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Départ de Virginie Calmels: l'interruption d'une carrière politique express

Virginie Calmels en mars 2018.

Virginie Calmels en mars 2018. - Joël Saget-AFP

Mise de côté par Alain Juppé pour reprendre la mairie de Bordeaux, l'ex-numéro deux des Républicains a mis fin à son incursion météorique dans la vie politique.

Lorsqu'on interroge chez Les Républicains au sujet de Virginie Calmels, le mot "trop" a tendance à revenir régulièrement. "Trop ambitieuse", "trop cash", "trop d'orgueil"... Un vocable à la mesure de la vitesse météorique de sa carrière politique. À la suite de ses adieux émouvants à la ville de Bordeaux, Alain Juppé a fait savoir qu'il adoubait son adjoint aux finances, Nicolas Florian, pour tenir la boutique jusqu'aux prochaines municipales.

Dans la foulée, sa première adjointe Virginie Calmels a annoncé qu'elle quittait le conseil de Bordeaux. Un départ en forme de fermeture de parenthèse, celle de son incursion dans la vie publique. L'intéressée a beau dire qu'elle conserve la présidence du groupe d'opposition LR, "elle quitte bel et bien la politique", glisse un ancien proche à BFMTV.com. 

"Société civile"

L'éphémère numéro deux de LR retourne dans le monde du privé. Dans sa déclaration en réunion des groupes de la droite et du centre du conseil de Bordeaux, révélée jeudi par le site de Sud Ouest, Virginie Calmels affirme qu'elle va se voir confier la présidence d'un "beau groupe français". 

C'est justement ce profil "société civile", celui d'une cadre dirigeante chez Endemol, qui avait en partie séduit Alain Juppé et son entourage lors des municipales de mars 2014. Devenue son bras-droit, Virginie Calmels avait intégré l'idée qu'à l'issue de la présidentielle de 2017, en vue de laquelle les sondages n'avaient d'yeux que pour Alain Juppé, elle reprendrait les rênes de Bordeaux. 

"Elle profitait du fait d'être juppéiste"

Sauf que l'histoire en a voulu autrement: en novembre 2016, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac est battu à plate couture par François Fillon, annihilant de fait les ambitions municipales de Virginie Calmels. D'autant plus qu'à l'époque, Alain Juppé n'exclut pas de rempiler en 2020. 

"Elle profitait du fait d'être juppéiste, c'est ce qui lui a permis de rallier Fillon, puis de devenir numéro deux du parti", constate un ex-LR, pointant du doigt son rôle de "caution modérée". 

Fin 2017, elle choisit de soutenir la candidature de Laurent Wauquiez à la tête du mouvement, avec cette notion en tête. Facilement élu, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes lui propose la première vice-présidence. L'attelage, entre la libérale pur jus et l'ancien ministre décidé à braconner sur les terres du Rassemblement national, en surprend plus d'un, notamment chez les juppéistes.

"Elle a agi comme en business, sans affectif"

Le binôme capote très vite, lorsqu'au bout de six mois, Virginie Calmels accorde une interview au Parisien dans laquelle elle tire à boulets rouges sur le patron de LR, qu'elle accuse de ne pas assez "rassembler". Autrement dit, d'être trop à droite. Résultat: l'intéressée perd en juin 2018 le poste de numéro deux au profit de Jean Leonetti et, avec, la possibilité de se voir attribuer une place intéressante dans la liste LR pour les européennes. 

"Elle a surestimé son poids politique. Elle a voulu faire une culbute en quittant Juppé, mais au final elle a perdu des deux côtés. Elle a agi comme dans le business, sans affectif, alors qu'en politique, ce qui compte, c'est le jugement par ses pairs", analyse un cadre actuel du parti. 

S'ajoute à cela sa ligne politique, que d'aucuns jugent à la fois pas assez construite et "trop libérale sauce 'années 80', trop économique, trop pro-mondialisation". Encore du "trop". "Elle voulait faire du Madelin, en oubliant qu'il avait fait 4% en 2002. Et c'est dommage, parce que sur l'identitaire, elle avait des convictions plus à droite qu'elle ne le disait publiquement", ajoute-t-on auprès de BFMTV.com.

"Du NKM, sans le fond"

Pas assez "humble", Virginie Calmels espérait occuper le même rôle que Nathalie Kosciusko-Morizet auprès de Nicolas Sarkozy jadis. "Elle fait du NKM, sans le fond", raillait déjà un cadre LR en mars 2018. Et d'ajouter: "très vite on a senti que ça ne 'matchait' pas. Elle a pris des cafés avec tout le monde, en prenant ses interlocuteurs pour des idiots."

"Son erreur, c'est d'avoir voulu profiter de la chute de Laurent Wauquiez dans les sondages à la suite de la polémique autour des propos enregistrés à l'EM-Lyon. À ce moment-là, quand Laurent accuse Alain Juppé d'avoir 'cramé la caisse' à Bordeaux, Virginie aurait dû choisir entre l'un et l'autre, plutôt que de rester dans son coin", déplore un ancien membre de son entourage. "C'est un immense gâchis."
Jules Pecnard