BFMTV

Mis à l'isolement, comment Macron et Castex vont gouverner à distance

Les deux têtes de l'exécutif ont été contraintes de chambouler quelque peu leur agenda, quand bien même l'essentiel de leurs réunions sont maintenues par visioconférence.

L'essentiel du quotidien d'un président de la République ou d'un Premier ministre est absorbé par la prise de décisions, l'obligation de trancher sur d'innombrables sujets. Diagnostiqué positif au Covid-19 ce jeudi, Emmanuel Macron sera en isolement pour les sept prochains jours au palais de l'Elysée. Cas contact, Jean Castex le sera également, à l'hôtel Matignon, même si un premier test effectué sur lui s'est avéré négatif.

Comme ils ont souvent eu à le faire durant le premier confinement, les deux têtes de l'exécutif devront travailler à distance, par visioconférence. Leurs rendez-vous, qu'ils soient diplomatiques ou politiques, s'en trouvent quelque peu chamboulés. Dès ce jeudi par exemple, le cabinet du chef de l'État a fait savoir que son voyage au Liban, prévu pour les 22 et 23 décembre, était annulé.

Réunions en visioconférence

De son côté, le Premier ministre n'a pu honorer son rendez-vous le matin au Sénat, où il devait rendre compte de la stratégie vaccinale prévue par l'exécutif. C'est donc Olivier Véran, son ministre des Solidarités et de la Santé, qui l'a remplacé au pied levé au pupitre de l'hémicycle de la Chambre haute. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, s'est toutefois montré rassurant face à la presse:

"Cela fait de nombreux mois que le virus circule en France et dans le monde, (...) que l'exécutif s'est habitué à travailler dans ces circonstances. L'essentiel de nos réunions se déroulent en visioconférence. (...) Cela n'a jamais entravé le travail du gouvernement, qui se poursuit selon son agenda prévu."

Au moment où nous écrivons ces lignes, Emmanuel Macron participe en effet au premier Conseil présidentiel consacré à l'aide publique au développement, avec Bruno Le Maire (ministre de l'Économie et des Finances), Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Olivier Dussopt (Comptes publics). Cette réunion doit ouvrir un cycle de consultations censées aboutir à un sommet, en 2021, portant sur le financement des États africains.

Les trois ministres concernés seront physiquement à l'Elysée dans un salon, tandis que le président de la République sera dans une autre pièce du palais. Le déjeuner qui devait avoir lieu à l'issue du Conseil a été quant à lui annulé.

L'après-midi, la conférence humanitaire qui se tient au Quai d'Orsay, justement en lien avec cette réforme de l'aide au développement, devait se clore en présence d'Emmanuel Macron. La réunion est maintenue et le chef de l'État doit s'y joindre aux alentours de 17 heures en visioconférence, assure le ministère des Affaires étrangères auprès de BFMTV .

Incapacité temporaire

Quant à Jean Castex, son agenda prévoyait essentiellement des réunions avec des ministres, notamment Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale) ou Florence Parly (Armées). Elle devraient se tenir par visioconférence. Un déplacement en région, prévu vendredi matin, sera vraisemblablement annulé.

D'interruption de la gouvernance, quoi qu'il en soit, il n'est pour l'instant nullement question. Ni Emmanuel Macron, ni Jean Castex, ne ressentent de symptômes graves du Covid-19. Si le président de la République venait à être en incapacité temporaire d'assumer pleinement ses responsabilités, alors c'est au Premier ministre que reviendrait cette charge. Ce fut le cas par exemple lorsque Jacques Chirac avait été hospitalisé en 2005 à la suite d'un AVC.

S'agissant de la représentation diplomatique, elle peut être assumée par un membre du gouvernement, le plus logiquement Jean-Yves Le Drian ou Florence Parly. Elle peut également, même si cela est rare, être assumée par un ancien président de la République. Ce fut le cas par exemple lorsque Nicolas Sarkozy, à la demande d'Emmanuel Macron, a représenté la France lors de l'intronisation du nouvel empereur du Japon.

Intérim de Larcher?

Dans le pire des cas, très improbable en l'espèce, si Emmanuel Macron ne peut plus occuper sa fonction, créant ainsi une "vacance" du pouvoir exécutif, c'est au président du Sénat d'assurer l'intérim en attendant qu'une élection présidentielle anticipée soit tenue. Ce serait donc à Gérard Larcher que reviendrait cette charge, en vertu de l'article 7 de la Constitution.

Un tel cas de figure ne s'est produit qu'à deux reprises, d'abord en 1969 à la suite de la démission du général de Gaulle, puis en 1974 après la mort de Georges Pompidou. C'est le président du Sénat de l'époque, Alain Poher, qui les deux fois a occupé l'intérim, avec deux pouvoirs constitutionnels en moins: le déclenchement d'un référendum ou la dissolution de l'Assemblée nationale.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV