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La "politique-business" de Copé raillée par la gauche

Jean-François Copé assume le fait d'avoir donné une conférence rémunérée.

Jean-François Copé assume le fait d'avoir donné une conférence rémunérée. - -

Le président de l'UMP n'a rien dit de transcendant à Brazzaville, lors d'une conférence rémunérée. Pourtant sa prestation en fait jaser plus d'un.

La "conférence rémunérée" à laquelle a participé Jean-François Copé la semaine dernière à Brazzaville ne cesse de faire réagir. Le président de l'UMP aurait pu toucher 30.000 euros pour ce forum économique organisé par le magazine Forbes, selon Le JDD.

Parmi les intervenants de la table ronde, animée par la journaliste Christine Ockrent, on comptait de nombreux patrons et hommes d'État africains, mais aussi Kofi Annan, ancien secrétaire général de l'ONU, l'ancien Premier ministre belge et eurodéputé Guy Verhofstadt et l'homme d'affaires français Matthieu Pigasse.

Ce qu'il a dit: l'Afrique "à la croisée des chemins"

Dans des extraits vidéos publiés ce mardi par Le Figaro, on voit Jean-François Copé enchaîner à Brazzaville des formules attendues du type: "Dans la mondialisation, il faut éviter l’uniformisation. C’est un plus majeur et cela ne dois pas être un moins".

Interrogé par les aides publiques versées par la France, le président de l'UMP a estimé que "la vérité c’est qu’on est en train de changer d’époque et qu’il faut arrêter de se mentir là-dessus. (…) Jamais je n’aurais imaginé que l’on puisse aborder les questions comme on le fait depuis ce matin il y a encore cinq ou dix ans", ajoutant "on a vraiment opéré un changement complet".

Enfin, Jean-François Copé y est allé de son couplet sur l'Afrique "à la croisée des chemins", admettant que "cela fait longtemps qu’on dit cette formule. Mais il y a cette fois une réalité: c’est que c’est bien sûr l’affaire de l’Afrique, mais c’est aussi l’affaire du monde. Le monde doit maintenant considérer l’avenir de l’Afrique comme son propre avenir.

Se félicitant que le président de l'UMP soit convié à de prestigieuses réunions internationales, Jérôme Lavrilleux, son directeur de cabinet a précisé que Jean-François Copé donne "souvent des conférences, y compris à l'international, mais seules celles qui sont organisées par des organismes privées donnent lieu à rémunération"

Ce qu'ils en pensent: tous "choqués

Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, a dénoncé dimanche la "politique business" et le "mélange des genres" pratiqués par Jean-François Copé, selon l'AFP. "Un chef de parti de notre pays n'a pas à être payé pour des prestations au service d'intérêts privés à l'étranger. Cette politique business du président de l'UMP en Afrique est profondément choquante, elle est contraire à tous les principes d'éthique et de transparence", a écrit Harlem Désir dans un communiqué.

Le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, a jugé l'événement "choquant", y voyant un "mélange des genres" à proscrire. Le ministre au Développement Pascal Canfin s'est lui aussi déclaré "choqué" par le "principe".

En face, Jérôme Lavrilleux, a affirmé lundi: "on assume totalement", précisant toutefois que la rémunération du président de l'UMP avait été "largement inférieure" à 30.000 euros.

Une comparaison qui s'impose

La participation de dirigeants politiques à des conférences contre rémunération n'est pas exceptionnelle. Mais la plupart du temps, ils ne sont plus en fonction. On a récemment beaucoup parlé des prestations grassement payées Nicolas Sarkozy.

La pratique des "ménages", payés entre 5.000 et 300.000 euros la prestation selon le JDD, a été médiatisée ces dernières années avec l'arrivée sur ce marché d'anciens chefs d'Etat et de gouvernement: Bill Clinton, Tony Blair, mais aussi d'anciens premiers ministres comme François Fillon, Lionel Jospin et Michel Rocard. L'an dernier, c'est l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui avait été invité à ce forum.

Les conférenciers français les mieux payés seraient l'ancien président Nicolas Sarkozy et l'ancien patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, percevant de 75.000 à 150.000 euros par prise de parole, selon l'hebdomadaire.

Aurélie Delmas