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Législatives en Espagne: un signal de la fin des bipartismes?

Le parti de gauche Podemos et son leader Pablo Iglesias se sont imposé dimanche comme la 3e force politique d'Espagne.

Le parti de gauche Podemos et son leader Pablo Iglesias se sont imposé dimanche comme la 3e force politique d'Espagne. - Pedro Armestre - AFP

Les élections législatives en Espagne dimanche ont confirmé l’émergence de deux jeunes partis, Podemos et Ciudadanos. Des formations politiques avec lesquelles la droite et la gauche traditionnelles devront composer alors qu’en France un scénario d’atténuation du bipartisme se dessine également.

Les électeurs espagnols ont interrompu dimanche 32 ans de bipartisme dans leur pays. Si la droite du Parti populaire (PP) et le parti socialiste (PSOE) sont arrivés en tête aux législatives, l’Espagne voit Podemos, le parti de gauche radicale et le centre libéral de Ciudadanos entrer au Parlement. Mais à l’issue du scrutin, aucune formation politique ne détient la majorité nécessaire pour gouverner seule. "Une nouvelle Espagne est née qui met fin au système de l’alternance", a déclaré Pablo Iglesias, le charismatique leader de Podemos.

En France, si l’on en croit les résultats des élections régionales de décembre et la montée du Front national, les législatives de 2017 pourraient aussi tendre vers un modèle atténué du bipartisme. Avec une limite toutefois: l’élection législative espagnole et son scrutin proportionnel favorisent l’émergence de partis moins puissants, ce qui n’est pas le cas en France. Marine Le Pen réclame d’ailleurs l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives.

Un "manque de renouvellement des idées" en France

L’émergence de jeunes partis citoyens comme en Espagne paraît de plus limitée en France, pour le sociologue Michel Wieviorka. "Il y a le poids des institutions, qui fige le jeu autour de la présidentielle, la plus importante des élections", estime-t-il dans Le Parisien. Podemos et Ciudadanos en Espagne, Syriza en Grèce, des modèles qui n’existent pas dans l’Hexagone. "La France, elle, souffre d’un manque de renouvellement des idées politiques, ce qui ne permet guère l’émergence de nouveaux partis", poursuit le sociologue.

En Espagne, malgré ce coup de jeune sur la politique, la situation pourrait aboutir à un blocage. Lundi, le Parti socialiste et Podemos ont annoncé qu’ils voteraient contre l’investiture d’un gouvernement formé par le conservateur Mariano Rajoy. Pour former un gouvernement, les partis vont devoir s’allier et former des coalitions. 

La gauche devrait tenter de former une grande coalition. Pour Barbara Loyer, politologue spécialiste de l'Espagne, auteur de L'Espagne en crises, l'alliance restera fragile.

"Podemos a 42 députés auxquels il faut ajouter les élus des partis avec lesquels ils ont créé des alliances pendant la campagne, analyse Barbara Loyer pour BFMTV.com. Cela revient à faire une coalition de coalition, ce qui crée quand même un fort potentiel de division interne, un peu comme chez les Écologistes en France".

En l’absence de coalition qui tienne la route, les Espagnols devront revoter.

C. B