BFMTV

Loi El Khomri et 49-3: comment l'Elysée et Matignon se sont opposés en coulisses

Manuel Valls, Myriam El Khomri et François Hollande, le 2 septembre 2015.

Manuel Valls, Myriam El Khomri et François Hollande, le 2 septembre 2015. - Alain Jocard - AFP

Les Echos racontent jeudi comment Manuel Valls a introduit, il y a un mois, lors de la relecture d'une interview de Myriam El Khomri, la phrase "nous prendrons nos responsabilités", faisant planer la menace d'un recours au 49-3 pour faire passer le projet de loi Travail.

L'interview de Myriam El Khomri aux Echos, le 17 février, avait mis le feu aux poudres. Interrogée sur un éventuel recours au 49-3 pour faire passer le projet de loi Travail, la ministre n'avait pas écarté cette possibilité:

"Avec le Premier ministre, nous voulons convaincre les parlementaires de l’ambition de ce projet de loi. Mais nous prendrons nos responsabilités." 

Une menace de passage en force qui avait provoqué une levée de boucliers immédiate. "La ministre anticipe le fait de ne pas avoir la majorité", avait notamment pointé l'ancien ministre Benoît Hamon, dénonçant un texte qui "visiblement ne passe pas" auprès des organisations syndicales.

La version corrigée par l'Elysée est arrivée trop tard

Très vite, il est apparu dans la presse que la phrase n'avait pas été prononcée par Myriam El Khomri elle-même, mais qu'elle avait été ajoutée par Matignon lors de la relecture de l'article. Sans l'aval de l'Elysée...

Un mois après, Les Echos reviennent sur l'incident. Dans un article sur les "ratés" de la loi El Khomri, le quotidien économique confirme la relecture de l'entretien par Matignon et l'Elysée, et l'ajout par Manuel Valls, dans le passage sur le 49-3, de la phrase sur les "responsabilités", imprimée dans le journal du lendemain. Mais surtout, le journal indique que c'est parce que la version corrigée par l'Elysée est arrivée avec trop de retard que c'est celle de Matignon qui a prévalu.

"Interrogée sur l’usage éventuel de l’article 49-3 pour une adoption sans vote des députés, elle (Myriam El Khomri, Ndlr) réfute: 'Je veux convaincre les parlementaires et je ne pars pas avec en tête l’idée de recourir au 49-3.' L’entretien lui est renvoyé – c’est l’usage – pour relecture à 18 h 48, mais il doit aussi être revu, pour un sujet aussi important, par Matignon et l’Elysée", détaillent Les Echos
"Le Premier ministre (...) a corrigé le passage sur le 49-3 : 'Nous prendrons nos responsabilités', a-t-il écrit. Sa version arrive à 20 h 18, trois minutes en retard sur l’horaire habituel d’envoi des pages à l’imprimerie ; elle est intégrée in extremis", est-il encore précisé.  "Quand celle du président suit, à 20 h 48, c’est trop tard: les rotatives tournent déjà. Au contraire de son Premier ministre, il voulait rassurer les parlementaires: 'Le débat aura lieu. '"

"Je préfère convaincre", affirme Valls

Le chef de l'Etat François Hollande avait dû corriger le tir, expliquant depuis l'avion qui le conduisait en Polynésie, quatre jours après la mise en ligne de l'interview: "Le mieux" serait de "trouver une majorité" pour adopter la réforme du droit du travail. "Cette majorité sera à trouver dans la discussion, dans le débat mais il ne faut pas que le texte soit dénaturé et il faut qu’on reste sur la philosophie telle que je l’ai définie moi-même". 

Mardi, au lendemain de la présentation aux partenaires d'une nouvelle mouture du projet de loi, Manuel Valls a également voulu calmer le jeu sur ce front là. "Je préfère éviter l'engagement de la responsabilité. Nous l'avons utilisé une seule fois, sur la loi Macron, depuis 2012", a affirmé le chef du gouvernement sur BFMTV et RMC. "Avant de brandir cette arme constitutionnelle, en réalité régulièrement utilisée au cours de la Ve République, je préfère convaincre."

V.R.