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Macron "président épidémiologiste": l'opposition dénonce les déclarations de l'entourage du chef de l'Etat

Le président Macron visite un centre de vaccination à Valenciennes, le 23 mars 2021

Le président Macron visite un centre de vaccination à Valenciennes, le 23 mars 2021 - Yoan VALAT © 2019 AFP

Les déclarations admiratives de membres de l'exécutif célébrant les compétences scientifiques prétendument extraordinaires du chef de l'Etat, relayées notamment par Le Monde mardi, ont fait réagir les observateurs et l'opposition.

C'est d'abord l'un des participants aux Conseils de défense sanitaire, dont une nouvelle séance se tenait ce mercredi matin à l'Elysée, qui déclare: Emmanuel Macron "consulte toutes les études, dès qu’elles sont publiées. Au point que, parfois, le président peut en évoquer une que les experts en face de lui n’ont même pas lue".

Puis, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui surenchérit: "Le président a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires. Ce n'est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la sienne et au regard du temps important qu'il y consacre depuis plusieurs mois". Ou encore le président de l'Assemblée nationale qui en vient à inventer, peut-être comme une boutade, une agrégation en glissant: "Un jour il pourra briguer l’agrégation d’immunologie".

Les célébrations lunaires voire embarrassantes des compétences scientifiques du chef de l'Etat face au Covid-19, citées mardi dans un article du Monde, ont aussitôt suscité les réactions, mi-railleuses mi-consternées, de l'opposition.

Le Prix Nobel et le réel

Le Parti communiste français a ainsi ironisé sur Twitter: "On a déjà le nom du Nobel 2021".

Le député France insoumise élu en Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud s'est montré plus solennel: "Tel un autocrate devenu mégalomane, ivre de pouvoir et d'éloges de ses courtisans, Emmanuel Macron organise le culte de sa personnalité: il sait tout, il prévoit tout, il décide de tout. Dans le réel, nous n'avons pas de vaccin, les écoles craquent, l'AP-HP va trier les patients".

"Où est passée la raison?"

L'ancien candidat à la présidentielle Benoît Hamon a posé pour sa part: "Gouverner dans cette période n'avait rien d'une sinécure. Répétons-le. Mais là... lire Le Monde et découvrir Emmanuel Macron plus épidémiologiste que les épidémiologistes, plus immunologue que les immunologues ! Où est passée la raison?"

Et l'ex-socialiste de conclure son tweet par un hashtag grec, "hybris", qui désignait à l'origine le concept d'un orgueil humain dégénérant en une forme de folie et poussant l'individu à vouloir se hausser à la hauteur des dieux.

Olivier Faure, député élu en Seine-et-Marne et premier secrétaire du Parti socialiste, a lui mis en garde mardi: "Il faut en finir avec le roi thaumaturge". Il s'agit cette fois d'une référence à l'expression utilisée notamment par l'historien Marc Bloch dans un ouvrage de 1924 qui étudiait le pouvoir miraculeux de guérison attribué au monarque par la tradition royale.

La droite dénonce une "arrogance insupportable", le RN un "professeur Maboul"

Les louanges de l'exécutif à son chef ne sont pas mieux passées à droite qu'à gauche. Eric Ciotti, cadre des Républicains et député des Alpes-Maritimes, a moqué: "Gênant... Pour Jean-Michel Blanquer, Emmanuel Macron aurait acquis 'une vraie expertise sanitaire' grâce à 'une intelligence comme la sienne'." Il s'est ensuite fait plus grave: "Arrogance insupportable dans un pays au bord du K.O. sanitaire".

Enfin, le député européen émargeant au Rassemblement national, Gilbert Collard, a imagé son propos: "'Selon ses proches, le chef de l’Etat a acquis une maîtrise des travaux épidémiologiques, au point de ne plus forcément suivre les conseils des scientifiques': Professeur Macron ou Professeur Maboul!"

"Chacun son métier"

"On n’avait rien lu d’aussi gros depuis le temps où on laissait la lumière allumée au Kremlin pour faire croire que Staline travaillait toute la nuit", a quant à lui lancé l'éditorialiste politique de BFMTV Matthieu Croissandeau ce mercredi matin, renvoyant au culte de la personnalité établi autour de Joseph Staline en URSS.

"C’est assez insultant pour les épidémiologistes eux-mêmes, qui ont fait des années d’étude", a repris le journaliste avant d'enchaîner: "Ce n’est pas parce que je lis L’Equipe tous les jours que je vais devenir un bon footballeur. Et puis un président jouant au Médecin malgré lui prend le risque de rejoindre la cohorte des Bolsonaro, Trump etc." On se souvient ainsi qu'en avril dernier Donald Trump, alors président des Etats-Unis, avait suggéré l'aberrante solution d'injections de désinfectant dans l'organisme ou d'expositions aux U.V. comme traitements contre le Covid-19.

"Et puis chacun son métier, on ne demande pas à un président d’être épidémiologiste, on lui demande d’être président. A quoi bon avoir tout lu sur l’épidémie si c’est pour laisser 6500 personnes faire les gugusses sur la Canebière? A quoi bon d’être le pro des traitements monoclonaux si c’est pour manquer de masques quand il en faut, manquer de tests quand il faut des tests, ou de vaccins quand il faut des vaccins?" a insisté Matthieu Croissandeau qui a vu un risque politique dans ces éloges outranciers:

"Ça peut lui porter préjudice. Car Emmanuel Macron ne sera pas jugé sur sa capacité à tenir la dragée haute aux scientifiques. Il sera jugé sur sa capacité à mettre en branle toute la machine de l’Etat pour protéger les Français, leur santé, leur économie, leur morale, leurs études."
Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV