BFMTV

Nommée à l'Écologie, Barbara Pompili hérite d'un ministère "maudit"

La nouvelle ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili.

La nouvelle ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. - Joël SAGET / AFP

Depuis l'élection présidentielle de 2017, trois ministres se sont succédé, pour de courts mandats, dans ce ministère qui doit occuper une part importante dans le nouveau gouvernement et la suite du quinquennat.

C'est la fin d'un suspens de plusieurs jours. Ce lundi en fin de journée, la composition du gouvernement de Jean Castex, fraîchement nommé Premier ministre, a été dévoilée par Alexis Kohler depuis l'Élysée. Parmi les changements notables, le départ de la ministre de la Transition écologique et solidaire Élisabeth Borne, remplacée par Barbara Pompili.

Un changement lourd de sens. Depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron souhaitait insufler à son gouvernement une fibre écologique forte, qui devrait être l'une des pierres angulaires des deux dernières années de quinquennat du président de la République. Une volonté également confortée par le second tour des élections municipales, au cours duquel EELV a réalisé d'impressionnants scores, dans ce qui a été appelé une "vague verte."

Pour autant, la tâche s'annonce ardue pour Barbara Pompili. Avant elle, sous la présidence actuelle, le ministère de la Transition écologique et solidaire a connu trois ministres qui se sont succédé à l'Hôtel de Roquelaure, ce qui lui confère la réputation de ministère "maudit."

Hulot et la démission surprise

Dès 2017, au lendemain de son élection, Emmanuel Macron souhaitait pour ce poste une personnalité forte, qui incarne pleinement le combat écologique. Logiquement, son choix s'est porté vers l'ancien animateur de télévision Nicolas Hulot, présent dans l'éphémère gouvernement Philippe I, puis Philippe II.

Une idylle qui ne durera finalement qu'une petite année puisque, à la surprise générale, sans en avoir informé le Premier ministre ni même le président de la République, Nicolas Hulot annonçait en direct sur France Inter sa démission du gouvernement.

"Est-ce que nous avons commencé à réduire l'usage des pesticides? La réponse est non (...) Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là", avait-il lancé, visiblement amer. Il avait également évoqué "la décision la plus difficile de [s]a vie."

Souhaitant éviter les "récupérations politiciennes", Nicolas Hulot avait en réalité pris cette douloureuse décision au lendemain d'une réunion ministérielle sur la chasse, à laquelle un lobbyiste participait.

Deux ans plus tard, l'ancien ministre poursuit son combat pour la planète et multiplie les appels. En mars dernier, alors que le Covid-19 était de plus en plus présent sur le territoire français, ce dernier avait averti, sur BFMTV: "l'humanité est confrontée à son destin, il faut qu'on le prenne en main."

Les homards de Rugy

Quelques jours après son départ, le 4 septembre 2018, Nicolas Hulot était remplacé par François de Rugy, qui jusque-là occupait le poste de président de l'Assemblée nationale. Là encore, l'histoire tourne court puisque quelques mois plus tard, en juillet 2019, ce dernier va être gravement mis en cause dans plusieurs articles de Mediapart.

Les faits remontent à l'époque du mandat de François de Rugy au palais Bourbon. Il est alors soupçonné d'avoir utilisé des fonds publics pour l'organisation de dîners privés à l'hôtel de Lassay, sa résidence administrative d'alors, et d'avoir pour l'occasion recouru au personnel de l'Assemblée nationale. Cette accusation est accompagnée d'un cliché où le ministre posait à côté de homards.

Le lendemain, un second article, toujours de Mediapart, l'accusait cette fois-ci de dépenses s'élevant à 63.000 euros pour la rénovation de son logement de fonction et de 17.000 euros pour l'acquisition d'une garde-robe, des faits dont il s'est toujours défendu.

Face à la pression populaire, François de Rugy démissionne le 16 juillet 2019, quelques heures seulement avant la publication d'une troisième enquête, dans laquelle il est soupçonné d'avoir payé ses cotisations à son parti, EELV, avec son indemnité représentative de frais de mandat. Un mois plus tard, il récupère son siège de député de Loire-Atlantique, qu'il occupe toujours actuellement.

Borne et le manque d'incarnation

Deux jours plus tard, c'est la ministre des Transports, Elisabeth Borne, qui est finalement nommée à la place du démissionnaire François de Rugy. À l'inverse de ses deux prédécesseurs, cette dernière n'endosse toutefois pas le rôle de ministre d'État, une différence qu'elle avait expliqué par une différence de parcours politique. Elisabeth Borne avait toutefois assuré que son profil présentait d'autres "atouts."

Là encore, l'étape durera moins d'une année. Pour autant, ces quelques mois passés hôtel de Roquelaure ont été rythmés par de nombreuses joutes verbales, notamment avec Ségolène Royal, qui a elle-même occupé le poste entre 2014 et 2017, et qui avait vivement tancé l'équipe gouvernementale.

À ces attaques, Elisabeth Borne, passablement échaudée, avait questionné le maintien de Ségolène Royal à son poste d'ambassadrice des pôles.

"Je note qu'elle critique le gouvernement très fortement depuis quelques semaines, est-ce que c'est bien compatible avec un poste d'ambassadeur qui appelle une certaine réserve? On peut se demander", avait déclaré la ministre sur franceinfo.

Malgré cette défense assidue d'Emmanuel Macron, Elisabeth Borne n'est jamais parvenue à incarner l'écologie au sein du gouvernement. Pire, quelques semaines avant son entrée au gouvernement, elle avait, lors du Paris Air Forum, affirmé préférer l'avion au TGV.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV