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Moquée pour son excès de zèle face à la grippe H1N1, Bachelot partage son expérience

Roselyne Bachelot et François Fillon à l'Assemblée nationale, le 4 novembre 2009

Roselyne Bachelot et François Fillon à l'Assemblée nationale, le 4 novembre 2009 - AFP - Patrick Kovarik

Accusée il y a onze ans de trop en faire en termes de commandes de vaccins et de masques durant la crise de la grippe H1N1, l'ex-ministre de la Santé de François Fillon et Nicolas Sarkozy prend désormais la parole pour justifier son action préventive de l'époque.

Longtemps raillée pour sa réaction jugée trop alarmiste face au virus H1N1 en 2009, Roselyne Bachelot se voit désormais sollicitée de toutes parts. Alors que l'actuel gouvernement se voit reprocher un manque de prévoyance face à la pandémie de Covid-19, l'ex-ministre de la Santé sort du bois pour partager sa propre expérience.

Il y a onze ans, Roselyne Bachelot - avec l'appui du Premier ministre de l'époque François Fillon, dont elle est proche - avait commandé des dizaines de millions de vaccins et de masques. Le tout pour un coût estimé entre un et deux milliards d'euros. De quoi susciter les interrogations et parfois franches critiques d'une grande partie de la classe politique.

"On s’était battu comme des lions"

Aujourd'hui, alors que le nouveau coronavirus dévoile les carences des systèmes sanitaires de l'ensemble des démocraties occidentales, chacun bat sa coulpe. 

"Je ne voulais pas faire partager le fardeau à d’autres en disant que je ne faisais qu’obéir à des ordres supérieurs. Pour moi, ce n’était pas défendable, quand on prend une décision on assume", explique-t-elle aujourd'hui auprès du Figaro

Et l'ancienne députée de Maine-et-Loire d'offrir un éclairage sur ses choix de l'époque:

"On a vacciné près de 6 millions de personnes, c’est ce qui a participé à l’extinction de l’épidémie. En vaccinant les plus fragiles, on a empêché que des surcontaminateurs se promènent dans la population générale."

Roselyne Bachelot n'est pas la seule à raconter son vécu aux manettes face à ce virus. François Fillon, Premier ministre donc de Nicolas Sarkozy, loue un "travail collectif". 

"On avait monté avec Roselyne un petit commando pour mettre en place l’approvisionnement en vaccins. Toute l’Europe en voulait. On s’était battu comme des lions pour forcer les laboratoires à nous donner les stocks de vaccin dont on avait besoin. Il y avait aussi le sujet des masques", explique l'ex-député de la Sarthe. 

L'ancien chef du gouvernement raconte par ailleurs "des débats très difficiles" en interne.

"Certains au sein de nos cabinets, de nos équipes pensaient qu’on en avait fait trop", ajoute-t-il, affirmant ensuite que "Nicolas Sarkozy était plus volontaire".

"La préparation maximum est la bonne"

Avec le recul, Roselyne Bachelot se dit "persuadée et les éléments le prouvent que la théorie de la préparation, de la préparation maximum, est la bonne". Fin 2009, la France détenait un stock de près de 1,7 milliard de masques. Un chiffre qui, au début de la pandémie due au nouveau coronavirus, était de 117 millions. D'où les nombreuses commandes annoncées par l'actuel ministre de la Santé, Olivier Véran.

"On a arbitré en se disant qu’on nous reprocherait beaucoup plus une catastrophe sanitaire qu’une erreur sur le nombre de vaccins commandés. C’est le rôle du politique par rapport aux scientifiques de trancher", défend de son côté François Fillon.

"Au doigt mouillé"

Dans un long portrait que lui a consacré Le Monde, Roselyne Bachelot dit s'être "retrouvée seule".

"Avec quelques messages sympas, parfois. Je me souviens de Brice Hortefeux, alors ministre, me disant, lors d’un déplacement en Auvergne: 'Je veux te remercier, tu n’as jamais posé le chapeau sur quelqu’un d’autre'…", tempère-t-elle. 

L'ex-ministre de la Santé admet toutefois avoir agi "au doigt mouillé" pour la commande des 94 millions doses de vaccins. Elle s'était basée sur l'avis d'experts, qui estimaient que 33% des Français ne se feraient pas vacciner.

"Pour nous, politiques, le risque d’en faire trop est devenu plus grand que de ne pas en faire assez", observe-t-elle aujourd'hui. 
Jules Pecnard