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Européennes: l'impossible rassemblement des gauches

Olivier Faure à l'Assemblée nationale le 31 juillet 2018.

Olivier Faure à l'Assemblée nationale le 31 juillet 2018. - GERARD JULIEN / AFP

Place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, tient meeting ce mardi à Paris et espère inciter d'autres listes à fusionner.

Une partie de puzzle où chacun n'a qu'une seule pièce. En grossissant le trait, c'est à cela qu'on aboutit en jetant un coup d'œil sur l'état de la gauche à quatre mois des élections européennes. Ce mardi soir à Paris, le mouvement Place publique, fondé par Raphaël Glucksmann et Claire Nouvian, organise un meeting à l'Élysée-Montmartre. Dans l'esprit des intéressés, l'espoir d'une alliance avec le Parti socialiste et/ou Génération.s subsiste péniblement.

Comme il a déjà eu l'occasion de le marteler, notamment dans un entretien publié dimanche sur le site du Parisien, l'intellectuel engagé veut créer un électrochoc. Alerter ses alliés, ainsi que le Parti communiste et Europe Écologie-Les Verts, contre le danger de la division. Celui-ci guette pourtant: si l'on exclut La France insoumise et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), cinq listes de gauche sont potentiellement sur le départ pour le scrutin du 26 mai. De quoi épaissir le spectre d'un émiettement des voix. 

Tous à moins de 5%?

"Je suis favorable au débat démocratique, lorsque les personnes ne sont pas d’accord, c’est logique de débattre, de se disputer. Mais lorsque nous sommes d’accord sur le fond, c’est absurde", a déclaré Raphaël Glucksmann lundi, lors d'une conférence de presse au QG de Place publique. 

Il paraît en effet difficile, voire impossible, d'expliquer la mise en orbite de ces listes concurrentes qui, sur le papier, sont raccord sur bien des sujets. A fortiori lorsqu'elles courent toutes le risque de ne pas atteindre la barre des 5% au scrutin, ce qui les empêcherait d'envoyer le moindre élu au Parlement européen. 

Hamon et Jadot cavaliers seuls

L'entreprise paraît pourtant mal emmanchée. Yannick Jadot, tête de liste d'EELV, répète régulièrement sur les ondes et dans la presse qu'il refuse de participer à la moindre "tambouille". Autrement dit, de se livrer à un jeu d'appareils lors duquel il faudrait, à un moment donné, choisir quel parti chapeaute les autres et, surtout, jouer les équilibres au sein d'une liste commune. 

À Lille, le 7 janvier, Benoît Hamon avait annoncé lors d'un meeting qu'il ne s'allierait pas avec le PS, parti dont il a claqué la porte après avoir obtenu 6,36% à l'élection présidentielle sous sa bannière. Bloqué autour des 2% dans les sondages, l'ancien ministre de François Hollande ne peut se résoudre, visiblement, à se réconcilier avec ses ex-camarades. Et ce même si Yannick Jadot, avec qui les relations se sont considérablement refroidies depuis le duo de la présidentielle, lui a également refusé toute alliance.

Faure acculé

Reste le PS, crédité de 5 à 6% d'intentions de vote, qui espère donc au moins pouvoir rallier la bande de Raphaël Glucksmann. "Il y a aujourd'hui des forces à gauche qui sont à la fois réformistes, pro-européennes, écologistes et qui devraient se retrouver. (...) Franchement, on en est à signer les mêmes textes, les mêmes tribunes dans les journaux et après, au moment de l'élection, on dit qu'on va y aller de manière séparée. Quel sens ça peut avoir?", s'est agacé le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, ce mardi matin sur Europe 1. Privé de la solution consistant à propulser Ségolène Royal tête de liste, le député de Seine-et-Marne est acculé à faire des choix. 

La veille, il avait procédé à l'inventaire du quinquennat Hollande. Un moyen, comme l'a relaté L'Express, d'exorciser les non-dits du passé et redessiner une "identité de la social-démocratie". Et, qui sait, créer les conditions d'un "rassemblement de la gauche". Mais avec qui? 

Jules Pecnard