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Michel Rocard sur les migrants: "On les expédie peut-être à la mort"

Michel Rocard estime que la crise migratoire est une "honte" pour l'Europe.

Michel Rocard estime que la crise migratoire est une "honte" pour l'Europe. - Patrick Kovarik - AFP

L'ancien Premier ministre est en colère. De la crise migratoire à François Hollande, Michel Rocard dresse un constat pessimiste sur l'Europe, qu'il estime "morte".

Michel Rocard est en colère. Dans les colonnes du Parisien, l'ancien pensionnaire de Matignon, du temps de François Mitterrand, commente l'actualité récente et livre ses jugements, pas toujours favorables au pouvoir en place.

Une crise migratoire "honteuse"

Les atermoiements de l'Europe sont "un luxe de pays aisés" résume Michel Rocard. Le socialiste, s'il reconnaît à Angela Merkel d'avoir "un peu de courage", se désole de la réponse apportée par l'Europe à la crise des réfugiés.

"Cette crise des migrants me met en fureur contre tout le monde, contre l'aveuglement général et le soin apporté à ne pas poser les vrais problèmes: comment faire pour qu'il n'y ait plus de réfugiés? Comment empêcher les guerre locales ?" s'interroge Michel Rocard.

L'ancien député enfonce le clou et s'alarme du sort des migrants qu'un récent accord entre l'UE et la Turquie devrait contenir à l'extérieur des frontières européennes. "Les gouvernants savent très bien que les réfugiés qu'ils renverront chez eux n'auront nulle part où aller. On les expédie peut-être à la mort" affirme Michel Rocard, estimant cette attitude "honteuse".

La loi El Khomri "va dans le bon sens"

La jeunesse a-t-elle raison de battre le pavé contre la Loi Travail ? "Pas trop" selon Michel Rocard. L'ancien député estime qu'il "arrive à la jeunesse de se bloquer sur des positions et des espoirs intenables". Alors qu'il avait "compris" l'opposition au CPE en mars 2006, Michel Rocard estime cette fois que la loi "va dans le bon sens".

"Ce que pourrait générer ce texte est une véritable chance pour la France. Mais débloquer les relations sociales demandera des années" pour l'ancien Premier ministre, qui juge que le texte de loi "laisse plus de place à la négociation entre partenaires sociaux", ce qui favoriserait selon lui des "syndicats forts" face au patronat.

Un risque de "conflit majeur" au PS

Ses prédictions les plus sombres, Michel Rocard les réserve pour son propre parti. Ancien premier secrétaire du PS (entre 1993 et 1994), Michel Rocard craint que le camp socialiste n'implose. "La situation est grave. Il y a un risque de conflit majeur" estime l'ancien ministre. Selon lui, si le PS ne doit pas changer de nom, certains en son sein doivent changer d'idéologie. 

"Les frondeurs n'acceptent pas l'idée que, pour reprendre la marche en avant du progrès social, on a besoin que le capitalisme marche moins mal. Eux veulent que toute l'action du PS porte la signature de la gauche. C'est une immense sottise."

Enfin, Michel Rocard juge l'action du président François Hollande. Lui laissant "la décision" de se représenter ou non, Michel Rocard estime que l'occupant de l'Elysée, qu'il appelle son "ami", est trop "instantanéiste". En clair, François Hollande se laisserait trop dicter son action par le temps médiatique, et ne serait pas assez patient quant aux résultats de sa politique. Une qualité qu'il reconnaît en revanche à Manuel Valls et Emmanuel Macron, jugés "plus respectueux de la contrainte des choses".

Paul Aveline