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Bras de fer entre Le Foll et l'Assemblée sur les insecticides néonicotinoïdes

Dans un procédé inhabituel, le ministre de l'Agriculture a écrit aux députés pour les inciter à ne pas se prononcer en faveur d’une interdiction simple et totale des insecticides néonicotinoïdes. Une députée écologiste l'accuse de reprendre les "argumentaires des lobbys de l’agrochimie".

Après de nombreux débats et rebondissements à l'Assemblée et au Sénat, les députés examinent jusqu'en fin de semaine, en deuxième lecture, le projet de loi sur la biodiversité, dans lequel les députés ont réintroduit en commission l'interdiction des néonicotinoïdes, à compter de 2017, contre l'avis du gouvernement. Cette famille d’insecticides est reconnue par la communauté scientifique nocive pour les insectes pollinisateurs et, plus généralement, pour l’environnement et la santé.

Mais dans une démarche inhabituelle, Stéphane Le Foll a envoyé vendredi aux députés une lettre pour les appeler à ne pas faire de telles "interdictions brutales" au seul niveau français, par souci affiché notamment d'éviter les "distorsions" de concurrence avec les autres agriculteurs européens. "Un courrier imbibé des argumentaires des lobbys de l’agrochimie", s'insurge dans Libération la député écologiste Laurence Abeille.

Les apiculteurs et des défenseurs de l'environnement appellent les députés à voter l'interdiction totale de ces insecticides tueurs d'abeilles.

"Les députés vont devoir voter en sachant qu'ils risquent d'autoriser un produit toxique", a ainsi défendu mercredi sur RMC Frank Alétru, apiculteur et vice-président de l'association Terre d'abeilles.

45 amendements à l'Assemblée

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Nicolas Hulot appelle ainsi à "anticiper les problèmes, parier sur la biodiversité et investir dans une agriculture saine, qui se rend service à elle-même" et donc à une interdiction des pesticides néonicotinoïdes.

Sur BFMTV et RMC, Stéphane Le Foll a balayé ces critiques jeudi et assuré "défendre les abeilles" en rappelant avoir fait interdire dès 2012 l'insecticide Cruiser. "Il faut utiliser le moins possible de néonicotinoïdes et changer nos modèles de production", a avancé le ministre de l'agriculture. Mais il assure qu'il faut être sûr d'avoir des alternatives si on interdit totalement le produit. Pour lui, ce n'est pas le cas dans toutes les utilisations des néonicotinoïdes.

Au contraire, Nicolas Hulot avance que "d’autres pays ont montré l’exemple et mis en œuvre des méthodes alternatives efficaces". Laurence Abeille renchérit: "beaucoup d’agriculteurs savent faire sans ces pesticides. Ils n’en ont pas besoin".

Le débat promet donc d'être riche à l'Assemblée. En une semaine, cet article controversé a fait l'objet de 45 amendements. Le vote en séance plénière est donc loin d'être acquis.

L'embarras de Pompili

L'examen de ce texte est également l'occasion pour certains de poser la question du poids des écologistes dans le gouvernement. Interrogée à l'Assemblée sur les divergences au sein du gouvernement sur la question, Barbara Pompili n'a eu d'autre choix que manier la langue de bois mardi.

L'ancienne élue verte et actuelle secrétaire d'État à la Biodiversité a demandé aux députés de "trouver des réponses adaptées" et de "concrétiser de la meilleure des manières" les recommandations de l’autorité scientifique compétente qui appelait, en janvier, à étendre un moratoire sur ces pesticides sans appeler oui ou non à voter pour une interdiction des néonicotinoïdes.

Plus tard dans l'hémicycle Barba Pompili a tenu à souligner, s'adressant probablement aux députés écologistes, que le texte ne serait pas le dernier sur ces questions. Elle les a appelés à "avoir cette idée en tête, dès lors que nous serons amenés à accepter les compromis qui permettent d'agir et d'avancer, quitte à ne pas voir nos convictions respectives intégralement gravées dans la loi".

"C'est la définition même du réformisme", a-t-elle conclu.