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Macron, renouveau de la gauche? "Sa stratégie est très risquée, ça passe ou ça casse"

Emmanuel Macron le 13 avril 2016 lors d'une conférence à l'école Telecom ParisTech de Paris.

Emmanuel Macron le 13 avril 2016 lors d'une conférence à l'école Telecom ParisTech de Paris. - Eric Piermont - AFP

A se revendiquer "de gauche", Macron agace. Mais alors que la popularité de l'exécutif reste au plus bas, celui qui aime que la foule le scande en "président", fait son chemin. Alors, longue marche vers le pouvoir ou passage furtif d'une "étoile filante" de la politique?

Emmanuel Macron qui animait mardi soir le premier meeting de son mouvement En Marche! l'a redit: "Je suis de gauche, c'est mon histoire, c'est ma famille". Dont acte. Mais d'après un récent sondage Elabe pour BFMTV, seuls 31% des Français pensent que le ministre de l'Economie se classe effectivement à gauche. 

D'un autre côté, Macron est selon un autre sondage Odoxa pour iTELE et Paris-Match publié le 8 juillet, la personnalité politique qui "incarne le mieux l'héritage" de Michel Rocard, devant Martine Aubry et Manuel Valls. Si Emmanuel Macron peut incarner une "deuxième", voire une "troisième" gauche", "au-delà des clivages" comme le répète à l'envi l'intéressé, le plus gros obstacle sera peut-être de convaincre militants et personnalités de gauche de le suivre. Pour avoir une idée de la tâche qu'il lui reste à accomplir, BFMTV.com a posé ces questions à Yves-Marie Cann, directeur des études politiques chez Elabe.

> Alors que la popularité de l'exécutif est au plus bas, Emmanuel Macron peut-il incarner un renouveau à gauche?

La question de savoir si Emmanuel Macron est de gauche suscite déjà beaucoup de débats. Comme le montre notre sondage, seuls 31% pensent contre 68% pensent que le qualificatif "de gauche" s'applique à lui. Donc du point de vue de son ancrage politique, les lignes ont été brouillées et Emmanuel Macron y a grandement contribué avec le lancement de En Marche! lorsqu'il a revendiqué un positionnement "ni droite, ni gauche". Il l'a rappelé hier (mardi soir, au meeting, ndlr) en disant qu'il veut rassembler des gens qui sont pleinement à gauche, mais aussi pleinement à droite.
Il y a chez lui à la fois la volonté de transgresser les clivages traditionnels gauche-droite, mais il a senti la nécessité de donner aux Français des repères partisans. L'élément de nuance est qu'il se revendique comme "venant de la gauche" et assume à ce titre un héritage de gauche. D'où une ambivalence dans son positionnement politique.

> Le fait de se revendiquer "antisystème" quand on est ministre de l'Economie n'est-il pas usurpé?

Usurpé? Non. Personne n'est propriétaire d'un mot, d'un mot, d'un argument, d'une expression. Il est vrai que ce sont plutôt les extrêmes qui se servent de ce vocable, moins usité par les partis de gouvernement. Je crois qu'il y a chez Emmanuel Macron la volonté de prendre en compte le fait que les partis politiques, leurs représentants, les gouvernants pâtissent d'une très mauvaise image auprès des Français, qui aspirent à un profond renouvellement de la classe politique. Le message est de dire qu'il n'y a pas que les extrêmes qui peuvent participer au renouvellement de la classe politique, mais que d'autres personnalités, dont lui-même, peuvent porter ce type de promesses.
Les Français vont-ils y croire? C'est toute la question. Mais cela, en tout cas, risque de demander un certain temps vu le parcours personnel d'Emmanuel Macron qui est sorti de l'ENA, qui a été banquier d'affaires, conseiller du président de la République et maintenant ministre de l'Economie sans être passé par le suffrage universel. Donc, il est vrai qu'il apparaît auprès de beaucoup de Français comme une personnalité du système. Mais après tout, Nicolas Sarkozy ne s'était-il pas présenté en 2007, et avec la réussite qu'on sait, comme le "candidat de la rupture".

> L'opinion est une chose, mais Emmanuel Macron est-il en mesure de trouver sa place dans le système partisan à gauche?

La stratégie d'Emmanuel Macron est extrêmement risquée. Ça passe ou ça casse, il n'y aura pas d'entre-deux. Soit, il arrive à se créer une place dans l'espace partisan tel qu'on le connaît aujourd'hui. Soit, il finit par disparaître des écrans radars pour rejoindre le cimetière des nombreuses étoiles filantes qu'on a pu connaître en politique de ces dernières décennies.
L'enjeu est de se faire une place, mais en parallèle la capacité de résistance des structures politiques traditionnelles telles qu'on les connaît est extrêmement forte. Les grands partis politiques ont toujours jusqu'à présent réussi à se relever, faisant preuve d'une grande capacité de résilience.
Et on sait bien qu'une personnalité seule s'il ne peut s'appuyer sur un réseau de soutiens, sur des militants, sur des moyens financiers ou matériels, c'est quand même très difficile de peser sur le paysage politique. Une garde rapprochée était présente au meeting mardi, comme Gérard Collomb sénateur-maire de Lyon ou Nicole Bricq ancienne ministre et sénatrice de Seine-et-Marne, mais tout cela est à ce stade insuffisant pour lui permettre d'apparaître comme une figure incontestée de la gauche politique.

> Quelle signification pouvait avoir la présence de la veuve de Michel Rocard au meeting de mardi soir?

On est dans le registre du symbolique et ça ne préoccupera pas tellement les Français pour la suite. Mais alors qu'Emmanuel Macron se défend de toute récupération politique de cette disparition (alors que Manuel Valls a multiplié les hommages à son mentor, ndlr), la présence de la veuve de Michel Rocard est déjà en soi une forme de récupération indirecte. Il est intéressant de noter que la veuve de Michel Rocard se place davantage dans le sillage d'un Emmanuel Macron que d'un Manuel Valls.
David Namias