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Les juppéistes, une espèce politique en voie d'extinction

Virginie Calmels, première adjointe  au maire de Bordeaux Alain Juppé, le 13 décembre 2015.

Virginie Calmels, première adjointe au maire de Bordeaux Alain Juppé, le 13 décembre 2015. - JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Un chef de file qui prend du champ, d'anciens lieutenants qui se rapprochent d'Emmanuel Macron, au point pour Edouard Philippe d'en devenir le Premier ministre, d'autres de Laurent Wauquiez... La famille politique réunie autour d'Alain Juppé traverse une bien mauvaise passe.

"Ce qu'il y a de certain, c'est que moi je ne suis pas marxiste". Voilà ce que disait Karl Marx, cité par son ami Friedrich Engels, dans sa correspondance privée, au sujet de ses partisans français. Ce mardi, à Bordeaux, devant la presse, Alain Juppé a lancé une saillie semblable: "Juppéiste? Je ne sais pas ce que ça veut dire. Moi je suis Juppé."

La veille sur Twitter, l'ex-Premier ministre avait déjà pris ses distances quant à la campagne qui débute à peine et doit permettre au parti Les Républicains de se trouver un nouveau président. "Je ne me mêlerai pas de l'élection à la présidence de LR. Je ne parraine aucun candidat. Je serai attentif aux lignes rouges que j'ai tracées", a-t-il écrit.

Au nombre des lignes rouges figure un hypothétique rapprochement avec le Front national, peut-on comprendre implicitement. Au moment donc où Laurent Wauquiez, président du Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes considéré comme le tenant d'une ligne dure à droite, s'affirme comme le favori pour devenir le nouveau patron des "Républicains", le juppéisme, plus proche du centre, semble désarmé. 

Maël de Calan, le juppéiste qui ne se vantait pas de l'être

Parmi les six candidats à la présidence du mouvement Les Républicains, on trouve tout de même un juppéiste: Maël de Calan, 36 ans, conseiller départemental du Finistère et anciennement chargé du programme économique du maire de Bordeaux dans la primaire de la droite et du centre. Alain Juppé a d'ailleurs reconnu ce mardi que ce dernier "défendait" la même ligne que lui. Pourtant, en annonçant sa candidature ce même jour, Maël de Calan a davantage mis en avant le plus petit dénominateur commun rassemblant diverses sensibilités que l'emblème du maire de Bordeaux, dans l'émission Télématin sur France 2:

"Je me présente à la présidence des Républicains avec un collectif de nouveaux visages d'élus qui ont fait des choix différents à la primaire, qui incarnent toutes les sensibilités du parti mais qui se réunissent sur deux messages essentiels: d'abord la volonté faire de la politique très différemment, de manière plus fraîche, en se débarrassant du cynisme, du sectarisme, de la mauvaise foi, et ensuite en portant sur le fond les couleurs d'une droite ouverte et équilibrée". 

Virginie Calmels, juppéiste mais...

D'autres continuent tout de même à afficher leur juppéisme... tout en rejoignant le favori de la campagne pour la présidence de Les Républicains dont le positionnement politique est pourtant très différent. Ainsi, dans un entretien accordé au Journal du dimanche ce week-end, Virginie Calmels, première adjointe à la mairie de Bordeaux, rendait public son ralliement à Laurent Wauquiez, en ces termes: "Je le rejoins en restant ce que je suis. Je suis juppéiste. Je suis libérale. Et je l'assume". 

Mais, en dehors des seules querelles intestines du parti Les Républicains, le danger qui menace la cohésion du juppéisme est aussi extérieur. Le chant des sirènes est entêtant, risquant de faire dériver certains de ses cadres vers le large.

Edouard Philippe, députés "constructifs": ce juppéisme qui dérive vers Macron

Et il y a ceux qui, sans être vraiment partis, font déjà bande à part: les parlementaires proches de la sensibilité d'Alain Juppé, membres du groupe des "Constructifs" à l'Assemblée nationale. Comme Pierre-Yves Bournazel, par exemple, qui revendique sa proximité avec le programme d'Emmanuel Macron, en contradiction avec la doctrine officielle du parti en la matière. Il faut dire que ceux là sont surpassés sur ce terrain par un autre historique du juppéisme: le Premier ministre, Edouard Philippe, pour sa part suspendu au sein des "Républicains".
Robin Verner