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Sur Facebook, Sarkozy "occupe le terrain sans ouvrir la bouche"

Nicolas Sarkozy lors de ses adieux à la vie politique, le 6 mai 2012.

Nicolas Sarkozy lors de ses adieux à la vie politique, le 6 mai 2012. - -

On attendait la réaction de l'ancien président, mis en examen jeudi dans l'affaire Bettencourt. Elle est arrivée lundi après-midi, via un message posté sur Facebook.

Cela faisait quatre jours que sa réaction était attendue. Nicolas Sarkozy a été mis en examen jeudi dans l'affaire Bettencourt, entraînant un concert de commentaires politiques.

Le PS a rappelé le respect de la présomption d’innocence, et l’UMP s’est insurgée. Quant au principal intéressé, il s’est exprimé pour la première fois lundi après-midi sur Facebook. Un choix qui n’a rien d’anodin – il est même très stratégique.

> Contourner le devoir de réserve

Impliqué dans une procédure judiciaire, Nicolas Sarkozy est toujours membre du Conseil constitutionnel. En tant que tel, il se doit de respecter un devoir de réserve.

"Communiquer sur Facebook lui permet donc de s’exprimer tout en contournant le devoir de réserve", analyse Bastien Millot, conseiller en communication et prof à Sciences Po. "Sur Facebook, son intervention a un caractère privé puisqu’il s’adresse à ses 'amis'. On ne peut donc pas lui reprocher de violer le devoir de réserve. Et dans le même temps, ce message qui relève du privé va être vu et repris partout", explique-t-il à BFMTV.com.

> Maitriser sa communication

Mais le choix du support Facebook est calculé bien au-delà de l'aspect judiciaire. En communiquant sur ce réseau social, Nicolas Sarkozy fait le choix de ne pas utiliser les médias traditionnels, et donc de contourner... le journaliste. "Sur le plateau d'un journal télévisé, il aurait eu un journaliste en face de lui pour lui apporter la contradiction, explique Bastien Millot. Sur Facebook, il n’y a pas de droit de questionnement".

Cela permet à Nicolas Sarkozy de mieux contrôler sa communication. "Nous ne sommes qu’à J+4 de sa mise en examen et la procédure judiciaire est loin d’être terminée. On est donc encore totalement dans la communication de crise", confirme Bastien Millot.

"Et pourtant, ajoute Bastien Millot, le retentissement de ce message est exactement le même que s’il était intervenu au JT. Et il le sait très bien au moment où ce message est publié. C’est donc très malin de sa part".

> Paraître plus humain

Enfin, Facebook permet de se montrer plus humain que dans un banal communiqué de presse. Nicolas Sarkozy l'a bien compris, puisqu'il s'adresse d'abord à "tous ceux qui l'ont soutenu". Il se montre comme un être humain comme les autres, qui traverse une épreuve. A ce titre, il réclame d'ailleurs "le droit à une justice impartiale et sereine" en rappelant que ce droit est celui de "tout citoyen".

"Via ce message, il s'adresse d'abord à la première communauté concernée, c’est-à-dire ses proches, relève Bastien Millot. Il y a une volonté de faire proche, humain. Il signe son message 'NS', comme si c’était lui qui l’avait écrit. Cela lui permet d’occuper le terrain sans même ouvrir la bouche. Du point de vue de la communication, c'est très bien joué", ajoute Bastien Millot.

Puis, en touchant sa communauté, Nicolas Sarkozy s'adresse certes à moins de personnes que sur un plateau télévisé, mais il se sert de cette communauté pour mieux véhiculer ses idées: "un message est toujours plus fort lorsqu'il est colporté par quelqu'un qui n'est pas juge et partie" - dans ce cas, ni juge ni politique, analyse pour sa part Emmanuel de Saint-Bon, expert en e-réputation et fondateur d'une agence spécialisée en réseaux sociaux.

Doit-on pour autant s'habituer à une communication sur Facebook de la part de l'ancien chef de l'Etat? Pas si sûr, explique Emmanuel de Saint-Bon, qui relève que "les pages de Nicolas Sarkozy n'ont quasiment jamais été activées depuis le 6 mai dernier. On peut donc se demander s'il croit vraiment à ce type de communication. A moins que ce ne soit le signe d'un retour aux affaires..."


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Ariane Kujawski