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Epinglée pour son usage des frais du Quai d'Orsay, Ségolène Royal se défend

La cellule investigation de Radio France révèle que l'ambassadrice des pôles utilise les moyens du ministère des Affaires étrangères, et ses collaborateurs, pour des missions ayant peu à voir avec ses engagements diplomatiques.

Ségolène Royal n'a pas tardé à dégainer. "Rien n'arrêtera mes actions et mes engagements", a-t-elle lancé sur Twitter ce vendredi. Dans le collimateur de l'ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique, les révélations de la cellule investigation de Radio France sur son usage des moyens mis à sa disposition par le ministère des Affaires étrangères. Des révélations pour lesquelles elle va porter plainte pour diffamation, a-t-elle indiqué à Franceinfo ce vendredi soir.

"C’est de la délation, c’est complètement faux. C’est monnaie courante quand on fait de la politique, ce n’est pas ça qui va me déstabiliser. [...] Les enquêtes ne sont pas fouillées. […] Il y a dix témoignages anonymes [...] Mais qu’ils donnent les noms et puis comme ça on répondra. Qu’est-ce que c’est que ce dénigrement permanent?", s'est-elle indignée ce vendredi sur notre plateau.

D'après lesdites révélations, ses collaborateurs salariés par le Quai d'Orsay ont été mobilisés par leur patronne pour des missions ayant peu de rapport avec les pôles. Elle dispose en outre d'une enveloppe de 100.000 euros par an. Son assistante personnelle et son conseiller en communication, payés à plein temps par le ministère, s'ajoutent à un chargé de mission, qui selon Franceinfo enchaîne des CDD de six mois. 

Promotion de son livre

Le principal problème soulevé est la présence de cette équipe à des événements tels que l'inauguration d'un hôpital ou une visite d'usine en Poitou-Charentes, région que Ségolène Royal a présidé pendant plusieurs années. L'intéressée continue par ailleurs de labourer le terrain en inaugurant des dispositifs qu'elle avait lancés durant son bail au ministère de l'Environnement. 

Autre motif d'étonnement, le fait que ces conseillers participent à la promotion du dernier livre de Ségolène Royal, Ce que je peux enfin vous dire, ainsi que que de sa fondation "Désirs d'avenir pour la planète". Selon la cellule investigation de Radio France, son assistante s'est rendue à Montpellier et à Poitiers les 7 et 18 décembre 2018 pour des conférences suivies de séances de dédicaces. Trois autres événements organisés dans le cadre de cette tournée littéraire sont également cités, dont un à Bruxelles. 

Sur notre plateau, Ségolène Royal a assuré que "ses collaborateurs l’accompagnent en dehors de leurs heures de travail". "Ça fait 30 ans que je fais de la politique, j’ai noué des amitiés, des fidélités, des engagements et je m’en réjouis", a-t-elle ajouté.

"Comme par hasard"

Franceinfo relève aussi des factures de VTC élevées, par exemple un total de 1430 euros pour le mois de novembre 2017, contrairement aux instructions du ministère demandant aux ambassadeurs d'éviter l'utilisation "onéreuse" des taxis.

"Les activités bénévoles et associatives de mes proches ont lieu exclusivement sur leur temps libre. Pourquoi tant d'acharnement? Je dérange encore?", a asséné Ségolène Royal sur Twitter. 

Interrogée sur RMC, l'ex-ministre a affirmé que tout cela était "faux" et qu'elle se réservait "le droit" d'aller en justice. Elle a également assuré que "l'enveloppe qu('elle) engage, c'est même pas la moitié" des 100.000 euros évoqués par Radio France, et qu'elle n'a "pas de chauffeur, pas de sécurité".

"Qu'on m'attaque moi, j'ai l'habitude, ça fait 30 ans que ça dure", a-t-elle ajouté, en notant que ces "attaques" apparaissent "comme par hasard au moment où (elle) apparaît dans les sondages la mieux placée pour relever le défi de la gauche à l'élection présidentielle" en 2022. Une élection à laquelle elle n'a pas exclu de participer.

Ces "cochonneries dites par ce journaliste", à quelques semaines de l'Arctic Week à Paris, "c'est dégueulasse", a-t-elle lancé, notant qu'elles coïncident aussi selon elle avec ses "combats très durs contre les lobbies, le glyphosate, les pesticides, et là je ne lâcherai pas", a-t-elle assuré.

Jules Pecnard