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Christian Jacob, nouveau maître d'œuvre d'une droite en friche

Le président des Républicains Christian Jacob

Le président des Républicains Christian Jacob - AFP

Élu très largement dimanche par les adhérents du parti, le député de Seine-et-Marne aura pour principal objectif de ne pas laisser Les Républicains sombrer au même niveau que le Parti socialiste. À savoir, celui d'un mouvement tirant l'essentiel de son influence de son réseau d'élus.

Les politiques disent rarement les choses au hasard. Lundi, au lendemain de sa large victoire lors de l'élection à la présidence des Républicains, Christian Jacob a répondu à l'invitation de France Inter pour sa première intervention médiatique. Surnommé le "premier de corvée" par L'Opinion à l'issue de son triomphe, l'élu chiraquien a d'abord répondu sur le ton de l'humour. Personne n'est dupe. Un dirigeant LR comparait récemment, auprès de BFMTV.com, le job à un "ticket première classe à bord du Titanic".

Puis le sérieux revient. Il s'agit pour Christian Jacob de résumer le bilan qu'il tire de son accession - plutôt facile - à la tête d'un parti moribond où tout reste à (re)faire. "Beaucoup de responsabilité, mais (...) avec des fondamentaux qui sont solides", a entamé lundi matin le député de Seine-et-Marne. Et de hisser au rang de priorité "les territoires":

"Nous sommes majoritaires sur les territoires, si on prend aujourd'hui l'ensemble des conseillers municipaux, départementaux et régionaux, ce sont Les Républicains qui sont majoritaires sur le territoire."

"Régénérer par le bas"

Cette lecture n'a rien d'anormal et s'inscrit dans la continuité de la stratégie de Christian Jacob depuis le début de sa campagne. Elle dit néanmoins quelque chose du niveau d'ambition du nouveau chef que se sont choisi les militants de LR. "On va devenir un parti localiste", se désolait récemment un membre auprès de BFMTV.com.

Certes, les prochaines élections municipales représentent une planche de salut pour la droite, cruellement défaite aux trois derniers scrutins nationaux - présidentielle, législatives et européennes. Face aux faiblesses structurelles de La République en marche, qui peine à mettre au point sa stratégie d'implantation sans générer des frictions avec ses alliés, le maillage local de LR est une vraie force. Il permet de retarder sa marginalisation. Mais au-delà?

"En politique il y a la méthode française, qui consiste à se régénérer par le haut. Jacob veut régénérer le parti par le bas, c'est la méthode anglaise", décrypte un cadre de l'ancienne équipe dirigeante, avant d'ajouter: "Mais l'accumulation de succès locaux ne fait pas un projet national..." 

"On n'est pas fichu de produire des idées"

Ce projet national risque en effet d'attendre. Un mois jour pour jour avant le scrutin, un soutien de Christian Jacob nous expliquait que le but d'un chef de parti, "ça doit être d'en refaire un mouvement de masse, de former des bataillons de militants qui, en bout de course, représentent une caisse de financement".

"Il faut rénover LR du sol au plafond, mais pas en faire une boîte à idées. La réflexion, elle se fait en dehors du parti qui, lui, doit avant tout fournir les moyens de cette réflexion. En constituant des think-tanks par exemple. On ne peut plus faire autrement. On n'est plus fichus de produire des idées", développait ce député. 

C'est donc à la restructuration du parti que va d'abord s'atteler le nouveau patron. Pour ce faire, un renouvellement des instances - et des postes qui les composent - va vite s'imposer. Conscient qu'il incarne une continuité tranquille ("c'est pour ça qu'il a été élu", constate l'un de ses anciens concurrents), Christian Jacob va promouvoir une nouvelle équipe. Il y a moins de deux ans, Laurent Wauquiez concoctait déjà, lui aussi, un subtil mélange de nouvelles têtes et de figures plus expérimentées... Son successeur ambitionne également de mieux représenter les fédérations au sein des instances parisiennes du mouvement. Régénération par le bas, encore.

"Je ne sais pas si Jacob a conscience du bordel", s'alarmait le 'jacobiste' cité plus haut durant la campagne. "Il faut qu'il nomme des secrétaires généraux et des secrétaires généraux adjoints qui n'hésiteront pas à mettre les mains dans le cambouis." Parmi les noms soufflés, ceux des députés Pierre-Henri Dumont (Pas-de-Calais) et Aurélien Pradié (Lot) reviennent régulièrement.

Il faut par ailleurs surveiller si les vaincus de dimanche soir, Julien Aubert et Guillaume Larrivé, se voient proposer des postes plus prestigieux. Ce qui n'aurait rien d'anodin au vu de leurs positions idéologiques, plus identifiées (et moins consensuelles auprès des cadres LR) que celles de Christian Jacob. "Les Républicains ne reprendront leur place de grand parti de droite populaire et ouvert que s'ils renouent avec la promesse du rassemblement", déclarait après tout l'intéressé après sa victoire.

Chauffeur de salle

Tout l'enjeu sera de faire en sorte que ce "rassemblement" ne devienne pas, dans les deux années à venir, synonyme d'assoupissement ou d'effacement. Que le nouveau président de LR ne se borne pas à "chauffer la salle" en attendant que - au hasard - son ami François Baroin sorte du bois pour la présidentielle de 2022. Un scrutin que la plupart des cadres savent perdu d'avance. En embuscade, Emmanuel Macron ne freinera pas sa volonté de grignoter l'électorat de droite comme il l'a fait aux élections européennes.

"Le schéma classique, sous la Ve République, c'est 'un bonhomme, un peuple'. Nous, on n'a pas le bonhomme. Donc soit on recrée une structure, soit on fait le dos rond. Chez En Marche!, ils n'avaient pas la structure, mais ils avaient le bonhomme", constatait récemment un élu LR. Et de poursuivre, pessimiste: 

"Notre mission est d'autant plus difficile dans un contexte où les Français ne s'intéressent plus aux grandes idées. Si on ne réussit pas à être clair sur ce qu'on veut, on prendra une branlée en 2022, Marine Le Pen perdra face à Macron, et Marion Maréchal ramassera les billes..." 
Jules Pecnard