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Municipales: ces bastions historiques renversés par un scrutin chamboule-tout

Gérard Collomb, maire sortant de Lyon, le 28 juin 2020.

Gérard Collomb, maire sortant de Lyon, le 28 juin 2020. - Philippe Desmazes

Dans certaines grandes villes comme Bordeaux ou Nancy, les écologistes ont balayé la droite et le centre, aux manettes depuis des décennies.

Pour quelques villes de France, c'est la fin d'une époque. Dimanche soir, alors qu'une vague verte déferlait sur un lit d'abstention massive au second tour des élections municipales, certains bastions ont été ébranlés. À Bordeaux, Nancy, Tours ou Poitiers, dirigées pendant des décennies par les mêmes familles politiques, les écologistes ont bouleversé le jeu.

À Bordeaux, la filiation gaulliste interrompue

C'est à Bordeaux qu'a eu lieu le séisme ayant la plus grande magnitude. Après avoir été aux mains de la droite - gaulliste puis juppéiste - pendant 73 ans, la ville a été remportée à la surprise générale par Pierre Hurmic. Malgré une triangulaire comptant le trotskiste Philippe Poutou, la tête de liste Europe Écologie-Les Verts a recueilli 46,48% des suffrages exprimés. Ce faisant, l'éternel candidat a réussi à renvoyer à ses chères études le maire Les Républicains sortant Nicolas Florian, qui était soutenu par La République en marche.

Bordeaux a été dirigée pendant 47 ans par Jacques Chaban-Delmas, figure du gaullisme aussi bien dans la résistance qu'au pouvoir, puis pendant plus de 20 ans par le chiraquien Alain Juppé. Deux figures incontournables de l'histoire de la droite française, qui ont bâti leur stature en grande partie sur cet ancrage local et pérenne. À la faveur de la désertion des urnes liée à la crise du Covid-19 et de l'attrait d'un pan de l'électorat traditionnel de LR pour les questions écologiques, les Bordelais ont chamboulé leur paysage politique.

Le centre-droit perd Nancy après 75 ans de gestion

Moins emblématique que Bordeaux, Nancy a également été le théâtre d'une baronnie déboulonnée: celle du radical Laurent Hénart, maire depuis 2014, mais surtout celle du centre-droit, qui veille aux destinées de la ville depuis la Libération. Incarné pendant 31 ans par l'ex-ministre André Rossinot, ce camp a été balayé par un socialiste, Mathieu Klein, qui selon les résultats définitifs a recueilli 54,54% des voix.

Le comble de l'affaire est que La République en marche, qui soutenait Laurent Hénart du fait de l'accord d'appareil qui lie la macronie au Mouvement radical, entendait initialement se mettre dans la roue de Mathieu Klein. De l'art de chercher son positionnement.

À Lyon, la maison Collomb met la clef sous la porte

Les Verts ont rebattu les cartes à Lyon, autre ville traditionnellement détenue par des modérés, tantôt issus de la droite, tantôt du Parti socialiste. En battant à plate couture (52,4%) à la fois le candidat soutenu par le maire sortant Gérard Collomb, Yann Cucherat (30,8%), et son ancien adjoint Georges Képénékian (16,8%), l'écologiste a mis fin à près de 20 ans de gestion PS.

Avant Gérard Collomb, qui est passé du PS à LaREM, ce sont deux autres figures de centre-droit qui se sont succédés à la tête de la capitale des Gaules, Michel Noir puis Raymond Barre. L'arrivée inattendue de Grégory Doucet, qui a largement profité des luttes internes de la maison Collomb et des vicissitudes locales de la macronie, interrompt cette succession de barons issus d'un moule similaire.

Les électeurs de Poitiers

Il fut l'un des premiers barons locaux du paysage à reconnaître sa défaite dimanche soir. Le socialiste Alain Claeys, maire de Poitiers depuis 2008, a perdu la bataille face à Léonore Moncond'huy, conseillère régionale EELV de Nouvelle-Aquitaine, tout juste âgée de 30 ans.

"Non-professionnelle de la politique" selon ses propres termes, la nouvelle édile clot donc 43 de gestion socialiste sur la capitale poitevine. Avant Alain Claeys, c'est Jacques Santrot qui a occupé l'hôtel de ville pendant trois décennies. La liste de Léonore Moncond'huy était soutenue par le Parti communiste, ancien allié du maire sortant, Génération.s, Nouvelle Donne et Génération Écologie.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV