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La "restitution" du grand débat national à l'Assemblée, un grand flop pour les députés?

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- - LIONEL BONAVENTURE / AFP

S'éternisant jusqu'à plus d'une heure du matin, la première séance de discussion parlementaire autour des remontées du grand débat national s'est faite dans un hémicycle pour le moins clairsemé. Un exercice dont les participants ne peuvent que constater l'impact limité.

"Je crois que dans l'histoire de la Ve République, on n'a jamais fait un truc aussi utile." Ce commentaire, que nous soupire un pilier du groupe La République en marche au lendemain du premier "débat" sur le grand débat national à l'Assemblée, est évidemment pétri d'ironie. "C'était génial, un truc de dingue. Mon téléphone est saturé de messages", raille-t-il encore. 

De 16h35 mardi à un peu plus d'une heure du matin, des députés de tous bords se sont réunis pour partager leurs analyses sur les doléances des Français. Un exercice contraint par les limites d'un format, celui du débat sans vote. De quoi décourager beaucoup d'élus de s'y rendre malgré l'importance symbolique de l'ordre du jour. Au total, ils étaient 70 sur 577 à être présents.

En bout de course, les images retransmises par intermittence sur les chaînes d'information montrent un hémicycle ô combien clairsemé. 

"Formalisme classique"

Il faut dire que l'organisation de ces séances, divisées en quatre thématiques (deux mardi, deux ce mercredi), ne contribue pas à dynamiser les échanges. Les participants le savent. Les orateurs choisis par chaque groupe se succèdent à la tribune de l'hémicycle, afin de restituer la substantifique moelle des demandes citoyennes recueillies au cours des derniers mois. Pour conclure cette longue phase liminaire, les ministres concernés prennent la parole pour donner leur point de vue. Les cinquante dernières minutes du processus sont l'occasion d'une rapide séquence de questions-réponses.

Bref, "on est dans le formalisme classique du débat sans vote à l'Assemblée; on nous en cale huit heures alors qu'on a déjà un emploi du temps de dingue", regrette un élu de la majorité, qui ajoute: "On avait un nombre d'intervenants très limité et la chorégraphie a été fixée à 100% en amont." Impossible de s'en départir, donc.

"Il n'y a rien de plus chiant qu'une discussion générale en hémicycle. Chacun va au perchoir et se fait applaudir mollement par l'assistance. C'est très policé", constate plus crûment un collègue LaREM éreinté. 

"Le symbole est mauvais"

Mardi matin sur notre antenne, le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand exprimait son souhait que les parlementaires se saisissent de l'occasion, participent à la "réflexion collective". En termes d'affichage, le résultat laisse à désirer.

"Je pensais que nous serions plus nombreux", reconnaît Martine Wonner, députée LaREM du Bas-Rhin, qui précise: "Mais c'est mon côté 'bon élève'." D'après elle, ce raté ne nuit pas à la qualité des travaux de synthèse réalisés par les députés en amont, au cours de nombreuses réunions tenues durant le mois de mars. "Le symbole est mauvais", constate-t-elle néanmoins. 

Comment expliquer cette démobilisation, alors même que la phase d'"atterrissage" du grand débat national occupe tous les esprits, aussi bien au sein de la majorité qu'au sein de l'exécutif dont elle défend l'action? "Il y a eu une forte implication de LaREM au niveau de la restitution des doléances, mais le phénomène majoritaire fait qu'il n'y a pas de crainte de submersion par les oppositions", estime Jacques Maire, député des Hauts-de-Seine. En d'autres termes, les marcheurs s'habituent à être en surnuméraire. 

"Et puis il y a tout de même eu de bonnes interventions. Notamment celles de François de Rugy durant le débat autour de la transition écologique", ajoute l'élu. Il est vrai que cette thématique-là, qui a donc fait l'objet de la toute première séance, a été l'occasion de quelques passes d'armes, notamment entre le ministre et Adrien Quatennens, député insoumis du Nord.

"Il aurait fallu banaliser les commissions"

Selon une députée MoDem, il y a eu un défaut de clairvoyance de la part de la présidence du palais Bourbon et des présidents de groupe, qui ont organisé ces séances des 2 et 3 avril: 

"Pour un moment aussi important et médiatisé, il aurait fallu banaliser certaines plages de temps. Alors qu'on débattait, il y avait trois commissions permanentes qui se déroulaient en parallèle!"

Pendant la deuxième séance, il ne restait plus qu'une commission permanente en cours de délibération, ce qui a permis à de timides renforts de rejoindre l'hémicycle. Problème: la commission restante était celle des finances, alors que les députés devaient débattre... de fiscalité. 

Relatif consensus

S'il y a un élément qui ressort des discussions, c'est le relatif consensus des différents groupes autour de certaines demandes populaires: la réindexation des retraites (soit sur l'inflation, soit sur les salaires), un impôt plus progressif et lisible, etc. "Les grosses divergences, elles viennent dès qu'il s'agit des méthodes pour y parvenir", résume la même élue centriste. 

Reste à savoir s'ils seront plus nombreux à se rendre aux séances de ce mercredi, consacrées aux thématiques démocratie/citoyenneté et pouvoirs publics.

"Durant ces séances des 2 et 3 avril, on est davantage là en tant que représentants de la Nation, en tant que porte-parole de nos concitoyens, qu'en tant que législateurs. Sur le fond, c'est utile. Mais lorsqu'on va entrer dans la phase des propositions concrètes, après les discours du président et du Premier ministre, c'est là que ça va devenir intéressant", annonce-t-elle.

Et de prédire: "Ce sera plus piquant."

Jules Pecnard