume les différentes options envisagées par la France insoumise sur la question européenne, et de tractations avec l'Allemagne, en cas d'accession au pouvoir national:

"Lorsqu'il y aura un gouvernement France insoumise, trois issues seront devant nous dans nos discussions avec nos partenaires européens. Toutes d'ailleurs reviennent à une sortie des traités. Première possibilité, nous proposons un nouveau traité. La négociation se passe bien, et le nouvel accord est adopté. Autre possibilité: c'est non, ou plutôt c'est nein, et nous employons une option de retrait, c'est ce qu'a fait pendant longtemps le Royaume-Uni, qui consiste à se mettre d'accord avec nos partenaires pour ne pas appliquer certaines règles. Enfin, si c'est encore nein, il ne nous resterait plus que la désobéissance unilatérale concernant les traités". 

Deux lectures, une expression 

"D'où l'expression de 'sortie des traités' qui permet d'inclure toutes ces issues dans une même proposition", complète Thomas Guénolé. Parmi ces éventualités, on n'aperçoit nulle part un "Frexit" à l'horizon des Insoumis. "Le 'Frexit', ce n'est clairement pas notre option", affirme Younous Omarjee. "En revanche, nous sommes dans une logique très claire de ne pas prendre tels quels les traités nocifs pour la France". 

Dans cette perspective, le dualisme "plan A"/"plan B" non seulement n'appartient pas au passé mais est même appelé à perdurer selon Thomas Guénolé, en raison d'une divergence de lectures persistante au sein du mouvement de Jean-Luc Mélenchon:

"Aussi bien chez les cadres que chez les militants, il y a ceux qui pensent qu'on arrivera à conclure un nouveau traité ou à s'entendre sur des options de retrait et que donc on n'aura pas à aller jusqu'à la désobéissance unilatérale, et ceux qui pensent l'inverse et donc que l'étape de la désobéissance unilatérale aux traités est inévitable."

Devant ce clivage, la hiérarchisation entre un "plan A et un plan B" serait, selon cet ancien observateur de la vie politique qui en est devenu l'un des acteurs, "la seule manière intelligente de rassembler le peuple de ceux qui veulent sortir des traités". 

Robin Verner