BFMTV

Élection à la présidence de LR: un match à trois joueurs et à l'issue incertaine

Julien Aubert, Christian Jacob et Guillaume Larrivé, candidats à la présidence de LR

Julien Aubert, Christian Jacob et Guillaume Larrivé, candidats à la présidence de LR - -

Ce dimanche, plus de quatre mois après la déroute des élections européennes et la démission de Laurent Wauquiez, les adhérents de Les Républicains sont sollicités pour se choisir un nouveau chef.

"Alors, quels sont les bruits que vous entendez, vous?" Cette interrogation, qui nous a été posée très récemment par l'un des candidats à la présidence des Républicains, illustre l'incertitude ambiante. Peu le savent - c'est là un des problèmes - mais ce week-end, les adhérents LR à jour de cotisation sont sollicités pour se choisir un nouveau chef. La campagne, largement passée sous les radars, aura été un révélateur de l'atonie d'un parti en crise depuis sept ans.

La cinglante déroute des élections européennes - et la démission de Laurent Wauquiez qui a suivi - a aggravé ce phénomène. Depuis, la droite est en phase intérimaire. Après le scrutin des 12 et 13 octobre, ou des 19 et 20 en cas de second tour, Jean Leonetti devra céder sa place à l'un des trois prétendants à sa succession, Julien Aubert, Christian Jacob ou Guillaume Larrivé.

Christian Jacob, le chiraquien consensuel

Dès le départ, le narratif politique mis en place a fait de Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée nationale depuis neuf ans, le favori incontesté de l'élection. Consensuel, sympathique mais dur avec la macronie, ancien "bébé Chirac" de l'époque 1995, toujours fidèle aux chefs successifs qu'a connu son parti, le député de Seine-et-Marne, âgé de 59 ans, suscite une relative unanimité chez les cadres du mouvement.

Cette unanimité s'appuie avant tout sur l'état global de la droite, qui ne s'est jamais vraiment relevée de la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012. Les guerres fratricides qui ont suivi, plus ou moins violentes, puis l'échec cataclysmique de la candidature Fillon en 2017, ont plongé les LR dans une tétanie qui les incite désormais à refréner leur pulsion ancestrale: la culture du chef. Exprimant d'emblée sa volonté de ne pas se présenter à la prochaine présidentielle, Christian Jacob présente l'avantage, aux yeux des dirigeants actuels du parti, de libérer la voie aux ambitions individuelles qui pourraient émerger. Celle de François Baroin, par exemple.

Tout cela donnait initialement au scrutin des airs de France-Andorre en phase d'éliminatoires de l'Euro 2020. Le statut de Christian Jacob présente toutefois quelques inconvénients. D'abord, celui d'ancrer l'idée chez les militants LR qu'ils vont élire un président qui va se borner à "chauffer la salle" d'ici 2022, pour reprendre l'expression d'un parlementaire de droite. Et, de fait, ne pas fondamentalement trancher les questions de ligne politique. Par ailleurs, son positionnement consensuel peut être de nature à rebuter des adhérents dont les positions sont, de fait, très à droite sur l'immigration et l'islam.

Julien Aubert, le gaulliste pur sucre

Sur ces thèmes, Julien Aubert, 41 ans, dispose d'un avantage comparatif. Élu député du Vaucluse pour la première fois en 2012, ce condisciple d'Emmanuel Macron à l'ENA nourrit une cohérence idéologique qui, à la faveur de la convalescence de LR, est désormais plus visible. Certains le voient obtenir plus de 30% des voix. 

À la tête du mouvement Oser la France, d'obédience gaulliste et souverainiste, Julien Aubert assume des positions dures sur l'immigration et l'intégration tout en cultivant une singularité sur des thèmes comme l'écologie. Il revendique régulièrement sa fidélité à Philippe Séguin et Charles Pasqua.

Si ces références parleront sans doute peu à une grande partie des électeurs français, notamment les plus jeunes, elles plaisent à de nombreux militants LR, nostalgiques des années RPR et des figures charismatiques qui le dirigeaient. Comme celles dont il se veut le fils spirituel, Julien Aubert est en faveur d'un État fort, soucieux de la notion de justice sociale.

"Mon courant n'est pas représenté chez les cadres, mais il l'est au sein de la base", a-t-il coutume de dire.

En cas de victoire, ce magistrat de la Cour des comptes veut mettre fin à l'alliance avec le centre - ce que n'avait pas fait Laurent Wauquiez en dépit de son positionnement droitier - et la remplacer par un système "confédéral", calqué sur le modèle RPR-UDF. Il souhaite surtout organiser des débats afin de trancher définitivement la ligne idéologique du parti. Avec, en bout de course, l'idée de "récupérer" les électeurs LR partis au Rassemblement national.

Larrivé, la ligne "nationale et libérale"

"Il est très intelligent, c'est un bosseur. Mais comme c'est aussi quelqu'un de stressé, il a tendance à japper", décrit un parlementaire LR au sujet du troisième candidat, Guillaume Larrivé. Âgé de 42 ans, le député de l'Yonne a effectivement une réputation de bûcheur. Surdiplômé (Sciences Po, ENA, Essec), spécialiste des questions institutionnelles et régaliennes, il a été directeur adjoint de cabinet de Brice Hortefeux dans les trois ministères que celui-ci a occupé entre 2007 et 2011: Immigration, Travail puis Intérieur. 

Découvert par le grand public durant l'été 2018, lorsqu'il est devenu co-rapporteur de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'affaire Benalla, Guillaume Larrivé est le tenant d'une ligne à la fois "nationale et libérale". Une sorte de version relookée de l'alliage proposé par François Fillon à la présidentielle de 2017. D'ailleurs, comme Julien Aubert, ce haut fonctionnaire du Conseil d'État a participé à la manifestation contre la PMA pour toutes. Comme Julien Aubert, aussi, Guillaume Larrivé a consacré un ouvrage très critique vis-à-vis d'Emmanuel Macron. 

Lundi à Vanves, les deux collègues ont débattu à l'invitation de la fédération LR des Hauts-de-Seine. Christian Jacob n'est pas venu. Durant l'échange, qui portait sur des thèmes d'actualité comme l'immigration, la PMA ou l'écologie, Guillaume Larrivé et Julien Aubert ont scellé une sorte de pacte, l'un assurant à l'autre qu'il se désisterait en sa faveur en cas de second tour.

"Le vote Jacob est verrouillé par les ténors"

Pour que ce cas de figure se produise, il faudrait donc que Christian Jacob obtienne moins de 50% des suffrages. Un scénario improbable. Le dégagisme en vogue pourrait toutefois permettre à l'un des deux outsiders, en particulier Julien Aubert, dont les idées et la personnalité commencent à avoir un écho, de faire une percée. Un député issu de la jeune garde de LR nous éclaire sur le déroulé du scrutin, qui se fera par voie Internet: 

"Le vote Jacob est verrouillé par les ténors et les cadres. Ça dépendra de comment les cadres se mobilisent. Je pensais comme vous sur Aubert, mais au final il enchaîne les petites salles de 6 à 20 personnes... Larrivé est moins communicant, mais fait plus de monde dans les salles. À voir comment les gens vont voter. Si le cadre local a fait un bureau de vote dans sa permanence et fait venir les personnes âgées, ça votera massivement pour Jacob. Si le cadre local laisse chaque électeur voter dans son coin, on peut avoir des surprises. Jacob serait élu, mais moins largement."

Sur l'affluence dans lesdites salles où les candidats ont fait leurs réunions publiques, difficile de distinguer le vrai du faux. S'il reconnaît que quelques salles ont été clairsemées, un soutien de Julien Aubert parle également de meetings réguliers devant quelques centaines de personnes – la moyenne serait de 50 sur les 47 réunions organisées par le candidat. Quoi qu'il en soit, les scores et l'ordre d'arrivée des candidats pèsera sur la suite des événements. Comme nous le résumait récemment un soutien de Christian Jacob, une victoire mitigée de ce dernier dès le premier tour, avec un challenger à 35%, pourrait créer des remous.

Reste à savoir quelle sera la mobilisation ce week-end. En décembre 2017, lors de l’élection de Laurent Wauquiez à la tête de LR, près de 100.000 adhérents sur 260.000 inscrits avaient fait le déplacement. Sur la période 2018-2019, le nombre d’adhérents est tombé à 130.000. À l'heure actuelle, certains estiment à 60.000 le nombre de militants à jour de cotisation, ce qui laisse craindre une très faible participation.

"S'il y a 30.000 votants, ce sera pas mal. Après, s'ils intègrent les chiffres de 2018, ça paraîtra dérisoire", prévient un cadre du parti.
Jules Pecnard