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Ecoutes de la DGSE: Thierry Solère envisage une plainte contre X

D'après Le Monde, le député Les Républicains a été espionné par la DGSE alors qu'il se présentait aux législatives contre Claude Guéant dans les Hauts-de-Seine.

Espionnage dans un même parti via la DGSE? D'après Le Monde, des moyens du renseignement extérieur français auraient été utilisés pour surveiller Thierry Solère, candidat UMP dissident en 2012 face à Claude Guéant, alors ministre de l’intérieur. Mais Claude Guéant, comme le patron de la DGSE d'alors, nient tout rôle dans une telle affaire.

L'affaire remonte à la campagne des dernières législatives. Alors adjoint au maire de Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, Thierry Solère se présente à la place du député-maire sortant, Pierre-Christophe Baguet. Mais Claude Guéant, ancien ministre de l'Intérieur, est investi dans cette même circonscription par l'UMP. Thierry Solère tente quand même sa chance en candidat dissident. Il est exclu de l'UMP le 20 mars 2012, et gagne tout de même l'élection de justesse.

D’après le quotidien du soir, c’est à ce moment-là qu’une "surveillance technique" sur Thierry Solère est lancée au sein de la DGSE, hors de tout contrôle: son téléphone et sa boîte mail sont surveillés. Jusqu'à ce que le directeur technique de la DGSE découvre l'affaire "par hasard" et que les écoutes soient interrompues. Un haut responsable de la DGSE demande alors une "surveillance physique" de Thierry Solère, qui n’est finalement pas lancée.

Démenti de Guéant et de l'ex-patron de la DGSE

Claude Guéant, en fonction place Beauvau en 2012, a-t-il demandé aux renseignements d’espionner son rival? L'intéressé nie l'affaire: "cela ne me dit strictement rien", dit-il au journal.

Son avocat dément également catégoriquement auprès de BFMTV:

"Jamais de près ou de loin il n’a donné la moindre instruction pour que l’on procède à de telles interceptions sauvages, pour plusieurs raisons", explique Me Philippe Bouchez el Ghozi. "D’abord, ce n’est pas dans ses principes. C’est quelqu’un qui est foncièrement républicain et qui agit dans le cadre des élections et des principes républicains. Deuxièment, il était alors ministre de l’Intérieur et en tant que ministre de l’Intérieur il n’avait aucune autorité sur la DGSE."

Dans un communiqué transmis à l'AFP en fin d'après-midi, Claude Guéant indique qu'il demande au ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian de "diligenter une enquête, et éventuellement de saisir la justice".

L’ancien patron de la DGSE assure pour sa part qu’il n’a jamais reçu l’ordre d’enquêter sur Thierry Solère. Mais comment expliquer une telle surveillance? L’ancien conseiller renseignement de Claude Guéant avance au Monde une explication:

"Il nous rappelle que M. Solère était une personne qui pouvait faire du chantage, qui avait une réputation sulfureuse et puis qui par ailleurs avait une relation très très proche avec l’un des fils de Nicolas Sarkozy", rapporte le journaliste du quotidien du soir Jacques Follorou. "Alors il ne fait pas le lien entre les deux mais il nous livre ces deux éléments là qui peuvent peut-être pour certains apparaître comme une piste d’explication."

Solère envisage une plainte contre X

De son côté, Thierry Solère, réintégré en février 2013 à l'UMP devenue depuis Les Républicains, et désormais organisateur de la primaire à droite, juge selon Le Monde cette surveillance "fort peu républicaine".

"Si cela se confirme, je suis non seulement très surpris mais surtout consterné.", s'indigne-t-il. "Dès janvier 2012, mon oncle [l'amiral Jean-Luc Delaunay, ancien chef d'état-major particulier du président de la République et ex-chef d'état-major de la Marine] m'avait prévenu qu'il y avait des risques en me présentant contre Claude Guéant."

Invité de BFMTV mardi soir, le député de la 9e circonscription des Hauts-de-Seine et vice-président du conseil régional d’Ile-de-France a dit envisager de porter plainte contre X:

"Ce sont des accusations très graves que vos confrères du Monde portent aujourd'hui. Je vais voir mon avocat dans deux jours. Je verrai les suites que je donne, probablement une plainte contre X. C'est à la justice de dire si c'est vrai et si c'est le cas qui a fait cela", a déclaré Thierry Solère. 

"Si c'est vrai c'est grave", a-t-il répété, "parce que dans une démocratie, les services de l'Etat n'ont pas à être utilisés pour autre chose que ce pour quoi ils sont faits. Et la DGSE est faite pour nous protéger. Contre le terrorisme, on le voit notamment depuis un an en particulier." 

"Rien ne peut justifier qu'on mette sur écoute un candidat à une élection", s'est encore indigné Thierry Solère, "c'est un droit fondamental de se présenter."

A. K. et V.R., avec Aymeric Barrault Pateyron