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Nicolas Sarkozy rend hommage aux "malgré-nous" en Alsace

Nicolas Sarkozy a célébré samedi le 65ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Colmar, en Alsace, pour "réparer une injustice" faite à ses yeux à l'Alsace et à la Moselle annexées entre 1940 et 1945 et évoquer le sort des incorporés de f

Nicolas Sarkozy a célébré samedi le 65ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Colmar, en Alsace, pour "réparer une injustice" faite à ses yeux à l'Alsace et à la Moselle annexées entre 1940 et 1945 et évoquer le sort des incorporés de f - -

COLMAR - Nicolas Sarkozy a célébré samedi le 65ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Colmar, en Alsace, pour "réparer une...

par Gilbert Reilhac

COLMAR (Reuters) - Nicolas Sarkozy a célébré samedi le 65ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Colmar, en Alsace, en qualifiant de crime de guerre l'incorporation des habitants de cette région dans l'armée nazie pendant le conflit.

C'est la première fois qu'un chef d'Etat salue aussi nettement et publiquement la mémoire des "malgré-nous" d'Alsace et de Moselle, souvent source de malentendus et de méfiance entre les trois départements et le reste de la France.

"Les 'malgré-nous' ne furent pas des traîtres mais au contraire les victimes d'un véritable crime de guerre", a dit Nicolas Sarkozy, soulignant qu'ils furent obligés de porter l'uniforme allemand sous peine de représailles sur les familles.

"Je suis venu aujourd'hui en Alsace pour réparer une injustice", a dit le président de la République après avoir passé en revue un détachement inter-armées rassemblé sur la place Rapp, au centre de la préfecture du Haut-Rhin.

"Au-delà des souffrances qu'elle a partagées avec tous les Français du fait de la guerre et de l'occupation, il y a une souffrance terrible qu'elle est la seule, avec la Moselle, à avoir subie", a-t-il ajouté.

Evoquant la nazification et la germanisation forcées des trois départements, Nicolas Sarkozy a poursuivi en évoquant les 130.000 "malgré-nous", incorporés à partir de 1942 dans la Wehrmacht et envoyés sur le front de l'Est, "la pire des souffrances et la plus occultée", a-t-il dit.

Quelque 30.000 d'entre eux sont morts, pour certains dans les camps de prisonniers russes, 10.000 ont été portés disparus.

L'AFFAIRE D'ORADOUR

Nicolas Sarkozy avait déjà rendu hommage aux incorporés de force en février 2008 dans un message lu par le sénateur du Bas-Rhin Philippe Richert devant le mémorial de Tambov en Russie, où de nombreux "malgré-nous" ont été détenus.

Il y parlait alors de "victimes de l'Histoire, des fils de France morts parce qu'ils portaient un uniforme qu'ils n'avaient pas choisi".

La question est toujours douloureuse et elle est taboue en Alsace, province germanophone déchirée entre l'Allemagne et la France tout au long des XIXe et XXe siècles.

L'incompréhension avait atteint son paroxysme en 1953 quand le tribunal militaire de Bordeaux, jugeant le massacre des 642 habitants d'Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne, par l'unité SS Das Reich, avait condamné à la prison et aux travaux forcés treize "malgré-nous" qui y étaient incorporés.

L'annonce du jugement avait provoqué un tollé en Alsace et les condamnés avaient été finalement amnistiés par l'Assemblée nationale.

Nicolas Sarkozy, accompagné à Colmar du Premier ministre François Fillon, du ministre de la Défense Hervé Morin et du secrétaire d'Etat aux anciens combattants Hubert Falco, s'est d'abord recueilli devant le monument du Maréchal de Lattre de Tassigny, libérateur de Colmar.

Les combats ont duré du 20 janvier au 9 février 1945 et marqué la fin de la libération du territoire français, à l'exception des "poches" de l'Atlantique et de la mer du Nord où les troupes allemandes ont résisté jusqu'à la fin de la guerre.

"Ici, sur cette terre d'Alsace, je suis d'abord venu rendre hommage au nom de la nation toute entière à tous ceux qui sont morts pour sa liberté dans ce terrible hiver 1945", a dit Nicolas Sarkozy, citant notamment les FFI, les spahis marocains, les chasseurs d'Afrique et "les enfants du Kentucky".

Ce déplacement en Alsace, seule région restée à l'UMP après les régionales de mars, est la troisième célébration "décentralisée" de Nicolas Sarkozy de la victoire du 8 mai 1945.

En 2008, sur les plages du débarquement en Normandie, il avait salué la Résistance. L'année suivante, à Sainte-Maxime, dans le Var, c'est aux troupes de la Coloniale qu'il s'était plus particulièrement adressé.

Avant de se rendre à Colmar, le président de la République a déposé une gerbe devant la statue du général de Gaulle à Paris.

Edité par Jean-Loup Fiévet